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Une
enquête rapide dans les fonds lyonnais montre qu'un peu plus
d'une douzaine de plans généraux de la ville furent
gravés au cours du XVIIe et du XVIIIe siècle. C'est
à la fois peu et beaucoup pour tenter d'en avoir une vue
d'ensemble et de tirer des conclusions valables sur cette production
très particulière(1).
Nous souhaitons traiter
ici des plans comme on le ferait des estampes en général,
en les soumettant à un examen précis de leurs caractéristiques :
travail du graveur, signification de la lettre, analyse des ornements,
recherche d'attribution et mise en rapport avec d'autres productions
du même genre. Nous ne reprendrons donc pas les recherches
sur la représentation des formes urbaines qui sont habituellement
liées aux plans.
Pourquoi des plans
gravés ?
Le premier problème
qui se pose, concerne la finalité des plans. Qui en prend
l'initiative ? Qui les finance ? Dans quel but ?
Autant de questions étroitement liées. On peut, au
fil du temps, distinguer trois sortes de motivations. Tout d'abord
les plans sont destinés à la glorification de la ville,
puis ils sont associés, comme documents parlants, à
l'édition d'ouvrages historiques, enfin, ils annoncent ou
accompagnent les opérations d'urbanisme, distinction qui
n'exclut pas des interférences entre ces trois types d'explications.
La célébration
de la ville inspire les premiers plans du XVIIe siècle, dus
à Simon Maupin, en 1625 pour le premier et 1659 (planche
6.) pour le second qui connaîtra deux rééditions
en 1694 et vers 1714. Un hasard archivistique heureux a conservé
la décision de paiement du plan (ou vue) de 1625 :
" Au
Sieur Maupin, graveur en taille douce la somme de quatre
vingt dix livres pour aucunement aider aux frais et dépenses
qu'il a faites pour faire le plan de la ville de Lyon pour
servir à l'honneur et réputation d'icelle
[...] " (souligné en gras par
nous)(2).
Le registre comptable
précise :
" Payer
et délivrer comptant au sieur Maupin qui a gravé
et taillé le plan de ladite ville la somme de 90
livres pour duement ayder aux frais et dépenses qu'il
a faites en travaillant à ses ouvrages, lequel
servira à l'honneur et réputation d'ycelle
ville soit en ce royaume soit pour les estrangers où
facilement il pourra être considéré "(3).
Ces mentions sont explicites
de ce qu'attend la municipalité en participant aux dépenses
de Maupin, qualifié en 1625 de graveur : pouvoir offrir
à l'extérieur une image de sa grandeur par la représentation
de ses remparts, de ses églises et, surtout, de ses fleuves.
En 1659 encore, un subside
de la municipalité est versé à Maupin, " voyer
de la ville " ; on ne précise pas de la même
manière les motifs officiels :
" autre
mandement pour le Sieur Maupin, voyer de ladite ville, de
la somme de cent livres en reconnaissance des vacations
et peines qu'il a eu pour avoir fait le dessin et inscription
au naturel de cette ville de Lyon et des paysages autour
d'ycelle qui a été dédié
au Consulat "(4).
À
la somme allouée à Maupin, on peut comparer celle
de deux cent six livres pour François de Masso, " maître
imprimeur de cette ville "(5).
En 1659, la situation est donc différente ; l'initiative
semble revenir au graveur ou à l'imprimeur, le consulat les
dédommageant ensuite de leurs frais.
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Fig.
1. Plan de S. Maupin (éd. c. 1714) : vignette
signée Guigou (Lyon, Archives municipales, 1 S 171).
Reprod. 5 Ph 35634.
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Les Archives municipales
ne recèlent pas trace d'autres paiements jusqu'aux années
1735-1740, moment où est publié le plan de Séraucourt,
qui sera traité à part, étant donné
son importance, mais on peut déjà indiquer ici que
ce plan montre bien les imbrications entre politique et image de
la ville.
Cette impression est
renforcée par un document de 1758, qui, au sujet d'un plan
que le graveur Joubert aurait exécuté mais que nous
ne connaissons pas, indique un paiement pour :
" six
cent[s] plans ou vues de la ville de Lion qu'il a fait et
fourni de l'ordre du consulat, lesquels plans ou vues ont
été déposés aux archives de
cette ville, pour être présentés
suivant l'usage à M.M. les Prévots des marchands
entrant en charge "(6).
