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Les opérations
de contrôle de l'exactitude du plan de la Ville
La
précision des mesures prises sur le terrain fait l'objet
d'une première vérification le 13 mars 1810 par Chastelus,
ingénieur-vérificateur du Cadastre(21).
Elle concerne essentiellement le premier quartier choisi par le
maire pour tester la qualité du travail de Coillet. Ce test
fut concluant et permit à Louis Benoît Coillet de poursuivre
ses travaux. Une deuxième vérification a lieu le 15
mars 1812. Coillet ayant renoncé à la table de scayole
d'un seul jet, travaille désormais sur des tablettes de cette
matière d'un mètre de côté. Chastelus
trouve bons les résultats et note simplement que les joints
entre deux tablettes sont trop apparents mais qu'ils ne gênent
en rien les mesures pour les alignements (reculements ou avancements).
Le 19 décembre 1812, il signe une attestation de bonne conformité.
Le 15 février
1815, Chastelus s'attaque cette fois au canevas trigonométrique
et vérifie la longueur de la base, mais également
un très grand nombre d'angles. Il trouve une longueur très
peu différente de celle de Coillet et qualifie de " négligeable "
la différence constatée. La mesure des angles effectuée
pour le triangle de référence, et pour d'autres, confirme
la bonne opinion qu'il a sur tout le travail effectué par
Coillet.
À
cette première série de vérifications par Chastelus,
s'ajoute le travail de la commission de cinq membres nommés
à cet effet par le conseil municipal. À partir du
25 octobre 1817(22), elle opère
dans différents quartiers de la ville : places Saint-Laurent,
Saint-Jean ou Saint-Paul. Elle travaille sur de petites longueurs
et n'obtient un résultat différent de celui de Coillet
que dans un cas (19,70 mètres au lieu de 19,55 mètres)
ce qui la conduit le lendemain à vérifier sur les
originaux des plans à l'Hôtel de Ville. L'erreur avait
disparu : une dilatation légère du papier due au temps
humide de la veille devait en être la cause. En conséquence,
elle estime qu'il est inutile de vérifier les autres mesures
prises par Coillet. Elle se réunira seize
fois du 15 décembre 1817 au 13 mai 1818(23).
Elle le fera pour examiner rue par rue les alignements ou les projets
éventuels d'ouvertures de rues. Ainsi, à la première
séance du 15 décembre 1817, elle examine " s'il
ne convenait pas d'établir une communication de la rue Boissac
à la rue d'Auvergne, et si le clos Sainte-Marie n'y était
pas assujetti ". A la fin de la seizième et dernière
séance en date du 13 mai 1818(24),
les cinq membres de la commission déclarent avoir
examiner scrupuleusement " la totalité des différents
quartiers de la ville et une grande partie de la banlieue "(25).
Quant à
la vérification de l'état de l'avancement des travaux,
les résultats sont moins probants et Coillet ne respectera
jamais les délais prévus. De plus, la Ville lui demandera
un grand nombre de travaux supplémentaires. De même,
le ministère de l'Intérieur multipliera les instructions
souvent contradictoires. Devant ces multiples
retards, le préfet s'impatiente. Le 20 juin 1817, il demande
au maire de façon " impérative " de lui
fixer par retour la date de la fin d'exécution du plan(26).
Il y eut plusieurs autres lettres sur le même sujet.
En
réalité, le procès-verbal d'inventaire des
plans de la Ville fait par Gaud(27), ingénieur-vérificateur
du Cadastre, du 12 au 15 octobre 1818 dans les salles de l'Hôtel
de Ville et en présence de Coillet, révèle
une masse considérable de travail bien supérieur à
celui demandé même s'il ne correspond pas exactement
au bref d'adjudication du 30 juillet 1808.
Pour résumer,
le gros problème que Coillet ne réussit pas à
résoudre fut essentiellement le tracé du plan au 1:300e
sur la surface de la table en scayole d'un seul jet. C'est
pourtant lui qui avait eu l'idée de cette matière(28).
Les essais effectués lui avaient donné toute satisfaction,
mais la surface prise comme modèle était beaucoup
trop petite.
Dès le
commencement de l'opération, Coillet, malgré sa nomination
au poste de voyer de la ville depuis le 1er janvier 1814, se débattait
avec des problèmes financiers inextricables. Au
début de 1820, il dut même demander au maire une augmentation
très importante. Dans sa délibération du 14
avril 1820(29), le conseil municipal accepte
cette demande et lui accorde 40 000 francs. Il assortit ce versement
de douze conditions auxquelles Coillet doit impérativement
satisfaire. Par sa lettre du 20 juin 1822, il demande au maire de
ramener l'échelle de 1:300e à 1:500e afin de faire
rentrer le plan de Lyon dans les limites de la table. Il joint un
tableau montrant que les douze conditions demandées sont
remplies, sauf une : le tracé du plan sur le scayole.
