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Un boulevard pour Deruelle

 
Boulevard Deruelle
 

Quel lyonnais ne connaît pas –au moins de nom– le boulevard Eugène Deruelle, cette voie du quartier de la Part-Dieu reliant le boulevard Marius Vivier-Merle à la rue Garibaldi ? Mais qui sait qui est Eugène Deruelle ?

Un dossier individuel (1) en guise de sources

Son dossier de carrière d’agent de la Ville de Lyon, puisqu’il s’agit d’un employé municipal, nous éclaire.
Bien que relativement peu épais, ce dossier couvre la période 1888 à 1918. Il est composé de plusieurs dizaines de pièces, dont 36 sont numérotées au crayon de couleur.
Il débute avec les documents relatifs à son recrutement et se termine par celui lui conférant une distinction honorifique après la fin de sa carrière.
Les informations qu’il délivre sont très nombreuses.

Avant la Ville

Eugène Laurent Marie Deruelle naît le 1er octobre 1859 à Maubeuge (Nord) de Victor Aimé Deruelle, 29 ans, armurier, et Marie Thérèse Houssière, 27 ans, sans profession.
Il suit l’enseignement secondaire spécial des lycées de Cahors, Auch et Lyon. Et sort 5e de l’École nationale vétérinaire de Lyon le 25 juillet 1881.
Il s’installe rue Neuve des Charpennes après son mariage avec Marie Laurent à Villeurbanne le 25 août 1881. Ils ont une fille le 2 octobre 1882.

35 ans à la Ville de Lyon

Grâce à ce dossier individuel, retracer la carrière d’Eugène Deruelle est un jeu d’enfant.

Il entre au service de la Ville de Lyon comme vétérinaire non-titulaire en 1883. Puis il est successivement nommé :

> Vétérinaire au Jardin zoologique le 14 janvier 1888
> Vétérinaire-inspecteur attaché à l’inspection de la fourrière des chiens et des chevaux des voitures publiques le 02 janvier 1889
> Vétérinaire-inspecteur au Service de la boucherie le 29 mai 1894
> Vétérinaire chargé des collections zoologiques le 03 avril 1901
> Vétérinaire-inspecteur de la cavalerie du Service des convois funèbres et du Service municipal des transports le 19 octobre 1904
> Inspecteur du Service de la boucherie, Directeur du Service des abattoirs, chargé du Service de la vaccine le 12 mai 1905.

Le 16 juin 1896, le Maire sollicite pour lui la décoration de Chevalier du Mérite agricole. Il est nommé le 10 juin 1905 (2) .

Il est également nommé Officier d’Académie le 6 juillet 1907.

Par ailleurs très actif au sein du réseau professionnel, Eugène Deruelle fut membre de plusieurs associations comme la Société de médecine vétérinaire de Lyon et du Sud-est ou bien l’Association française des inspecteurs des viandes.

Il formule sa première demande pour faire valoir ses droits à la retraite le 26 juillet 1915. Malgré « l’acceptation à regret » du Maire Édouard Herriot, elle reste sans suite.
Il renouvelle cette demande le 24 octobre 1917 en précisant qu’il continuera cependant à exercer ses fonctions le temps de la guerre.
Il est finalement admis à la retraite par ancienneté de services à partir du 1 er janvier 1918 (3) .

Mais il est toujours en fonctions en septembre 1918…
Enfin, il est nommé à l’honorariat en 1919 « en témoignage de satisfaction pour les services […] rendus à l’administration municipale » (4) .


 
524_W_319_note_EH
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Ce que le dossier nous apprend sur le fonctionnement de l’administration municipale

La très grande majorité des documents passe entre les mains du Maire Édouard Herriot qui les annote ou les paraphe. Y compris les brouillons (5) ! Ou quand les documents en disent long sur la personnalité -ici très interventionniste- du Maire…

Le Maire a le souci constant de s’assurer de la continuité du service, même lorsqu’Eugène Deruelle prend le temps de lui expliquer qui va prendre le relais de sa direction pendant l’une de ses absences. Ainsi, alors qu’Eugène Deruelle sollicite un congé de huit jours pour aller à Paris représenter la Société de médecine vétérinaire de Lyon et du Sud-est à la Fédération des sociétés et syndicats vétérinaires de France, voici ce qu’Édouard Herriot lui répond : « Oui mais veiller à ce que la production de vaccin ne soit en rien ralentie » (6) .

Les absences pour déplacements professionnels ne sont pas accordées sur le temps de travail mais sur le congé annuel ! (7)

Eugène Deruelle a vu son traitement multiplié par plus de 10 pendant les 23 premières années de sa carrière, passant de 600 francs en 1888 à 8400 francs en 1911. Quelle évolution !


 
524_W_319_rapport
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Ce que le dossier nous apprend sur le fonctionnement des services opérationnels

L’inspecteur principal, chef du service des viandes de boucherie, était tenu d’établir un rapport (quotidien ?) afin de recenser le « détail des saisies » de viandes pour maladie dans les différents abattoirs de la ville, ainsi que les « faits divers » (8)

Le système du recours à un vétérinaire est expliqué par le Maire dans une note du 9 janvier 1888. Dans le même document, le Directeur de la Voirie établit un rapport sur « l’entretien des animaux du Jardin zoologique du Parc ». Où l’on apprend qu’il est question de « s’abonner » aux services d’un médecin-vétérinaire (9) …

Ce que le dossier ne nous apprend pas mais que nous révèlent les sources complémentaires

Eugène Deruelle est admis Chevalier de la Légion d’Honneur par décret du 11 novembre 1908 (10) . C’est le Maire, Édouard Herriot, qui la lui remet le 19 décembre.

Il est mort à son domicile lyonnais 81 cours Vitton le 5 octobre 1928 (11) .

Un ultime hommage lui a été rendu lorsqu’en 1933, dans sa séance du 23 janvier (12) , le Conseil municipal de Lyon a décidé d’attribuer le nom d’Eugène Deruelle au boulevard des Casernes dans le 3e arrondissement : « Eugène Deruelle, au cours de sa longue carrière administrative, a bien servi la population lyonnaise. […] La Ville de Lyon, qui trouva en la personne d’Eugène Deruelle un serviteur si dévoué, a le devoir de rendre hommage à sa mémoire. »


 
524_W_319_casier
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Quel est le comble du vétérinaire ?

Une nouvelle fois, les dossiers de carrière se révèlent être des sources incontournables pour écrire l’histoire, l’histoire individuelle, l’histoire administrative…

Impensable aujourd’hui d’entrer dans la fonction publique avec un casier judiciaire non vierge. Les règles étaient bien différentes à la fin du XIXe siècle. Eugène Deruelle avait un casier judiciaire et cela ne l’a pas empêché d’être nommé le 14 janvier 1888. Le 9 décembre 1875, il avait été condamné à 16 francs d’amende par le Tribunal d’Auch pour… délit de chasse ! Un comble pour un vétérinaire…

 

[1] Sauf mention spéciale, tous les éléments proviennent du dossier 524 W 319 conservé aux Archives de Lyon (AML).
[2] Pièce 18
[3] Arrêté du 27 octobre 1917
[4] Arrêté du 5 février 1919
[5] Arrêté du 5 février 1919
[6] Pièce 30
[7] Lettre du 9 juin 1911
[8] Rapport du 26 mars 1912
[9] Pièce 5
[10] Archives nationales, dossier LH/740/41
[11] AML. 2 E 2493 
[12] Bulletin municipal officiel

Dernière modification : 09/11/2017 11:27