Logo pour impression Carnet de JB Mermet, 23 août 1916

Carnet de JB Mermet, 23 août 1916

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Extraits d’une lettre d’Armand, reçue par Maria à Jurieux le 23 août 1916

Armée d’Orient, le 12 août 1916

[…]

Je vais assez souvent, en avion visiter les escadrilles du front lorsqu’on me signale un cas grave.

La semaine dernière, j’ai rencontré à 1800 mètres, un avion monté par 2 de nos camarades qui se sont faits abattre, dix minutes plus tard, par l’artillerie bulgare. J’ai assisté à la plus grande partie du combat aérien.

Ces braves amis se sont lancés à la poursuite d’un Folkker qu’ils ont eu la chance d’abattre à coup de mitrailleuse. Malheureusement les obus éclataient de tous côtés autour d’eux et un éclat est venu tuer le pilote.

C’est vraiment impressionnant cette lutte de géants à trois mille mètre dans les airs ! Mais aussi quelle tristesse de retrouver étendus sur le sol, les deux amis que l’on vient de croiser dans les airs, plein d’ardeur et de vibrant enthousiasme !

Quelle horrible chose que la guerre !

Et le lendemain, au cimetière, pendant que les deux cercueils, enveloppés dans le drapeau tricolore, étaient descendus dans 2 des nombreuses fosses creusées d’avance pour des camarades, un avion, identique à celui que pilotaient la veille nos glorieux amis, venait sillonner le ciel, à faible hauteur, comme pour leur faire entendre une dernière fois le ronflement du moteur qu’ils aimaient tant et pour leur dire qu’ils seraient vengés.

Quand, à mille lieues de la France, dans un cimetière perdu en plein bled, on remplace, derrière un cercueil, la famille absente et qu’on assiste à ce spectacle grandiose dans sa simplicité, je t’assure qu’on est terriblement impressionné.

La guerre nous a bien habitués à ces deuils, mais nous pleurions tous comme des enfants. Les Boches nous payeront tout cela !

 

Les textes sont retranscrits avec l'orthographe des documents originaux, les ratures ne sont pas mentionnées.
Dernière modification : 03/05/2016 13:54