Logo pour impression Répression, émeutes et conspirations : la correspondance d’Adrien de Gasparin (1831-1835)

Répression, émeutes et conspirations : la correspondance d’Adrien de Gasparin (1831-1835)

 
Correspondance Gasparin
 

Les révoltes des Canuts de 1831 et 1834 ont suscité une abondante historiographie, fondée notamment sur la presse et sur les rapports parlementaires qui ont suivi les événements. A en juger d’après les bibliographies, les notes de bas de page et les états des sources d’un certain nombre d’ouvrages consultés, il semblerait qu’une source de première main reste encore peu connue. Il s’agit des papiers d’Adrien de Gasparin, préfet du Rhône de décembre 1831 à 1835, conservés aux Archives municipales de Lyon sous la cote 4II.

L’intérêt de la source est évident, quand on sait le rôle du préfet dans la répression des révoltes et dans la réorganisation de la police qui s’en est suivie. On y perçoit ses relations privilégiées avec Casimir Périer puis avec Adolphe Thiers au gouvernement, mais aussi avec le maire de Lyon, Prunelle. On voit aussi à quel point le préfet est à l’écoute des rumeurs, entretient un réseau d’agents secrets et surveille les événements qui peuvent survenir dans la ville, avec une attention particulière pour les républicains, les « carlistes » (nom donné alors aux légitimistes), les réfugiés polonais, qui avaient fui la répression tsariste, et les émigrés italiens, suspectés d’opinions radicales. On découvre enfin des fragments de vie : récits d’incidents, transmission de renseignements, fragments d’archives de sociétés secrètes. Ces registres complètent parfaitement la série M des Archives départementales et métropolitaines, phénomène assez explicable, puisqu’ils auraient dû en faire partie…

Plusieurs raisons expliquent l’ombre dans laquelle sont restées ces archives. La première tient à l’écriture du préfet Gasparin : les 13 registres de lettres comprennent plusieurs centaines de pages de brouillons écrites en pattes de mouche, et le déchiffrement de ces documents peut devenir une épreuve. Les documents ont été reliés dans un ordre approximatif, probablement dès le 19e siècle, ce qui ne facilite pas les choses. Ajoutons à cela que l’instrument de recherche était des plus sommaires. Mais l’explication la plus importante est liée à l’histoire de ce fonds.

Lorsque Gasparin quitte ses fonctions, en 1835, pour devenir secrétaire d’Etat et pair de France, il emporte avec lui des documents qui lui seront utiles lors de son audition devant la Cour des pairs. Il se retire par la suite dans ses terres, à Orange, et meurt en 1865. Les documents restent enfouis dans la bibliothèque familiale pendant près d’un demi-siècle. Après la vente de la maison, en 1914, les archives passent à un maçon, qui les cède à un brocanteur. En mars 1914, Edouard Herriot est saisi presque simultanément par un fabricant de fosses septiques et par le directeur de l’école des Beaux-Arts d’Avignon au sujet de la réapparition de ces documents. Il interroge Rochex, l’archiviste de la ville de Lyon, pour avoir son avis. Celui-ci fait part au maire de l’intérêt de ces documents, mais aussi de la possibilité d’une revendication par les Archives départementales. Herriot tranche : « Mon avis est qu’avant tout il faut faire rentrer ces documents. On peut les avoir pour 2000 fr. Que M. Rocheix (sic) aille à Avignon négocier l’affaire. On le fera ensuite régulariser par le Conseil sans insister sur le contenu de ces papiers en disant simplement qu’ils sont intéressants pour les archives. »

Depuis juillet 2017, un instrument de recherche plus détaillé a été rédigé, qui restitue (autant que possible) l’organisation intellectuelle du fonds et précise, pour chaque registre, les matières traitées. Il est projeté de numériser ces documents, afin de faciliter l’exploitation de ces archives exceptionnelles. L’avancement de ce dossier fera l’objet d’une communication.

 
 
 
Dernière modification : 09/11/2017 11:00