Le désir du consulat
de voir sa ville reconnue par l'image semble avoir été
comblé puisque, dès le milieu du XVIIe siècle,
le plan de Lyon figure dans les atlas de villes élaborés
à l'extérieur. C'est le cas avec celui dessiné
par Kaspar Mérian (1627-1686) pour la Topographia Galliae
Sive Descriptio [...] publiée par Martin Zeller à
Francfort en 1655 ou de la carte de Lyon, ville très considérable
du royaume de France que publie à Paris en 1700 le géographe
Nicolas de Fer. Plus tard, le plan de Delamonce
(1701) prendra place dans l'atlas géographique contenant
les cartes des Provinces et Généralités
d'Orléans, Tours [...] et du Lyonnais, tome IX
de la collection du sieur Beaurain, géographe ordinaire du
Roy, quai des Augustins au coin de la rue Pavée, Paris, 1740(7).
À la fin du XVIIe
siècle seulement, la réalisation d'un plan apparaît
liée à la publication d'un ouvrage historique, éloge
de l'ancienne cité. Le plan constitue alors la " preuve "
de l'histoire. C'est précisément le rôle dévolu
à l'intéressante réédition du Plan
scénographique associée à la publication
du père Ménestrier, Histoire civile et consulaire
de la ville de Lyon [...] avec la carte de la ville de Lyon
comme elle étoit il y a environ deux siècles,
chez Jean-Baptiste et Nicolas de Ville, rue Mercière,Àla
Science, en 1696. Gérard Bruyère
a déjà exposé l'intérêt de cette
réédition du premier plan gravé du XVIe
siècle(8). Nous insisterons seulement
sur la signification " archéologique " de ce document
qui suit de peu la réédition du plan de Maupin en
1694, indiquant peut-être une sorte de concurrence. Cette
impression se renforce si l'on considère la publication par
Delamonce du Plan de Lion ancienne colonie des Romains, qui était
sous leur Empire une des plus célèbres villes de Gaule
/ elle est à présent la Seconde ville du Royaume de
France, capitale du Lionnois, etc. selon la lettre du plan,
sur lequel figurent pour la première fois des vestiges archéologiques ;
il est encore à la gloire de la ville, mais cette fois, c'est
l'histoire ancienne qui est convoquée. Gérard
Bruyère avance l'idée que ce plan était destiné
au second volume, resté manuscrit, de l'Histoire civile
et consulaire du père Ménestrier(9).
La même association
entre plan et ouvrage imprimé se réalise pour le plan
de Bouchet, Lion, seconde ville du roîaume de France, capitale
des provinces du Lionnois, Forez et Beaujollois gravé
pour l'Histoire abrégée ou Éloge historique
de la ville de Lyon, publié en 1711, chez Jean-Baptiste
Girin, par Claude Brossette. Texte et image assurent encore ensemble
la célébration de la cité toujours fondée
sur l'histoire.
Un peu différente
de cette démarche est la publication du plan de Jacquemin
en 1747 (planche 10.1.), joint à l’Almanach de Lyon
de la même année, repris en 1760 dans l'ouvrage de
l'abbé Pernetty, Tableau de la ville de Lyon, ouvrage
d'un genre nouveau puisqu'il s'agit d'un guide de la ville pour
lequel le plan apporte des indications topographiques précises.
Nous sommes au moment où, la célébration étant
un peu oubliée, on s'intéresse à la ville pour
elle-même, pour ses monuments et ses transformations urbanistiques.
C'est le sens des plans de Séraucourt (1735-1740) (planche
9.) et de Joubert (1767) encore dédiés au consulat
et, surtout de ceux de Morand (c. 1768) (planche 12.1.), de Perrache
(c. 1770) (planche 12.2.) ou du second plan de Joubert (1773) (planche
13. ; fig. 6).
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Fig.
6. Plan de Joubert (éd. 1773) : cartouche principal
(Lyon, Archives municipales, 1 S 90). Reprod. 5 Ph 35642.
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Ces plans géométraux
attirent l'attention sur la représentation des principaux
monuments qui apparaissent avec celui de Séraucourt sous
forme de vignettes tout autour de la feuille, comme nous le verrons.
