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De l'assèchement
du marais des Échets au plan de Lyon : l'itinéraire
professionnel
C'est à
Louis Benoît Coillet, géomètre, que la Ville
de Lyon demande, " en exécution de la loi du 16 septembre
1807 " son premier " plan d'alignement ",
levé après triangulation et réalisé
au 1:300e " en cent feuilles in folio " réunies
en trois atlas de 1808 à 1826(1).
C'est à ce titre qu'il est mentionné comme " architecte
; Lyon, XIXe s. ", " voyer de la Ville, de 1815
à 1825 " dans le Dictionnaire
des artistes et ouvriers d'art de M. Audin et E. Vial(2)
et comme " voyer de la ville de Lyon, de
1815 à 1829 " dans le Lyon artistique. Architectes
de L. Charvet(3). Un dossier conservé
aux Archives municipales de Lyon lui est consacré où
il est fait mention de ses premiers travaux dans le département
de l'Ain et la région de Montluel. Il a semblé nécessaire
d'essayer de mieux connaître ses origines.
Dans le dossier
des archives municipales de Lyon(4) figure
un mémoire adressé en 1813 par Coillet au Comte d'Albon,
maire de Lyon, et parallèlement au préfet Bondy, où
il explique qu'il a été chargé en 1805 par
la commission nommée pour le dessèchement du marais
des Échets(5), du cadastre, du nivellement
et de toutes les opérations nécessaires. Une demande
de crédits supplémentaires en 1813 est annotée
en marge : " Le sr Coillet a fait le dessèchement
des marais, a dirigé des travaux conséquents pour
M. Eynard ainsi que tous ceux qui se sont faits pour le ville de
Montluel pendant dix ans, il a tracé et conduit divers ouvrages
pour des étangs, des rivières, des canaux ".
Malheureusement aucun document à ce sujet
ne peut être retrouvé aux archives départementales
de l'Ain(6). Le préfet Bossi rappelle
bien que malgré l'engagement pris en l'an IV les travaux
de dessèchement lancés sous " M. d'Argenson,
ministre dans le siècle dernier ", ayant été
suspendus, une commission fut nommée pour mener à
terme leur achèvement ordonné par le gouvernement
le 21 brumaire an XII, et réalisé alors
pour les deux-tiers selon les devis dressés par l'ingénieur
en chef du département(7). Coillet
précise : " La réussite complette
de cet ouvrage et le succès que j'avais eu pour le plan de
la ville de Montluel(8) me valurent l'estime
et la bienveillance de ces Messieurs. Ils me pressèrent de
concourir à l'adjudication qui devoit avoir lieu pour le
plan de la ville de Lyon ; mon peu de fortune me paroissait
un obstacle de plus à surmonter [...] ".
Il
arrive donc à Lyon en 1807 et, après examen, les 7
mai et 13 juin 1808, des observations présentées,
de Chastellux, géomètre en chef au cadastre(9),
indique : " j'ai trouvé chez ce géomètre
des connoissances, fruit d'une longue pratique [...] ; j'ai
trouvé surtout en ce soumissionnaire la ferme résolution
de ne rien négliger de ce qui peut concourir à la
perfection du travail, jointe à un ardent désir de
mériter la confiance de la ville ". Le 30 juillet
1808, adjudication de la levée du plan géométral
est accordée " au sieur Louis Benoît
Coillet, géomètre demeurant ordinairement à
Montluel, et de présent à Lyon, rue de la Glacière(10)
n° 30 ", pour un prix de 60 000 francs dont le premier
versement de 12 000 francs est affecté à l'achat d'" instruments,
tables, pierres, plaques et autres objets [...] et à
la levée et confection du canevas trigonométrique ",
en présence de Benoît Melliet Montessuy,
rentier, demeurant ordinairement à Montluel, " lequel
a déclaré se rendre volontairement caution de tous
les engagements pris " sur la moitié des domaines
qu'il possède sur la commune de Joyeux(11).
Cette caution semble renouvelée à l’automne 1808 en
même temps qu’est mentionnée celle de Benoîte
Paret, veuve de Marc-Antoine Perrodon, de Neyron, qui en demandera
la restitution partielle en 1815 puis une réduction en 1818.
