LES PLANS DE LA VILLE DE LYON ET LA RESTITUTION DE SES ÉTATS PARCELLAIRES PASSÉS (4)

 

Projet de restitution (planche11.)

Le plan parcellaire de la ville à l’échelle de 1:500e est désormais le support obligatoire de toute restitution. Son échelle autorise la précision du dessin, le report de certains détails comme : " allées ", perrons, puits, arbres isolés et même lorsqu’elle est connue la distribution intérieure d’édifices publics. La division du plan parcellaire en feuilles de 1 m par 0,600 m (500 m x 300 m) facilite le travail qui peut être effectué par morceaux et permet, après réduction à de plus petites échelles, la constitution de plans de détails, de quartiers ou d’ensemble de dimensions pratiques.

La date de 1861, point de départ du plan parcellaire, est à l’origine de deux procédures distinctes de restitution : l’une progressive, en aval, par mise à jour continue assurée par le service du Plan, l’autre régressive, proprement historique, jusqu’au terme de 1350, comme se l’était fixé Vermorel.

Dans la longue période amont qui, pour sa plus grande part, est de l’Ancien Régime, un état intermédiaire, celui du cadastre de 1832, relève d’une procédure particulière : la mise à l’échelle au 1:500e du plan cadastral pour report sur le parcellaire actuel, travail long et fastidieux mais indispensable pour tirer plein profit de ce document d’ensemble.

Pour l’Ancien Régime, la restitution topographique est essentiellement basée sur la connaissance du système seigneurial et des traces qu’il a laissées sous forme d’atlas, de cartes et, surtout, de terriers. À ces sources s’ajoutent plans d’embellissements et d’architecture - rares en ces temps -, décisions d’alignement et documents fiscaux d’un moindre secours par manque de précision topographique.

Bien différentes des plans et matrices du Cadastre qui forment un tout homogène et complet, les sources topographiques de l’Ancien Régime sont dispersées, fragmentaires et d’inégales valeurs. Aux difficultés de rassemblement de ces sources, s’ajoutent celles de l’interprétation, de l’harmonisation de documents graphiques à des échelles diverses et d’écrits souvent obscurs.

La démarche régressive doit procéder par étapes à travers les siècles. Ces étapes qui ne sauraient correspondre à des intervalles réguliers, seront choisies en fonction de dates significatives de l’histoire urbaine ainsi que de l’étendue des ressources documentaires à une époque donnée.

Fig. 5. Plan au 1:500e de la ville au Lyon , feuille 151 (Saint-Nizier) : état ca. 1950.

Fig. 6. Lyon 1750 (extrait du plan dressé par François-Régis Cottin et Francisque Loizy), feuille 151 (Saint-Nizier) : état restitué ca. 1750.

Pour les mêmes raisons, la restitution atteindra des niveaux différents, suivant la date, allant du plan de masses total aux plans parcellaires partiels, sans qu’un résultat uniforme et intégral puisse être systématiquement atteint ou escompté. L’étendue des zones couvertes en totalité ou partiellement par la documentation aux différentes dates de l’Ancien Régime, reste à préciser, mais les limites de la représentation formelle, celles de plans de masses plus ou moins détaillés sont d’ors et déjà connues. Les plans de " rentes ", sur feuilles ou en atlas, couvrent la presque totalité de la ville au milieu du XVIIIe siècle ; des plans de communautés religieuses et de bâtiments publics comblant ce qui peut manquer. Tous ces documents apportent les éléments nécessaires à l’établissement d’un plan de masse géométral de la ville, à la date moyenne de 1750, et d’un niveau de précision équivalent à celui du parcellaire de la ville au 1:500e (fig. 5-6). La première moitié du XVIIIe siècle fut à Lyon une période faste d’embellissement dont bénéficièrent les quartiers de Bellecour et d’Ainay : aménagement de la place Royale, percement des rues Vaubecour et de la Charité, lotissement des jardins d’Ainay, reconstruction des couvents des Jacobins et des Célestins. Les relevés qui précédèrent ces travaux autorisent pour cette seule partie de la ville - les quartiers de Bellecour et d’Ainay -, avec certaines réserves, un état de 1700 de niveau semblable à celui de 1750. Pour d’autres points de la ville, généralement centrés sur un édifice civil ou religieux, existent quelques plans partiels qui permettent leur restitution de même niveau à cette date moyenne de 1700.

Au-delà, en raison de l’absence de tout document graphique exploitable, toute tentative de restitution formelle est impossible et relèverait de la fantaisie. C’est avec les textes, terriers, et autres que se poursuivra la remontée dans le temps en prenant appui sur le substrat du seul réseau parcellaire. À l’intérieur de celui-ci, et autant qu’il le faudrait, des symboles spécifiques devront être adoptés pour représenter des constructions de formes inconnues à l’intérieur des parcelles.

Les seigneuries

Réalisé à partir de documents, pour la plupart d’origine seigneuriale, l’état de 1750, conserve dans ses parcelles les limites des seigneuries dont il nous renvoie l’image. Sous les sédiments datables que sont les seigneuries modernes, constituées depuis le Moyen Âge à partir des seigneuries primitives, apparaissent les étendues et contours de ces dernières. Nous avons ainsi connaissance d’un état du territoire lyonnais non daté précisément mais bien antérieur aux chartes et terriers qui nous le révèlent. Par exemple, au débouché du pont de Saône (le Pont de pierre du XIe siècle), la rente de l’archevêque dessine un quadrilatère de cinq hectares, où l’église de Saint-Nizier occupe une position centrale, et dont les côtés nord et sud sont strictement parallèles, ce dernier s’appuyant sur un mur de la ville déjà disparu au XIVe siècle (voir planche 11.3). Ce " Lyon de l’archevêque ", face à celui du Chapitre, est vraisemblablement un état premier du " bourg de Lyon ", avant que le mur des Terreaux, au nord, n’y réunît les faubourgs développés autour de l’abbaye de Saint-Pierre et du prieuré de la Platière, suivant un processus courant dans les villes du Moyen Âge de l’Europe occidentale.

François-Régis Cottin

Architecte

Notice bibliographique

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