Dans le plan de Joubert, les monuments anciens sont remplacés
par des édifices récents publics et privés,
avec indication des architectes, ce qui montre un intérêt
nouveau pour leur art. On va encore plus loin avec les plans établis
par les " promoteurs " de grands travaux que sont Morand
et Perrache et qui semblent se répondre ; leur
présentation circonscrite respectivement dans un cercle et
un ovale projette sur la trame ancienne de la ville les agrandissements
envisagés, sans doute dans le but de trouver des capitaux
pour les réaliser(10).
Ces plans sont à la base des études sur l'urbanisme
de la ville au XVIIIe siècle mais ils demandent une analyse
serrée car les représentations anticipent les réalisations(11).
Après 1773, ces
plans d'urbanisme lyonnais intéressent les " ingénieurs-géographes
du Roi " parisiens. Ils s'emparent de la représentation
la plus achevée, donnée par Joubert, et en publient
régulièrement des éditions mises à jour ;
c'est le cas de l'ingénieur Argou en 1773, de Denis en 1780
et, surtout, de Moithey qui multiplie les éditions
entre 1773 et 1789 et propose même, autour de 1783(12),
un Plan scénographique de la ville de Lyon sous les règnes
de François Ier et de Henri II, copie assez
précise du plan du XVIe siècle. Cette curieuse
entreprise archéologique s'explique mal. Gérard Bruyère
avance, une fois de plus, une hypothèse intéressante :
il voit là le désir de la part du géographe
de compléter à l'intention du ministre Bertin, ancien
intendant du Lyonnais, qui avait constitué un " cabinet
des chartes ", la série des documents cartographiques
disponibles(13)(fig. 8).
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Fig.
8. Copie du plan scénographique par Moithey (c. 1783) :
armes de France (Lyon, Archives municipales, 2 S 945). Reprod.
5 Ph 35640.
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Copies et reprises
Le
phénomène de reprise d'un plan sur l'autre sous la
forme de copies clairement identifiables est très fréquent :
trois versions du plan de Maupin, par exemple, en 1659, 1694 et
c. 1714(14), deux versions de celui de
Séraucourt en 1735 et 1740, pour des raisons particulières,
deux encore de Joubert, 1767 et 1773, dans ce cas nettement différentes
sans compter trois copies du plan scénographique (1572, 1696
et c. 1783). Il se produit, en outre, pour le plan de ville le même
phénomène que pour l'image religieuse : les modèles
sont réutilisés pendant longtemps et l'on oublie,
peu à peu, de signaler les prototypes. Ainsi,
le plan de Merian, édité autour de 1655, est-il une
reprise du petit plan de Lyon dressé vers 1630 par Maupin
et gravé par A. Bosse(15),
celui de Nicolas de Fer (1700) est pratiquement recopié,
par un graveur allemand, sans doute au tout début du XVIIIe
siècle(16) pour l'éditeur
Bodencher à Augsbourg, dans un format réduit et d'une
manière simpliste, mais avec traduction en allemand de certaines
légendes. Le plan de Delamonce (c. 1701)
est copié deux fois, en 1749 avec indication du nom de Delamonce(17)
puis, sans indication d'emprunt, par l'ingénieur-géographe
parisien Desnos en 1767. Nous avons déjà signalé
que l'ingénieur Moithey publiait régulièrement,
après 1773, des plans fondés sur le plan de Joubert
pour la représentation des rues et des îlots mais orientés
au nord. Parfois, les emprunts sont plus subtils. Ainsi, Joubert
orne son plan de vignettes prises en partie dans celui de Séraucourt ;
il est vrai que celles-ci provenaient déjà de compositions
antérieures, de F. Delamonce, Jean-François Cars ou
N. de Poilly(18). Ces emprunts, indifférents
aux privilèges déposés sont toujours caractéristiques
des oeuvres gravées.