Mme veuve Perrodon demande au maire de Lyon le 23 mai 1813 de s'intéresser
à M. Coillet qui " avoit eu la bonté de donner
des leçons de géométrie " à
ses fils " et leur a été utile dans plusieurs
occasions. La reconnoisssance unissoit ma famille à la sienne
et les circonstances lient ma fortune à son sort ",
en lui obtenant une place " pour donner les alignements
dont il a fait le plan [...] Vous rendriez l'existence à
un homme extrêmement délicat et le repos à une
mère de famille ".
L. B. Coillet
sollicite à plusieurs reprises des avances pour son travail,
avec quatre commis en septembre 1808, passe marché pour mille
blocs de pierre en 1809, demande par lequel des seize quartiers
définis commencer, puis continuer, rencontre des des problèmes
de locaux : la salle Henri IV ne pourra suffire, la chapelle de
l'Hôtel de ville serait nécessaire, après un
essai sur le parquet de la salle des échevins, comme le Palais
Saint-Pierre en 1815...
Les problèmes
techniques sont souvent cités : les trous prévus dans
les repères dans lesquels seront incrustés des boutons
de cuivre destinés " à marquer précisément
le centre de la station " ayant été
remplacés par l'entrepreneur par des points
effacés par le passage des voitures(12),
Coillet propose de couler les boutons en plomb, ce qui serait " cinq
fois moins dispendieux "(13).
Cent kilos de plomb sont également demandés pour charger
le papier préalablement humecté pour faire disparaitre
les " boufissures très nuisibles à l'exactitude
des plans " auxquelles sont sujettes les copies sur papier.
La vérification des plans est prévue à l'échelle
de 1 à 300 sur la " scayole " (stuc), de
1 à 900 sur papier.
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Fig.
1 Signature de Coillet apposée sur son acte de mariage,
à Montluel, le 30 avril 1793 (Montluel, Archives communales).
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L'Almanach
historique et politique de Lyon et du Rhône donne à
L. B. Coillet -graphie qu'il utilise dans les documents signés
de sa main (fig. 1)-, ou Colliet, ou Collier, le titre d'" ingénieur
géomètre ", de 1809 à 1816, avec " bureau
à l'Hôtel de ville, salle de Henri IV, [...]
ouvert au public depuis dix heures jusqu'à quatre "
et celui de " voyer " de 1817 à 1827, fonction
qu'il quittera donc à l'âge de soixante ans et qui
sera occupée par trois personnes à partir
de 1828 : un voyer pour la " division du nord "
(Lambert en 1829), un pour la " division du midi "
(Terra) et un pour celle " de l'ouest " (Lahille)
en 1828 et 1829(14).
De Valsonne à
Lyon par Montluel : l'itinéraire familial
A l'origine
le parcours, familial et professionel, de L. B. Coillet n'est pas
facile à reconstituer. C'est sous le nom de " Benoît
Collier " ou " Colliet, garçon menuisier,
âgé de vingt-six ans, demeurant à Dagneux, fils
légitime de Claude Collier et de Jeanne " ou " Madeleine "
ou " Marianne Renard " ou " Reynard,
citoyen(s) de Verssonne, district de Villefranche, département
de Rhône et Loire dont il est natif ", qu'il s'est
marié le 30 avril 1793 (fig. 2), après proclamation
des bans le 21, à Montluel, avec " Louise
Chariondas ", ou " Charriondas, fille de feu François
Chariondas, boulanger " de Dagneux(15),
et de Marie Bergeret, 20 ans, native de Montluel(16).
Le lieu d'origine, " Versonne ", n'existe pas sous cette
forme. Il s'agit de Valsonne, canton de Tarare et arrondissement
de Villefranche, qui se trouvait en 1790 dans le district de Villefranche(17),
et d'où sont originaires de nombreux " Coillet ".
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Fig.
2 Acte de mariage de Benoît Colliet et de Louise Chariondas,
Montluel, 30 avril 1793 (Montluel, Archives communales).
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Benoît,
fils de Claude Coillet dit Matillon, et de Jeanne Renard, né
le 13 mars 1767, a effectivement été baptisé
le lendemain par Jalabert, curé de la paroisse de Valsonne,
avec pour parrain Benoît Lacroix et comme
marraine Anne Malleval, la femme de celui-ci ; " le parrain
a signé avec le père de l'enfant et non la marraine
pour ne savoir le faire "(18).
Parrain et marraine s'étaient mariés à Valsonne(19)
comme, le 27 septembre 1752, les parents, Claude Coillet Matillon,
marchand, fils de Jean et d'Agate Papillon, et
Jeanne Renard, fille de Jean, habitant d'Amplepuis(20),
et de Jeanne Dubost(21).
