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Une redécouverte majeure

Les dessins de Delorme restèrent entre ses mains jusqu’en 1782, année de son décès, puis entre celles de François Catherin Boulard qui travaillait avec lui. Lorsque ce dernier est guillotiné en 1794, ses descendants les recueillent puis proposent à la Ville de Lyon d’en faire l’acquisition en 1803. Celle-ci refuse de les acheter, peut-être en raison d’un prix jugé trop exorbitant. L’archéologue François Artaud en a connaissance en 1817-1818 et en dresse une liste conservée dans les archives de l’Académie de Lyon. Leur trace disparaît ensuite pour presque deux siècles, jusqu’à ce qu’une librairie parisienne les mette en vente en octobre 2003.
La réapparition de ces dessins et les études qui pourront en être faites par les spécialistes vont apporter « une pierre supplémentaire » à la connaissance de ces prestigieux équipements du passé. Les relevés de Delorme constituent d’autre part un atout supplémentaire pour la protection de ces monuments par les architectes qui en sont chargés.

Les aqueducs du Gier et de la Brévenne à l’époque romaine

Vestiges sur Saint-Joseph (Loire)
et Saint-Didier-sous-Riverie (Rhône)
Lyon, Archives municipales,
39 Fi 22


Aqueduc de la Brévenne,
pont des Planches à Ecully (Rhône)
Lyon, Archives municipales,
39 Fi 120-125 (assemblage)

Long de 85 km et d’un débit de 12 000 m3/jour, l’aqueduc du Gier amenait à Lyon les eaux du Gier captées au pied du massif du Pilat. Entre son altitude au départ (405 m) et son altitude à l’arrivée (299 m), il perd à peine plus de 100 m.
Il franchissait successivement la vallée de la Durèze, celles du Bozançon, du Mornantet et du Merdanson, puis poursuivait jusqu’à Lyon un tracé moins sinueux. Il comptait une trentaine de ponts, huit files d’arches, onze tunnels et quatre siphons. Il alimentait la totalité de la ville haute, probablement par le biais d’un château d’eau répartiteur situé, comme les actuels réservoirs de la Sarra, au point culminant de la colline. Longtemps datée du règne de l’empereur Hadrien (autour de 120 ap. J.-C.), la construction de cet aqueduc est aujourd’hui placée dans la première moitié du Ier s. ap. J.-C.
En subsistent de nombreux vestiges, dont les plus remarquables sont localisés, pour le département de la Loire, à Saint-Chamond, Genilac, Chagnon, Saint-Martin-la-Plaine et Saint-Joseph, et, pour le département du Rhône, à Saint-Didier-sous-Riverie, Saint-Maurice-sur-Dargoire (pont des Granges, l’un des plus beaux ponts-canal de l’aqueduc), Mornant, Orliénas, Soucieu-en-Jarrest, Brignais, Chaponost et Sainte-Foy-lès-Lyon (pont-siphon de Beaunant, piles dans les rues de Narcel et Georges-Clemenceau et canal enterré parc du Brulet) ; à Lyon même, en sont visibles des piles et le réservoir de chasse dans le fort Saint-Irénée (vestiges qu’on aperçoit depuis la rue du Commandant Charcot), sept piles rue Roger-Radisson, une citerne au-dessus du théâtre romain de Fourvière. L’aqueduc du Gier alimentait la fontaine du Verbe Incarné, déplacée place de Trion où elle a été remise en eau.

L’aqueduc de la Brévenne a vu probablement le jour sous le règne de Claude, au milieu du Ier siècle. D’une longueur de 70 km pour un débit de 10 000 m3 par jour il part d’une zone de captage située dans le vallon d’Orjolle, à Aveize (Rhône), à une altitude de 627 m, et son arrivée à Fourvière se situe à une altitude d’environ 280 m. Aboutissant à Lyon 16 à 18 m plus bas que l’aqueduc du Gier, dans le secteur de Saint-Just et des Minimes, il servait à l’alimentation des quartiers des théâtres, où les grands thermes de la rue des Farges et les citernes du lycée Saint-Just et de l’Antiquaille sont synonymes d’importants besoins en eau. En sont encore visibles à ce jour le canal enterré à Duerne, Saint-Genis-l’Argentière, Montromant, Courzieu, Lentilly, Dardilly, les énormes ruines du pont-siphon d’Ecully (pont des Planches) et le rampant terminal des Massues (Tassin-la-Demi-Lune) remarquablement conservé.

Ces ouvrages, qui nécessitaient d’être surveillés, entretenus et nettoyés en permanence, perdirent leur raison d’être avec le déclin de la ville au IVe siècle. Il fallut attendre les XIXe et XXe siècles pour que le réseau contemporain de distribution mis en place par la Compagnie Générale des Eaux à partir de 1853, année de sa création, réponde comme à l’époque romaine, aux besoins en eau des Lyonnais.

Dernière modification : 07/12/2012 09:58