Dessinateurs, graveurs
et éditeurs
Tous parties prenantes
de l'entreprise, ils ne sont pas toujours signalés par la
lettre inscrite sur les cuivres et rares sont les documents les
concernant. C'est d'abord le cas des dessinateurs, pratiquement
ignorés, sauf dans quelques cas. Par exemple, le petit plan
de Maupin (1625) porte, clairement indiqué S. Maupin inventor,
ce que vient conforter le paiement relevé dans les archives,
qui ignore complètement le graveur David Van Velthem dont
on comprend mal l'intervention, puisque, dans l'acte cité,
Maupin est lui-même désigné comme graveur. Il
faut attendre le plan dit de Delamonce pour retrouver une indication
claire : dessiné sur les lieux par le sieur Delamonce
architecte. Au XVIIIe siècle, le même personnage
est à la fois dessinateur et graveur et parfois éditeur,
comme Jacquemin qui, en 1747, inscrit sur son plan : Cr
Jacquemin delineavit et excudit ou encore Séraucourt,
qui indique que le sien a été levé et gravé
par Claude Séraucourt et qu'il se vend chez lui, rue
de Flandre, avec privilège. Mais il a eu recours à
un cartographe professionnel pour vérifier son plan, le
R.P. Grégoire (1674-1750), religieux que l’on rencontre au
couvent de Picpus à Paris comme à celui de la Guillotière,
à Lyon, connu pour avoir réalisé des globes
géographiques(19). Les deux plans
de Joubert ne portent qu'une indication de l'éditeur mais
on peut penser que celui-ci est aussi le graveur Louis-Martin-Roch
Joubert, gendre de la veuve Daudet.
Ainsi entrent en jeu
soit des dessinateurs et des graveurs en taille-douce, soit des
architectes-géomètres, sans que la distinction soit
très nette. Nous l'avons vu pour Maupin,
présenté d'abord comme graveur, puis voyer de la ville(20).
Il en est de même de Ferdinand Delamonce, dessinateur connu
mais aussi architecte ; Séraucourt
est qualifié dans un texte de 1731 de " marchand-graveur
en taille-douce " et en 1743, de " graveur et géomètre
de cette ville "(21).
Les vrais graveurs sont
rares et souvent mal connus. Qu'il s'agisse de David Van Velthem
en 1625 - flamand présent à Lyon en 1622, puisqu'il
grave quelques planches de l'Entrée du Roi et de la Reine
à cette date, de Mérian en 1655, de Guigou en 1659
(actif à Lyon entre 1651 et 1664). Nicolas-Henri Tardieu
(1674-1749) élève de G. Audran est à ses débuts
en 1696, lorsqu'il fait une vignette pour la réédition
du plan scénographique ; il participera plus tard au
recueil Crozat. Jean-Baptiste Bouchet dont le
nom apparaît sur une Carte de la Guillotiere de 1701(22),
est connu à Lyon entre 1673 et 1714, lié à
van der Cabel. Charles Inselin, né vers 1673, qui grave en
1701 le plan de Delamonce, a collaboré à plusieurs
atlas de Nicolas de Fer. Louis-Martin-Roch Joubert, né à
l’orée du XVIIIe siècle en Avignon, s’établit
à Lyon vers 1730-1735. En 1744, il devient le gendre de Jean-Louis
Daudet qui l’associe à son enseigne. À plusieurs reprises,
dans les années 1740-1750, il exécute des gravures
de qualité d’après les compositions de Ferdinand Delamonce.
En 1757, il s’associe avec la veuve de J.-L. Daudet et sous le nom
de " Veuve Daudet et Joubert ", édite plusieurs
plans et cartes de la région dont un plan géométral
de Lyon en 1758 (aucune épreuve n’est connue) qui connut
des rééditions successives en 1767, 1773, 1784 et
1801. Sous le même excudit, est publié en 1767
le Gouvernement Général des Provinces du Lyonnais,
Forez et Beaujolais gravé par Quetteville.
Le plan de Morand ne
porte pas d'indication de graveur, cependant A.
Charre observe qu'une épreuve dans la collection Leroudier
portait l'indication, comme graveur de la lettre, d'un certain Meunier(23),
ce qui n'étonne pas car ce nom apparaît aussi sur le
plan conçu par Morand pour la distribution des Brotteaux
en 1788. Beauvais enfin, graveur du plan de Perrache, est sans doute
Charles-Nicolas Beauvais (1730-1783) qui travailla pour le comte
d'Artois à qui Perrache dédia une grande estampe montrant
ses futurs travaux.
