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Carnet  de Paul Lintier, écrivain lyonnais au front
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31 août - 1er sept 1914

Assis sur des couvertures, autour du feu, que le trompette-cuisinier, debout, surveille patiemment, nous buvons le café. Les camarades me demandent de leur lire quelques pages de ce carnet. Et ils me souhaitent le retour pour que ces mots, ces souvenirs, qui sont beaucoup les leurs voient le jour.

- Tu laisseras les noms ?
- Mais oui, à moins que cela ne vous embête
- Non
- Mais non, mais non, au contraire, mon vieux, ça fera un souvenir.
- On montrera ça à nos vieux, à nos mioches, plus tard…Si on revient.
- Si je suis tué, vous prendrez mon carnet, je le mets là, dans la poche intérieure de ma chemise et vous le garderez.

Hertin réfléchit

- Oui, seulement tu sais que c’est défendu de fouiller les morts. Tu ferais bien de marquer que c’est toi qui nous l’as dit, sur ton carnet.

J’écris donc sur la première de ces pages : « au cas où je serais tué, je prie mes camarades de conserver ces feuilles, jusqu’à ce qu’ils puissent les faire tenir à ma famille. »

 

Les textes sont retranscrits avec l'orthographe des documents originaux, les ratures ne sont pas mentionnées.
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