Il
est dit armurier à Dagneux le 3 brumaire an III (24 octobre
1794, naissance de leur fille Marie)(22),
puis horloger toujours à Dagneux en 1797 et 1798 (25 fructidor
an V = 11 septembre 1797 : naissance de Magdeleine,
morte deux jours après(23),
8 prairial an VI=27 mai 1798 : mort de Marie à quatre ans(24),
22 frimaire an VII=12 décembre 1798, naissance
de Claire, morte le lendemain)(25), puis
à Montluel de 1800 à 1802 (1er prairial
an IX=21 mai 1801 : naissance de Claire bis(26)
apparemment devenue Magdelaine bis lors de sa
mort à seize mois le 7 brumaire an XI = 29 octobre 1802)(27).
En 1817, Louis
Coillet, " ingénieur géomètre demeurant
à Lyon hôtel de ville du côté de la rue
Puit Gaillot " et sa femme, Louise Chariondas, vendent
5000 F. à Nicolas Vindry, marchand épicier à
Lyon, une maison située à Montluel
" sur la grande rue ou route de Lyon à Genève "(28)
(fig. 3 et 4) dont ils avaient été adjudicataires
dix ans plus tôt, par jugement du tribunal
de première instance de Trévoux(29).
La trace
de Coillet était perdue pour le Dictionnaire des artistes
et ouvriers d'art du Lyonnais(30) à
la mort de son fils Louis Philippe Eugène, " âgé
de dix-huit ans, natif de Lyon, architecte à la Guillotière,
au Champ d'asile, Maison Bonnard, célibataire, fils de
Louis Benoit et de Marie Philippine Vernaud ", le 3 septembre
1834, selon l'acte de décès(31).
Louise Chariondas, femme de Louis Benoit Coillet jusqu'à
sa mort à Montluel, le 10 octobre 1820 (A.D. Ain, 2 E 26237),
chez Jean-Baptiste Roche, cabaretier qui devait être son beau-frère
puisqu'il avait été témoin de la déclaration
de naissance de sa nièce Marie Collier
le 3 brumaire an III (26 octobre 1794)(32),
ne pouvait donc pas être la mère de ce jeune homme
dont la naissance n'a pu être retrouvée.
Mais son père a bien épousé sa mère,
Marie Philippine Vernaud, " née à Breda en
Hollande le six novembre 1782 , demeurant à Lyon rue de la
Sphère ", le 30 mars 1822(33).
De ce second mariage sont nées deux filles
: Catherine Henriette Zoé le 31 mars 1822(34),
et Antoinette Louise Rodolphine le 10 février 1824(35),
le père, L. B. Coillet Matillon étant domicilié
à l'Hôtel de ville, avec comme témoins pour
la première " Bernard Sébastien Seitz, employé
à la levée du plan de la ville, et Antoine Lahille,
aide voier, même maison ". En 1839, " Louis-Benoît
Colliet, ex-voyer de la ville "
est domicilié 1 quai de l'Observance(36)
jusqu'à sa mort , " à septante deux ans et
demi ", " voyer de la ville de Lyon en retraite ",
le 5 janvier 1840(37).
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| Fig.
3 et 4 Plan de Montluel de 1807, non signé, sur lequel
figure la maison de Coillet (Montluel, Archives communales). |
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Si la connaissance
de l'itinéraire de ce voyer de la Ville de Lyon, connu d'abord
de 1808 à 1834, a pu être étendue, non sans
mal, à la période 1767-1840, de Valsonne à
Lyon, avec la découverte des différents métiers
exercés-menuisier, armurier, horloger, puis ingénieur
géomètre, le prénom de Benoît se trouvant
complété avec le dernier par celui de Louis-et de
l'addition du surnom de son père, Matillon, à
son nom,
à partir de son second mariage, de nombreuse zones d'ombres
subsistent et il reste jusqu'à présent méconnu,
sinon inconnu, à Montluel plus qu'à Lyon...
Françoise
Cotton
Archiviste-paléographe
1-Notice
historique et sommaire [ces deux derniers mots biffés] sur
les plans de la Ville de Lyon, version préparatoire rédigée
à l'occasion de l'exposition universelle de 1894 (Lyon, Archives
municipales, 938 Wp, versement non classé).
