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Journal de Joseph Rossignol, 10 août 1917 - 1ii593

 

10 Août.
Garde aux gazs devant l’entrée de notre abri. Le vent est contraire. La terre calcinée par le soleil se fendille, des traînées de vapeur flottent dans l’espace… floc … floc… floang… Nous, silencieux après un court sifflement des obus à gaz éclatent sur le marais, des marmites creusent le sol des coteaux couvrant de leurs monstrueux éclatements le bruit faible des bouteilles. Des geysers glauques sortent de terre. Travail sournois. Les boches s’acharnent. Nos mines causent des pertes, chez eux et ce sont les bombardiers qu’ils visent. En un violent colloque les fusants claquent, cloutant le ciel, les percutants fouillent ardemment les ravins. Qu’importe ! nos torpilles filent toujours hachant leurs réseaux, crevant les abris. Alors ils essayent de l’intoxication lente. Pas de nappes délétères réservant des surprises inattendues. Qui prévoit le geste du vent ! Donc des obus. Un but fixe le marais dont la situation encaissée forme réservoir ; et ça clapote durant des heures. Un voile soufre et bleu stagne au ras des herbes d’élève lentement, entretenu en densité par les arrivées nouvelles. Aux premières sautes du vent, il s’éclaircit, circule, pénètre et flâne dans les boyaux et les tranchées, s’insinue dans les retraites, empoisonne homme, bêtes et choses. Au fond de la gorge naît un goût d’ail, chloré, spécial… Alerte ! Une cloche tinte grêle. Un clakson rugit. Figures étranges, les poilus revêtent le masque plat. Respiration courte, yeux embués, sueur au front… la torture du masque commence.

 

Les textes sont retranscrits avec l'orthographe des documents originaux, les ratures ne sont pas mentionnées.
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