La question des éditeurs
des plans est également épineuse. Il peut s'agir d'imprimeurs-libraires,
de marchands d'estampes et des graveurs eux-mêmes. Le XVIIe
siècle est surtout celui des imprimeurs. En 1625, le
plan de Maupin se vend chez Claude Savary et Barthélémy
Gaultier à Sainct-Louis, rue Mercière à la
Science, adresse qui est encore valable en 1628(24)
mais qui pose problèmes car on connaît aussi Savary
et Gaultier imprimeurs en taille-douce à la Toison d'or
dans la même rue ; la publication du
plan de 1625 n'est pas signalée dans la thèse de Mme
Legay(25). Il est possible,
en revanche, que Claude Savary, qui meurt peu avant 1655, ait eu
en apprentissage François de Masso (1628-c.1680) entre 1640
et 1655(26). Cette relation explique peut-être
que Demasso soit l'éditeur du plan de Maupin en 1659. La
deuxième édition de 1694, dans laquelle le nom de
Maupin a été effacé, est, selon les exemplaires
rencontrés, publiée chez les frères Langlois,
marchands Ymagiers rue Mercière ou chez Michel Froment
à la belle Image(27). Cela
s'explique encore parce que Froment est le neveu et l'associé
des frères Langlois.
La même continuité
dans les enseignes de libraire s'observe pour la réédition
du plan scénographique accompagnant l'Histoire civile
et consulaire de Ménestrier publiée chez les frères
de Ville, rue Mercière, qui ont repris l'enseigne de Gaultier
et Savary, À la Science.
La prise en charge de
l'édition d'un plan par un libraire disparaît au XVIIIe
siècle. Il semble, comme nous l'avons déjà
pressenti, que ce soit le géographe-graveur qui se charge
aussi des frais de l'édition, quitte à s'y ruiner,
comme Séraucourt, ou, encore, le marchand-éditeur
d'estampes comme la veuve Daudet et son gendre Joubert, dont l'activité
pose d'ailleurs problème. En effet, les registres municipaux
font état, à la date du 9 mars 1758, d'un règlement :
" au
sieur Joubert graveur en taille douce en cette ville de
deux mille deux cent vingt quatre livres pour l'impression,
papier et collage de six cent plans ou vues de la ville
de Lion qu'il a fait et fourni de l'ordre du Consulat, lesquels
plans ou vues ont été déposés
aux archives de cette ville pour être présentés
selon l'usage à MM. les Prévost des marchands
et Échevins entrant en charge "(28).
Cette
mention ferait croire à l'existence d'un plan déjà
réalisé en 1758 que nous ne connaissons pas(29),
le premier plan où apparaît le nom de Joubert étant
daté de 1767 ; elle montre, en tout cas, que le consulat
avait acquis l'habitude de disposer d'un plan " officiel "
et qu'il était prêt à en assumer le prix.
La diffusion des
plans
La diffusion était-elle
officielle et réduite ou publique et large ? C'est le
point sur lequel nous avons le moins d'informations, aucune pour
les libraires du XVIIe siècle et peu pour le XVIIIe siècle.
L'inventaire
du fonds de la société Langlois en 1698 ne comporte
aucune mention précise de plans de Lyon(30)
mais en 1731 dans celui de la veuve de Michel
Froment, leur associé, on dénombre " cinquante
descriptions de Lyon estimées ensemble cinquante sols "(31),
ce qui est une somme minime.
Une
indication de tirage est donnée, en 1740, par la requête
de Séraucourt(32) qui évoque
un tirage de mille exemplaires dont la plupart sont restés
invendus et, en 1758, par la " commande " du consulat
à Joubert, s'élevant à six cents exemplaires.
Des épreuves de la première édition du plan
de Séraucourt sont déposées à l’enseigne
du Nom de Jésus chez Jean-François Cars, maître
de Séraucourt établi depuis 1710 au moins rue Saint-Jacques,
à Paris. À défaut d’une annonce
dans les gazettes lyonnaises, la parution du plan et l’adresse de
son dépositaire parisien sont signalés dans le Mercure
de France de décembre 1735(33).
On aurait pu penser que
les marchands d'estampes lyonnais proposent à la vente des
plans de la ville. Un sondage systématique dans les Petites
affiches de Lyon entre 1750 et l'an IV, portant sur les années
se terminant par 5 et par 10, n'a révélé aucune
annonce concernant les plans de Lyon alors que l'on trouve des cartes
de France, d'Europe et même du monde entier.
