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Le fonds Baumers


L'acquisition

La partie la plus précieuse du fonds est constituée de 15 calotypes ou négatifs sur support papier, technique dont les spécimens à leurs débuts sont suffisamment rares pour qu’on les considère comme des « incunables de la photographie ». Le calotype tire son origine étymologique du grec Kalos qui signifie « beau ». Inventé par Fox Talbot en 1840 et breveté en 1841, ce procédé se pratique surtout entre 1846 et 1860 puis reparaît avec des améliorations au cours des années 1880 qui permettent sa commercialisation en 1884.
Les calotypes de Baumers, qui datent de l'été 1857, sont d’une haute qualité et dénotent un grand entraînement du praticien car ils ne présentent pas ou peu d’altérations dues à des tâtonnements ou des traitements maladroits.

D’un format de 16 cm sur 20,5 cm, ils peuvent s’assembler en deux panoramas de six et cinq vues et en un petit panorama de deux vues pris à des jours différents ; deux autres calotypes sont des vues isolées représentant le même paysage urbain. Il a été tiré à partir de ces négatifs 15 épreuves photographiques sur papier salé au cours des années 1860 et 13 tirages postérieurs effectués vers 1920-1930. Le fonds comprend aussi une dizaine de négatifs sur verre au collodion constitués de portraits de Baumers et de portraits d’enfants et d’adultes vraisemblablement pris dans son entourage. Certains d’entre eux semblent résulter d’essais.


Le photographe

Portraits de René-Félix Baumers, négatif sur verre, vers 1850


René Félix Baumers (1823-1862) exerca une carrière médicale tout comme son père Marcellin Baumers qui fut un médecin reconnu sous l’Empire. Diplômé de médecine à Paris à l’âge de 25 ans, il est interne à l’Hôtel-Dieu en 1855 puis chirurgien aide-major à compter de janvier 1856. Il fait dans cet établissement une courte carrière interrompue par un congé prolongé pour raisons de santé en 1860 et 1861. En 1862 il décède tragiquement comme l’atteste un document d’archives des Hospices civils de Lyon où figure la mention « mort aliéné ».
Ses fonctions de chirurgien ne l’empêchent nullement de s’adonner avec passion à la photographie et de la pratiquer en professionnel averti, comme en témoignent les documents acquis. Faut-il s’étonner de cette double activité ou faut-il considérer au contraire qu’elle s’intégrait tout naturellement à son univers professionnel dans la mesure où ses connaissances scientifiques, notamment en chimie, lui permettaient d’exercer en synergie ces deux activités ?

Baumers a réalisé ses calotypes sur son lieu de travail, d’un bureau situé à l’Hôtel-Dieu. Ce faisant, il a représenté les terrains que les Hospices possédaient au-delà du Rhône et pérennisé les berges avant que les transformations urbaines ne donnent au futur quai Augagneur sa physionomie actuelle. Étant donné l’état de ces terrains recouverts pour une bonne part d’un habitat précaire et les critiques que cela suscitait alors, il est difficile d’imaginer qu’il ait eu le projet de fixer cette image pour la postérité. On imagine plus volontiers qu’il n’a pas réellement choisi ce lieu pour être le premier panorama de Lyon, ce dont il n’avait sans doute pas conscience, mais que ce paysage s’est imposé de lui-même. En effet, le photographe l’avait quotidiennement sous les yeux et son bureau était sans doute le meilleur laboratoire pour expérimenter en toute tranquillité une technique photographique alors complexe et longue à mettre en œuvre. En outre, l'attention avait été attirée récemment sur cette zone placée sous les feux de l'actualité lors de l'inondation de 1856.
 
Particularité étonnante de ces débuts de la photographie, l’absence apparente d’êtres humains. Ils sont bien là pourtant, à l’état d’ombres mouvantes, de « bougés » comme disent les photographes. En effet, les temps de pose sont alors importants et seuls sont visibles ceux qui se sont immobilisés à cet instant : la mère penchée sur son enfant, deux personnes assises, les lavandières dans les bateaux. L’activité, en fait, est intense. Sur l’eau sont visibles des « plattes » ou bateaux lavoirs où le linge est lavé, des « barges », de longues barques qui, tirées par des chevaux, servent au transport, enfin, le « Bain des dames », une des « bêches » qui servaient de piscine et de bains. Sur les berges, l’activité des tailleurs de pierres, est facilement reconnaissable, tandis que celle liée au bois, qui a donné le nom de « Port au bois » à toute cette zone, a quasiment disparu. Sur les maisons sont lisibles de nombreuses annonces, en particulier pour le « Roulage » qui assurait le transport des marchandises par chariot. Dans cette partie insalubre de la ville, est logée une population pauvre et ouvrière que le pouvoir en place tente de contrôler et qu'il qualifie de "rouge et dangereuse".


Dernière modification : 07/12/2012 10:59