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Mémoire orale des ouvrières de Vaise

 
Ouvrières Vaise
 

Une demande de versement originale

Contactées en 2016 par la commission « patrimoine » du conseil de quartier Vaise-Industrie-Rochecardon pour la conservation d’une collecte de témoignages oraux, les Archives municipales ont accepté le versement de ces vingt heures d’enregistrement, issues du projet MOOV (mémoire orale des ouvrières de Vaise). Ces vingt-trois fichiers sont actuellement stockés et sauvegardés sur un serveur informatique interne de la Ville dans un répertoire temporaire réservé aux archives électroniques, en attendant leur transfert vers le futur système d’archivage électronique qui doit être mis en production dans le courant de l’année 2018.

Le projet MOOV

La commission patrimoine du conseil de quartier Vaise-Industrie-Rochecardon, mise en place en 2011, a pour mission de faire connaître et mettre en valeur le passé du quartier pour les anciens et les nouveaux habitants, et notamment de retracer l’évolution du quartier entre 1950 et 1980.

Le projet MOOV a été initié en 2013 afin de recueillir les témoignages de femmes ayant travaillé dans ce quartier pendant la période des Trente Glorieuses (1945-1973) et jusqu'aux années 1980, avant que celui-ci ne subisse de radicales transformations, avec la disparition d’un tissu d'entreprises très diversifiées employant de la main d'œuvre féminine. Enfin, ce travail de collecte favorise la transmission de la mémoire ouvrière dans un quartier durement éprouvé par la transition économique entraînant la fermeture des usines et dont les traces sont encore bien visibles.

Le recueil de témoignages a abouti à l’édition d’un livret de promenades urbaines accompagné d’un CD audio de 45 minutes. Celui-ci a été présenté au public le 4 mars 2016 à la médiathèque de Vaise, un événement dans le cadre des « rencontre - société » autour de la journée du 8 mars puis à la bibliothèque de la Part-Dieu lors d’un colloque du 28 novembre 2016 « Ensemble pour préserver la mémoire ».

Ce projet a été soutenu financièrement par la Ville, dans le cadre de l’ « appel à projets initiatives des conseils de quartiers » (Apicq). Il a été récompensé en 2017 pour son intérêt et son originalité par le « Prix Citoyens du patrimoine », lancé par la Ville de Lyon et son adjoint au Patrimoine, Jean-Dominique Durand. La faculté de Lyon 2 et la médiathèque de Vaise ont participé au projet.

Les entretiens

Les entretiens, in situ et guidés par une grille d’entretien, ont portés sur la vie au travail, en famille et dans le quartier. A travers leur témoignage, ces dix-sept femmes abordent aussi les modifications de leur vie entraînées par plusieurs lois améliorant le statut de la femme : liberté d'exercer une profession sans l'autorisation du mari, à ouverture d’un compte en banque ( 1965), contraception (1967), autorisation l'IVG (1974), libéralisation du divorce (1975). Entre récits collectifs et confidences personnelles, leurs paroles font revivre un temps où « on rigolait bien » malgré des dures conditions de travail ( travail à la chaîne, de nuit, chaleur, productivité, pointage, grèves, etc.) . Elles dévoilent ce qu’étaient les relations au sein de l’usine, lieu d’expression sociale où se développaient le syndicalisme et les valeurs de solidarité, mais aussi une culture des loisirs.

Témoins privilégiés des Trente Glorieuses, ces travailleuses étaient employées chez Ronis (serrures), Claude (ampoules électriques), Lion noir (cirages), Rhodiaceta (textiles), Docks Lyonnais, Rivoire et Carret (pâtes alimentaires) ou encore aux Blanchisseries.

La conservation du patrimoine numérique

Patrimoine numérique, les archives orales sont devenues des sources incontournables pour l’historien de demain, et largement utilisées en histoire sociale.

Les Archives municipales sauvegardent déjà près de 70 Go de témoignages oraux auxquels s’ajouteront en 2018 les témoignages collectés par le Centre de l’histoire de la déportation et de la Résistance (CHRD).

Les fichiers collectés auprès du conseil de quartier représentent 4,53 Go et portent la cote 2636 WP. Les vingt-trois fichiers ont été versés organisés et décrits, au format WAV. Le livret et son CD sont consultables en usuel, en salle de lecture sous la cote 1 C 309330 SAL.

Le choix des formats de consultation n’est pas anodin. Ainsi, le format WAV est recommandé par le référentiel général d’interopérabilité (RGI) de 2009 (Direction interministérielle du numérique et du système d’information et de communication de l’Etat) et la future plateforme d’archivage électronique des Archives municipales est capable de contrôler la qualité de ces fichiers. En revanche, dans sa deuxième version de 2015, le RGI ne recommande plus ce format pour la pérennisation des archives orales. Il faudra donc prévoir avant cinq ans une migration de format afin de pouvoir garder ce fonds exploitable.