Cependant,
d’autres sources indiquent des ventes chez les marchands d’estampes
comme Daudet(34). La copie du plan scénographique
par le géographe Moithey, vers 1783, porte pourtant la mention :
à Paris chez le Sieur Moithey [...] et à
Lyon chez les marchands d'estampes. Nous sommes obligés
de conclure que le plan de la ville intéressait surtout que
ceux étaient impliqués dans son administration, soit
le corps des échevins, qui y voyaient un instrument de prestige,
ou par ailleurs, les " promoteurs " de grands travaux,
comme Perrache ou Morand. pour qui il faisait office de publicité.
Reste la question des plans exécutés hors de Lyon,
souvent par des ingénieurs-géographes, dont l'intérêt
est peut-être davantage lié au désir de connaissances
encyclopédiques et qui sont d'ailleurs plus modestes dans
leur présentation.
1-Ce
texte s'appuie partiellement sur les recherches menées par
des étudiants de licence d'histoire de l'art de Lyon 2 lors
de leur stage aux Archives municipales, en 1997. Nous avons donc
le plaisir de remercier Carine Thévenin (relevés dans
les Petites affiches de Lyon) Laurent Zakoïan et Sophie Marie
pour leurs recherches de noms d'experts dans la série BP
(rapports d'experts) aux Archives départementales, et Coralie
Seto pour les mentions de paiements pour des plans dans les séries
BB et CC des Archives municipales.
2-Lyon, Archives municipales,
CC 1738, fol. 60 v°.
3-Ibid., CC 1740, pièce
10.
4-Ibid., BB 214, fol. 362.
5-Ibid., BB 300, fol. 148
r° et BB 440, fol. 362.
6-Ibid., BB 328, fol. 132
r°.
7-Paris,
Bibliothèque nationale de France, Département des
cartes et plans, Ge BB 565 IX (40).
8-G. BRUYÈRE, "
La fortune critique du plan de Lyon au XVIe siècle à
travers ses reproductions gravées ", Le plan de Lyon
vers 1550, Lyon, Archives municipales, 1990, pp. 61-80, ill. en
noir ; en particulier pp. 62-63.
9-Ibid.
10-Le plan de Morand
indique l'agrandissement en forme circulaire dans les terreins des
Brotteaux et celui de Perrache lui répond par les agrandissements
dans sa partie méridionale.
11-Ainsi le plan de Joubert
de 1767 est-il, selon la lettre, assujetti aux nouveaux alignements,
augmenté des Quartiers neufs et enrichi des Bâtiments
principaux.
12-La date approximative
de mise en vente est donnée par l'abbé Duret dans
son " journal " conservé à la bibliothèque
municipale de Lyon, Ms. 804, fol. 220 (sur la couverture d'un cahier
qui commence à la date du 17 mars 1783) : " La scénographie
de Lyon, carte qui indique les changements qu'on y a faits depuis
François Ier se vend 2 # (livres) " (renseignement aimablement
communiqué par M. Paul Feuga).
13-G. BRUYÈRE,
art. cit., 1990, p. 64.
14-Remarquons cependant
que le nom de Maupin (Maupain) disparaît dans le titre en
1694.
15-Cette copie, où
le nom de Maupin a disparu, est un peu agrandie par rapport à
l'original et contient quelques modifications.
16-Lyon, Archives municipales,
3 S 112.
17-Cf. supra, Paris,
Bibliothèque nationale de France, Département des
cartes et plans, Ge BB 565 IX (40)
18-Sylvie de VESVROTTE,
" Claude Séraucourt (1677-1756), graveur, éditeur
et marchand d'estampes du XVIIIe siècle ", Actes des
Journées d'études de l'union des sociétés
historiques du Rhône, vol. XIII, 1996, pp. 43-52, ill. en
noir ; en particulier p. 48.
19-Notamment un globe
terrestre manuscrit, de deux mètres de diamètre, visible
à la bibliothèque municipale de Lyon, laquelle conservait
également autrefois deux globes gravés d'après
les travaux du géographe Vénitien Marc Vincent Coronelli
(1650-1718), en provenance du collège de la Trinité.
Cf. A. Vachet, Le Tiers-Ordre de Saint-François ou Picpus,
Lyon, 1892.
