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La topographie historique
lyonnaise
L’intérêt
pour la topographie historique de la ville s’est manifesté
dès la fin du XVIIe siècle par des mentions
savantes sur les plans de l’époque, celles de Ménestrier
sur le plan de Tardieu joint à son Histoire civile et
consulaire : " amphiteatre " au dessus
des ruines de l’Odéon à Fourvière, " ancien
canal de communication [...] " en place de fossés
des Terreaux, ou encore le dessin par Delamonce sur son plan de
1701, d’une " naumachie " dans le clos de la Déserte.
Archéologique,
la restitution du Lyon romain par Chenavard (1787-1883),
d’après les recherches de François
Artaud (1767-1838), témoigne d’un même souci et veut
s’appuyer sur un canevas géométral élémentaire
de la ville(17).
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Fig.
3. É.L.G. Charvet, Restitution géométrale
du Plan scénographique, apud M.Cl. Guigue de ses Recherches
sur Notre-Dame de Lyon, Lyon, 1876. Reprod. 5 Ph 35763.
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Les véritables
promoteurs de la topographie historique lyonnaise sont, à
des titres divers, l’architecte Léon Charvet et l’ancien
voyer de la Ville, Benoît Vermorel. À Charvet, un des
fondateurs de la société de topographie historique
de Lyon, est due l’initiative de la reproduction du Plan scénographique
de 1550, dont les premières planches furent gravées
par Séon en 1872. La publication par Marie-Claude
Guigue de ses Recherches sur Notre-Dame de Lyon(18),
fut l’occasion pour Charvet, à partir du
Plan scénographique, d’un premier exemple de transfert d’une
vue cavalière sur un fond géométral (fig. 3)(19).
Cette méthode de transfert, à vue, qui prend appui
sur le réseau des voies subsistantes, malgré ses insuffisances
est acceptable en première approche pour des plans d’ensemble
ou schématiques, à petite échelle, dont la
seule ambition est de rendre compte des masses construites ou de
situer quelques édifices majeurs à une époque
donnée. À ce type de transfert se
rattache le plan de Charles Deronsière, établi par
cet architecte, sur les indications du chartiste Charles Perrat
pour le Livre du vaillant, publié par Édouard
Philipon en 1927, plan reproduit depuis dans d’autres études
(fig. 4)(20).
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Fig.
4. Ch. Deronsière, Lyon en 1388 d'après le livre
du vaillant (Lyon, Archives municipales 2 S 963). Reprod.
5 Ph 35762.
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Mais c’est Benoît
Vermorel qui, le premier, a posé les bases d’une véritable
restitution topographique de la ville à partir des limites
parcellaires.
" Il
suffit, écrit-il, de considérer que les
murs mitoyens entre deux héritages n’ont presque pas
changé de place, pour cette raison bien simple que chacun
en rebâtissant est obligé de respecter les limites
du voisin [...] d’où il résulte qu’un grand
nombre de maisons sont assises sur leurs fondements d’il y a
plusieurs siècles. Ce n’est pas, que dans la suite des
temps, plusieurs n’aient été réunies en
une seule ou que de grands immeubles n’aient été
partagés, mais ces changements sont toujours resserrés
entre des limites qui n’ont pas variées. "(21)
Passant des principes
à la méthode, Vermorel ajoute :
" Il
était indispensable d’établir avant tout un plan
type, représentant à une époque déterminée,
la plus ancienne possible, la topographie générale
et en détail, chaque propriété bâtie
ou non bâtie. "(22)
À Vermorel revient
également le mérité d’avoir mis en évidence
les sources fondamentales de la topographie historique : " nommées ",
alignements et, surtout, terriers, tous documents ignorés
des historiens de son temps.
Vermorel annonçait
un plan topographique historique de la ville qui devait comporter
quatre feuilles d’ensemble et vingt-quatre feuilles de détail,
en voie d’achèvement, disait-il six ans avant sa mort (planche
2.). Les Archives municipales et le Musée historique de la
ville se partagent les restes de ce travail considérable.
Vermorel n’avait pour appui de sa restitution que le plan cadastral
au 1:600e sur lequel il reporta, sans étapes intermédiaires,
les limites parcellaires, parfois approximatives, données
par les terriers (planche 4.). En raison de l’insuffisance des sources
à la date extrême de 1350 qu’il s’était fixé,
Vermorel a dû devoir les compléter par des informations
plus tardives tirées du vaillant de 1388 et des nommées
de la fin du XVe siècle. Il en résulte
un document un peu confus, un Lyon du Moyen Âge, auquel il
est difficile d’assigner une date précise. Les plans de détail,
présentés comme des cartes terristes, rassemblent
sur des parcelles déterminées, lorsque leurs limites
sont connues, ou sur des ensembles plus vastes, les indications
données par les terriers et autres pour cette période
et en deçà (planche2.2.).
Un siècle passé,
il est possible de reprendre le projet de Vermorel dans de meilleures
conditions et de façon systématique, en tenant compte
des nécessaires étapes pour atteindre le but. Mais
un tel travail dépasse les capacités personnelles
et s’offre à plusieurs générations de chercheurs.
Les progrès des moyens de traitement devraient permettre
toutefois d’en hâter l’achèvement.
17-Lyon
antique restauré d'après les recherches de FM Artaud,
... par A.M. Chenavard, Lyon, L. Boitel, 1850, in-folio, 21 p.,
5 ff. de pl. hors texte.
18-Recherches sur Notre-Dame
de Lyon, hôpital fondé au VIe siècle par le
roi Childebert et la reine Ultrogothe : origine du pont de la Guillotière
et du Grand Hôtel-Dieu, Lyon, N. Scheuring, 1876, 202 p.,
2 f. de pl. hors-texte, plan en frontispice.
19-Même démarche
chez Bernard GAUTHIEZ pour le plan annexé au dossier des
Archives municipales, Lyon, les années Rabelais (1532-1548),
Lyon, 1994, 1 pl. en dépl. (Les dossiers des Archives municipales
; 6).
20-Le livre du vaillant
des habitants de Lyon en 1388 : estimation des biens meubles et
immeubles pour servir à l'assiette de la taille, publié
par Éd. Philipon, avec une introduction de Ch. Perrat, Lyon,
M. Audin, 1927, 224 p., plan in fine.
21-B. VERMOREL, Historique
des rues de la ville de Lyon pour faire suite au plan topographique
et historique de Lyon en 1350, Lyon, 1879, pp. V-VI.
22-B. VERMOREL, Op. cit.,
Lyon, 1879, pp. XIV.
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