Logo pour impression Carnet de Louis Boyer, 6 janvier 1917

Journal de Joseph Rossignol, 22 juin 1917, 1ii593

 

22 juin

Il pleut. L’équipe de nuit transporte du matériel et pose un réseau de fils de fer barbelé, comme défense et en arrière d’Avocourt non loin de la route qui rejoint Aubreville.

A deux, sur un piquet qui meurtrit l’épaule malgré le mouchoir en tampon, dansent les rouleaux piquants, la marche est rendue difficile, cahotée par les inégalités du terrain que la nuit rend plus traitresses…. un fil qui traîne… chute… jurons ! La charge est lourde à remonter, la pluie fait la nuit plus noire et l’herbe plus glissante.

Des sautes de vent mouillé fouettent le visage. Le ravin d’Avocourt deux fois illuminé d’éclairs et de fusées est hostile ce soir… Quatrième voyage. Des obus froissent l’air, le courroux du canon grandit, des gerbes de feu fleuronnent ou rayent l’ombre. Corps en sueur, nerfs tendus, courtes génuflexions… l’air chante, des coups assourdis par les rafales résonnent, les piquets s’enfoncent, les fils méchants sont déroulés ensanglantant les mains maladroites, des cisailles criaillent, crissent, la masse emmitouflée tombe hésitante ou brutale. A la lueur des éclairs et des fusées blanches qui crayonnent la nuit, des fantômes modernes à demi courbés animent la plaine…

Il y a quelques blessés ce soir à l’équipe de nuit.

 

Les textes sont retranscrits avec l'orthographe des documents originaux, les ratures ne sont pas mentionnées.
Dernière modification : 04/05/2017 15:17