Logo pour impression Autour de l’œuvre de Tony Garnier (épisode 3)

Autour de l’œuvre de Tony Garnier (épisode 3)

L’école de tissage (1905-1934)

En attendant l’exposition Tony Garnier, les Archives municipales de Lyon proposent de poursuivre la découverte de quelques œuvres de Tony Garnier.
En ce mois de rentrée, voici une brève histoire du projet d’école de tissage (actuellement La Martinière Diderot), qui est la seule réalisation de Tony Garnier en matière d’architecture scolaire.

Les projets architecturaux ambitieux mettent souvent du temps à se concrétiser et finissent par prendre une forme un peu différente des ambitions initiales. L’école de tissage illustre bien cette affirmation.

L’école de tissage avait pour but de perfectionner la formation des ouvriers en soie. Au début du XXe siècle, l’institution créée par Gailleton en 1883, rue de Belfort à la Croix-Rousse, est victime de son succès. En 1905, un premier concours est lancé par la ville. Tony Garnier fait partie des candidats (son projet est d’ailleurs le seul à être étudié), mais le projet n’aboutit pas. Les deux plans conservés aux AML montrent un projet d’inspiration régionaliste, comme la vacherie du parc de la Tête d’or : toiture en pente, pignons, façade asymétrique organisée selon la fonction des pièces…, mais les ateliers de tissage sont couverts d’une toiture en shed.

Un deuxième projet est lancé à la fin de la Grande Guerre par Edouard Herriot. En août 1918, celui-ci demande à Tony Garnier de travailler sur des plans de réorganisation de l’école des beaux-arts accompagnés d’un projet d’école de tissage. Il s’agit au départ de représenter tous les arts décoratifs. Le projet se situe sur le cours des Chartreux. Herriot souhaite une école des beaux-arts et « une école de tissage vraiment moderne ». Intégré dans le projet commun avec l’école d’enseignement théorique et pratique des arts, l’architecture montre une évolution importante par rapport au premier projet. Les façades des bâtiments sont dépouillées, symétriques, à toits-terrasses et en béton.

Les contingences budgétaires ralentissent la décision : les débats reprennent en octobre 1922 devant le Conseil municipal. Au cours du conseil municipal du 23 octobre 1922, un débat a lieu pour la création de bâtiments convenables pour l’école de tissage. Près d’un millier élèves suivent les cours de la journée et du soir, il est impossible de les accueillir dans de bonnes conditions. Herriot charge une commission d’étudier les plans établis par Tony Garnier et d’établir avec lui un projet. Ce dernier est présenté le 29 janvier 1923 : estimé à 4 millions de francs, il reprend les grandes lignes du projet de 1918. Emile Leroudier, dessinateur en soierie et conseiller municipal, propose que l’école des beaux-arts et l’école technique, alors intégrées à l’étude de Garnier, soient abandonnées pour le moment. Il s’agit de privilégier le projet d’école de tissage en raison des mauvaises conditions d’installation des élèves. Le projet de 1922-1923 de Garnier n’est pas approuvé par la préfecture.

Le bail de l’école se finissant en 1928, Herriot charge l’architecte de redessiner un quatrième projet. Garnier présente cette fois une grande école où la modernité est présente en façade et dans la conception du bâtiment et des circulations. La façade sur le cours des Chartreux est parfaitement symétrique. Chaque travée de fenêtres est séparée de pilastres filants à facettes en redents. Garnier recherche la verticalité dans un bâtiment tout en longueur. On retrouve les pièces dédiées à l’enseignement et à l’administration de ce côté. A l’arrière, l’architecte installe les ateliers pour lesquels il garde le principe de toiture en sheds. Il profite de la déclivité du terrain : le bâtiment principal est de plain-pied sur le cours des Chartreux et les ateliers sont adossés à flanc de colline. Les différents corps de bâtiments sont reliés par un noyau de circulation qui distribue tous les étages. Le projet est présenté au conseil municipal du 27 septembre 1926 qui vote un budget de 7,8 millions de francs. En fin de compte, 11 millions de francs sont dépensés pour le projet (les travaux de terrassement sont plus coûteux que prévu). L’école est inaugurée en 1934.

Garnier dessine aussi en 1927-1928, les plans de la villa du directeur, sur le même principe architectural que pour les façades : diversité des fenêtres, pilastres filants, toit-terrasses. Cependant la maîtrise d’œuvre est assurée par Jean Faure.

Dernière modification : 05/09/2019 09:54