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1831, la révolte des canuts

 

L’insurrection de novembre 1831 au fil des affiches...

Principaux supports de la diffusion de l’information au début du 19e siècle, les affiches imprimées par les pouvoirs locaux (mairie ou préfecture) sont placardées sur les murs de la ville au jour le jour et parfois, plusieurs fois par jour lors de périodes troublées. Les Archives municipales en conservent une collection de plusieurs milliers et vous en proposent une sélection sur la révolte des canuts survenue en novembre 1831.

Clichés Gilles Bernasconi

Lyon est la grande ville du travail de la soie depuis le 16e siècle. L’organisation de cette activité repose sur le système de la Fabrique, une structure socio-économique hiérarchisée. En haut se placent les marchands-fabricants, qui procurent le fil de soie aux chefs d’atelier, leur commandent des pièces tissées qui leur sont payées selon un tarif, puis se chargent de les commercialiser. Le tarif est un tableau des prix minimaux des façons que devaient régler les fabricants aux chefs d’atelier pour le tissage des étoffes.

Les chefs d’atelier possèdent un ou plusieurs métiers et emploient leur femme, leurs enfants et des compagnons. Ce lien n’empêche pas les contentieux à propos du tarif, qui provoquent régulièrement des révoltes. La révolte de 1831, particulièrement violente, s’inscrit dans un mécontentement de longue date qui avait déjà donné lieu à des mouvements en 1744, 1786 ou 1816 ; elle constitue une réponse brutale des canuts au refus manifesté par les fabricants de reconnaître le tarif minimal issu d’une conciliation prud’hommale en octobre.
La révolte n’a rien de commun avec l’agitation populaire urbaine de juillet 1830 ; c’est une agitation ouvrière et revendicative. Son importance tient à l’organisation solidaire du travail de la Fabrique mais aussi à la concentration du travail autour d’un seul centre : la ville.

Les négociations autour du tarif n’aboutissent finalement pas, le préfet du Rhône Louis Bouvier-Dumolard n’arrive pas à le faire accepter aux fabricants ; le 21 novembre une grève généralisée des tisseurs tourne à l’émeute, puis le 22 à l’insurrection. Un état-major d’ouvriers s’installe à l’Hôtel de Ville le 23.
Il y a en deux jours 600 victimes, tués ou blessés. Le 24 novembre le préfet récupère l'autorité et rétablit le calme.
Le 3 décembre le duc d’Orléans et le maréchal Soult pénètrent dans la ville à la tête de nombreuses forces armées. La ville est reprise, le tarif est annulé, le préfet est remplacé. Le Président du Conseil, Casimir Périer confie l'administration du département du Rhône à Adrien de Gasparin, préfet de l'Isère.

Quelques semaines avant l’explosion, paraît un nouveau journal « l’Echo de la Fabrique », organe d’expression ouvrière qui publiera ses 8 pages hebdomadaires du 30 octobre 1831 au 4 mai 1834, premier exemple de presse « ouvrière » qui ne sera pas éphémère.

Désormais numérisé, ce journal est accessible à partir du site internet de l’Ecole normale Supérieure :
http://echo-fabrique.ens-lyon.fr/index.php

Vous pouvez ainsi accéder au numéro de 1832 commémorant le 1er anniversaire des événements de 1831 :
http://echo-fabrique.ens-lyon.fr/sommaire.php?id=1972&type=numero

Pour en savoir plus sur le conseil des prud’hommes, organe de conciliation institué en France en 1806 par Napoléon 1er à Lyon, visitez l’exposition virtuelle réalisée par les Archives municipales en collaboration avec le laboratoire de recherches historiques en Rhône-Alpes, pour le bicentenaire de cette institution : http://larhra.ish-lyon.cnrs.fr/cdeprudhomme2/

Pour en savoir plus sur les luttes ouvrières lyonnaises et dans la région, depuis la fin du 18e siècle jusqu’à mai 68, téléchargez la chronologie et les fiches pédagogiques du Kit réalisé par les Archives de Lyon « Visages du mouvement ouvrier de la Révolution à mai 68 ».