20-Maupin est d'abord
ingénieur-géographe du roi comme l'atteste l'étude
publié par le R.P. de Dainville, " Deux cartes inconnues
du Lyonnais, Forez et Beaujolais, 1596-1623 (?) ", Cahiers
d'histoire, t. IX, n° 1, 1964, pp. [121]-135, [2] pl. h.t. dépl.
La carte du Forez, par Maupin, est manuscrite. Voir également,
dans le présent ouvrage, l'étude de F.R. Cottin sur
la voirie d'Ancien Régime.
21-S. de VESVROTTE, art.
cit., 1996.
22-Lyon, Bibliothèque
municipale, fonds Coste n° 190.
23-Alain CHARRE, Catalogue
des vues et plans de Lyon au XVIIIe siècle, mémoire
de maîtrise, université Lyon 2, 1972, n° 15. C'est
aussi le cas de l'épreuve 14 II P 419 du fonds Morand, aux
archives municipales de Lyon : Projet d'un plan général
de la ville de Lyon et de son agrandissement en forme circulaire
dans les terrains des Brotteaux ; Fait en 1764 pour l'Hotel-Dieu
; presenté en 1766. a M.M. les Prevots des Marchands et Echevins
de lad.te Ville et en 1768 a Monseig.r De Bertin, Ministre et Secretaire
d'Etat Par Le Sr Morand Architecte ; Meunier Scrip.t. Meunier apparaît
encore comme graveur de la lettre, dans le plan 14 II P 421 du même
fonds : Plan de distribution des terreins des Brotteaux à
vendre. Appartenants à l'Hôpital Général
du Grand Hôtel-Dieu de Lyon [dessiné par] Décrenice,
Architecte ; Meunier Scrip.t, [1781].
24-Paris, Bibliothèque
nationale de France, Département des estampes, collection
Hennin, adresse sur le plan des fortifications de La Rochelle.
25-Un milieu socio-professionnel
: les libraires lyonnais au XVIIe siècle, thèse de
doctorat d'université, sous la dir. de F. Bayard, Faculté
de géographie et d'histoire de l'université Lumière
Lyon 2, septembre 1995, 2 t.
26-D'après la
déclaration de bourgeoisie de François Demasso le
26 janvier 1645 (Lyon, Archives municipales, BB 440) où il
atteste qu'il est à Lyon depuis cinq ans et qu'il habite
dans la maison de Claude Savari.
27-Une épreuve
de ce plan publié par M. Froment est mentionnée dans
le catalogue du fonds Galle des archives du Rhône, n°
3052 (cote A. 91), mais elle est manquante. Henri Langlois meurt
en 1698, Pierre, Laurent et Claude Langlois sont encore vivants
en 1715 (Lyon, Archives du Rhône, 3 E 7813, acte chez Rousset,
notaire, à la date du 31 mai 1715) et M. Froment disparaît
en 1730.
28-Lyon, Archives municipales,
BB 328, fol. 132 r°.
29-La disparition de
ce plan trouve peut-être son explication dans le conflit qui
opposait alors le consulat et les trésoriers de France au
sujet de la voirie, conflit d'où les seconds sortirent vainqueurs
en 1763. Il faut noter, en effet, que le plan de Joubert (1767)
est le premier plan général de Lyon à se donner
pour Assujétti aux nouveaux allignemens.
30-Jeanne-Marie DUREAU
et Marie-Félicie PEREZ, " Diffusion des images au XVIIe
siècle à Lyon ", 112e congrès national
des Sociétés savantes, Lyon 1987, Histoire moderne
et contemporaine, t. II, pp. 27-37. Cet article étudie l'inventaire
de la société Langlois-Froment du 5 mai 1698 (Lyon,
Archives du Rhône, BP 2040).
31-Lyon, Archives du
Rhône, BP 2123, 7 avril 1731.
32-Voir infra.
33-P. 2896.
34-On peut lire dans
le " journal " de l'abbé Duret conservé
à la bibliothèque municipale de Lyon, Ms. 5423, fol.
27/16 (autour du 25 décembre 1775), que " le plan de
Morand se vend chez Daudet 3 # (livres) non enluminé et celui
de Perrache 6 #(livres) " (renseignement aimablement communiqué
par M. Paul Feuga).
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