2-Marius AUDIN et Eugène
VIAL, Dictionnaire des artistes et ouvriers d'art du Lyonnais, Paris,
Bibl. d'art et d'archéologie, t. 1, 1918, p. 203.
3-Léon CHARVET,
Lyon artistique : architectes : notices biographiques et bibliographiques
avec une table des édifices et la liste chronologique des
noms, Lyon, Bernoux et Cumin, 1899.
4-Lyon, Archives municipales,
322 Wp (1). Cet article rassemble les pièces d'archives relatives
à la levée du plan général d'alignement
de la ville de Lyon par Coillet et auxquelles, sauf indication contraire,
cette étude fait référence. Elles ont été
classées chronologiquement mais l'ensemble du versement,
le 322 Wp, n'a pas encore été traité ; la cote
de cet article peut donc être susceptible de modifications.
5-Ain, commune de Tramoyes,
mandement de Montluel.
6-Série S.
7-Comte
Giuseppe Aureliano Carlo BOSSI, Statistique générale
du département de l'Ain, [Paris,] 1808, p. 17.
8-Les archives communales
de Montluel ne conservent qu'un plan de 1807, non signé mais
contemporain, retrouvé grâce à l'obligeance
de M. Paul Perceveaux, président du Comité du Vieux
Montluel, et reproduit avec l'aimable autorisation de M. Jacques
Banderier, premier adjoint au Maire (fig. 1 et 2).
9-Cf. Almanach historique
et politique du département du Rhône, 1808.
10-Montée de la
Glacière, 1er arrdt, ancienne rue de la Côte Griffon
en 1740, actuelle rue Romarin depuis 1854 (cf. Les rues de Lyon
à travers les siècles (XIVe au XXe) par Maurice VANARIO,
sous la dir. de H. HOURS. Lyon, 1990).
11-Canton de Meximieux,
arrondissement de Trévoux, Ain.
12-Lyon, Archives municipales,
322 Wp (1), lettre de L.B. Coillet au maire de Lyon, 7 novembre
1809.
13-Ibid., lettre de L.B.
Coillet au maire de Lyon, 22 septembre 1810.
14-Almanach historique
et politique de la ville de Lyon et du département du Rhône
pour l'an de grâce 1828 et 1829, Lyon, chez M. P. Rusand,
1828 et 1829.
15-Canton de Montluel.
16-Bourg-en-Bresse, Archives
départementales de l'Ain, 2 E 26224 et archives communales
Montluel, ces dernières consultées avec beaucoup d'obligeance
par M. François Gouverneur, correspondant de l'association
" REGAIN : recherches et études généalogiques
de l'Ain ".
17-Lyon,
Archives départementales du Rhône, dossier 1 L 482,
p. 1.
18-Ibid,
4 E 5312, p. 435.
19-Ibid.,
p. 225.
20-Département
du Rhône.
21-Lyon,
Archives départementales du Rhône,4 E 5312, p. 153.
22-Bourg-en-Bresse,
Archives départementales de l'Ain, 2 E 26225.
23-Ibid.,
2 E 26226.
24-Ibid.,
2 E 26227.
25-Ibid.,
2 E 26228.
26-Ibid.,
2 E 26230.
27-Ibid.,
2 E 26231.
28-Ibid.,
Table d'enregistrement vendeurs 309, fol. 25, n° 13 ; Lyon,
Archives départementales du Rhône, notaire Chazal.
29-Bourg-en-Bresse,
Archives départementales de l'Ain, Tribunal de Trévoux,
greffe civil, répertoires civils et commerciaux n° provisoire
128, et Table d'enregistrement des acquéreurs 276, fol. 83,
n° 54.
30-Marius
AUDIN et Eugène VIAL, op. cit.
31-Lyon,
Archives municipales, 2 E 314, acte n° 3897 en date du 4 septembre
1834.
32-Bourg-en-Bresse,
Archives départementales de l'Ain, 2 E 26225.
33-Lyon,
Archives municipales, 2 E 202, acte n°320.
34-Ibid.,
2 E 200, acte n°1327 en date du 2 avril 1822.
35-Ibid.,
2 E 218, acte n° 592 en date du 11 février 1824.
36-Annuaire
administratif, statistique et commercial de la ville de Lyon et
du département du Rhône, suivi d'un Indicateur général
des habitants de la ville et des faubourgs.
37-Lyon,
Archives municipales, 2 E 345, acte n° 72 en date du 6 janvier
1840.
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