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Une longue histoire de... câble.

 
 

A la fin de l’année 2015, les Archives municipales de Lyon ont été contactées par la société Nexans, pour expertiser et, le cas échéant, récupérer un ensemble de documents stockés sur le site de Nexans France à Lyon, rue Pré Gaudry dans le 7ème arrondissement.

L’entreprise fermant ce site, se posait en effet la question du devenir des archives qui y étaient restées entreposées, soit deux palettes de registres et de dossiers.

Un domaine d’activité bien particulier

Créée en 2000, la société Nexans, dont le siège est aujourd’hui à Paris, est un des leaders mondiaux de l’industrie du câble, tant dans le domaine des transports que dans celui de la distribution d’énergie et du bâtiment.

Des origines lyonnaises…

En 1890 la Société des forces motrices du Rhône entreprend la construction d’une centrale électrique sur le Rhône et sollicite une société suisse, la société des câbles Bertoud, Borel et Cie, pour fabriquer les câbles devant acheminer l’électricité vers l’agglomération. Peu de temps après, en 1896, celle-ci acquiert un terrain 11 rue du pré Gaudry dans le quartier de Gerland pour fabriquer le matériel sur place. Très vite, l’exploitation du nouveau site requiert la création d’une société française, baptisée en septembre 1897 Société française des câbles électriques Berthoud, Borel et Cie (SFCE). Charles Borel en est le directeur technique.

Malgré une certaine défiance à l’égard de l’électricité jusqu’à la première guerre mondiale, le secteur d’activité est en pleine extension ; en pleine croissance, la société se rapproche de la compagnie générale d’électricité (CGE), leader dans le domaine de la distribution d’énergie. Cette dernière devient actionnaire principal de la SFCE en 1912 et en prend le contrôle.

A cette époque, la SFCE se voit confier notamment la fourniture des câbles nécessaires à l’électrification du site de l’exposition universelle de Paris, ce qui rend nécessaire l’ouverture d’un bureau à Paris.

L’entreprise se développant et sa production se diversifiant, ses dirigeants changent le 29 juin 1917 sa raison sociale : elle devient la Compagnie Générale des Câbles de Lyon. Les« Câbles de Lyon » sont nés.

L’âge d’or

Au lendemain de la Grande guerre, l’équipement des villes et des campagnes en électricité et des grandes villes en téléphone s’accélère. Ces nouveaux chantiers profitent aux Câbles de Lyon qui deviennent en 1925 une branche du groupe CGE sous le vocable « Les câbles de Lyon, manufacture de fils et câbles électriques de la CGE ».

Vers la même époque, les Câbles de Lyon construisent une usine de câbles téléphoniques sur le site de Mars, la manufacture d’accessoires de réseau souterrain (qui deviendra Mars Actel, puis Alcatel Cable Interface) à Vrigne aux bois dans les Ardennes.

En 1938, 2 usines de production de la société industrielle des téléphones (SIT) acquise par la GGE, Bezons et Calais, sont rattachées aux Câbles de Lyon : Bezons et Calais fabriquent les câbles sous-marins et Lyon produit les câbles à très haute tension et les câbles à très longue distance.

Au début des années 50, les Câbles de Lyon constituent l’une des plus importantes entreprises lyonnaises. En 1956, pour faire face à la saturation du site de Lyon, l’unité de Bourg en Bresse est créée. En 1969, C’est l’acquisition des SACM, sociétés alsaciennes de construction mécaniques dont l’usine est à Clichy, puis en 1971 celle de la société Geoffroy-Delore : à cette époque, les Câbles de Lyon possèdent 9 usines : Lyon, Bezons, Bourg, Calais, Gennevilliers, Paillart, Reims et Clichy (2). Le siège de la Direction générale est à Lyon.

De Lyon à Paris : la fin de l’hégémonie lyonnaise

En 1981, le siège social est transféré à Paris. En 1985, l’entreprise compte 12500 employés, répartis sur 70 unités industrielles représentant 35 sociétés. Elle entre en 1986 dans la branche « Alcatel Câble » d’Alcatel. Quand, le 1er janvier 1991, le groupe CGE est remanié et rebaptisé Alcatel Alsthom, les Câbles de Lyon perdent définitivement ce nom et les différents secteurs de l’entreprise prennent la désignation d’Alcatel Câble.
En 2000, Alcatel Cables et Composants devient Nexans.

Un fonds composite, inégal et fragmentaire (1896-1984)

On peut distinguer plusieurs sous-fonds très inégalement représentés au sein de cet ensemble : le fonds de la société fondatrice, la société d’exploitation des câbles électriques système Berthoud, Borel et Cie, qui ne comprend qu’un registre datant de 1896, le fonds de la Société française des câbles électriques puis Compagnie générale des câbles de Lyon, de loin le plus important (registres des délibérations du conseil d’administration et des procès verbaux des assemblées générales, rapports mensuels sur le fonctionnement de la société, statuts, correspondance, journaux et grands livres comptables, photographies, documents de fonctionnement des usines de Lyon…), et deux autres petits fonds, celui de la société des actionnaires de la société des Câbles de Lyon (procès-verbaux des assemblées générales) et celui de la société Mars (registres d’inventaire, statuts, correspondance).

Mais même en ce qui concerne le fonds principal, les archives sont très lacunaires, et pour chaque typologie documentaire, s’étendent rarement sur une période supérieure à 15 années. Par exemple, les registres de délibération du conseil d’administration ne sont présents que pour la période 1897-1925. Les rapports d’activité n’existent que pour la période 1898-1915. Quant à la période 1925-1960, elle est illustrée essentiellement par des documents comptables. Des documents restent isolés et certaines problématiques sont totalement absentes comme la problématique sociale, bien que celle-ci ait revêtu une grande importance… Signalons toutefois des dossiers relatifs aux bénéfices de guerre durant la première guerre mondiale et aux rapports avec l’ennemi pendant la seconde.

Enfin, s’il s’agit pour l’essentiel d’archives de siège social, à caractère administratif ou comptable, on y trouve également quelques documents liés au fonctionnement des usines, comme les registres d’inventaire des marchandises qui couvrent la période comprise entre 1906 et 1949, ce qui est intéressant car cette période a vu des évolutions technologiques majeures se produire dans ce secteur d’activité. Quelques photographies (visite de l’usine par le sultan du Maroc en 1932, installations et opérations techniques, cérémonies diverses 1950/1960) ainsi qu’un livre d’or (1950-1989) viennent témoigner de la notoriété et de la prospérité de la société.

En dépit de son peu de cohérence et de son caractère incomplet, le fonds « Câbles de Lyon » constitue néanmoins un témoignage de la place prise par Lyon sur le plan technologique au milieu du 20ème siècle et garde la trace de l’activité industrielle du quartier de Gerland à partir de la fin du 19ème siècle. Il apporte aussi un éclairage sur l’histoire de la fabrication des câbles électriques rapidement devenue indispensable au développement des sociétés industrialisées.

Le fonds est en cours de classement et de restauration, il sera consultable sous la cote 287 II.


 

Les sources complémentaires

Le fonds des demandes d’autorisation de construction neuves et de permis de construire permet de se représenter l’usine en 1900 (314 W 149) et de suivre l’évolution du site et la spécialisation progressive des bâtiments sur toute la durée du 20ème siècle. Plusieurs dizaines de dossiers sont concernés.