Les travaux de
Coillet et les rapports des différentes autorités
supérieures
Pour
être soumis au gouvernement, le maire reçoit de Coillet
les documents suivants(30) :
1°
- Un plan général à l'échelle
de 1:2 000e
d'une seule pièce représentant la ville de
Lyon intra-muros avec les nouveaux aménagements
et projets futurs d'embellissement.
2°
- Un deuxième plan identique au premier.
3°-
Un registre sur papier grand aigle comprenant en plus des
100 feuilles d'atlas représentant la ville de Lyon
à l'échelle de 1:300e,
quatre tableaux à multiples colonnes comprenant le
tableau alphabétique des rues, celui des rues par
numéros d'ordre, un tableau de l'état actuel
de chacune avec les transformations prévues, un tableau
des rues avec toutes les maisons existantes, leurs numéros
et le nom du propriétaire, et pour terminer un tableau
du résultat des opérations trigonométriques
avec un canevas au 1:12 000e.
4°
- Un deuxième registre identique au précédent.
Une étape
importante était franchie. Le plan d'alignement de la ville
de Lyon existait. L'administration municipale avait un plan d'ensemble
pour prendre une décision globale sur l'état futur
de la Ville. Louis Benoît Coillet n'avait pas rempli tous
les termes de son contrat, mais il avait réuni toutes les
données, tous les éléments pour le terminer.
Le temps allait balayer certaines utopies, et très vite devait
tomber aux oubliettes l'idée généreuse, mais
irréalisable, de faire un plan étalon d'une telle
dimension. Louis Benoît Coillet pouvait malgré tout
être fier du travail accompli.
Les documents
remis au maire de Lyon le 10 avril 1821 n'étaient pas destinés
aux Archives. Ce n'était qu'un projet qui devait recevoir
l'approbation des autorités supérieures. Transmis
au préfet celui-ci l'adresse le 21 août 1821 à
Cavenne, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées.
Le 22 septembre 1822, Cavenne donne au préfet
du Rhône le compte-rendu de ses vérifications. Dans
ce rapport(31), il rend tout d'abord hommage
au travail minutieux et précis du voyer de la Ville. Dans
son paragraphe " vérification des plans ", Cavenne
écrit : " les ingénieurs du Cadastre
ont vérifié et trouvé juste les triangulations
qui ont servi au canevas trigonométrique d'où
résulte l'exactitude du plan général. Les ingénieurs
des Ponts et Chaussées appelés depuis 9 ans
à donner leur avis sur les alignements
proposés par Monsieur le Maire de Lyon, ont toujours
reconnu l'exactitude des plans de détail d'où il
suit que cette partie du travail ne mérite encore que des
éloges "(32).
Cavenne examine
alors les alignements proposés en divisant la ville en trois
quartiers, en séparant les quartiers neufs en construction
au nord de la ville.
Pour les quartiers
neufs construits ou transformés de 1770 à 1821 et
qu'il situe entre le cours du Midi et Ainay, il pense qu'au lieu
de faire une belle distribution, le voyer de la Ville a adopté
" un plan tellement vicieux qu'il n'y a presque pas
d'angle droit "(33). Il rejette
toutes les responsabilités de cet état sur le maire
et indique que les ingénieurs des Ponts et Chaussées
n'ont pas pu donner leur avis. Il propose néanmoins d'adopter
cette partie du plan d'alignement puisqu'il n'y a pas de possibilité
de changements.
Pour les deux
autres quartiers, celui entre Ainay et Bellecour qu'il dénomme
" moderne " et celui, de Bellecour aux Terreaux
et de la rive droite de la Saône qu'il appelle " ville
ancienne ", Cavenne indique les règles de bon sens
et de moindre coût qu'il a suivies pour établir ses
remarques.
Quant aux quartiers
neufs en construction au nord de la ville, il remarque que " le
voyer n'a point compris ces masses de maisons neuves dans
son plan [...]. Le plan général est donc incomplet
sous ce rapport et Monsieur le Maire devra dans la suite
présenter un plan supplémentaire qui contiennent ces
parties "(34).
Dès réception
le 5 novembre 1823, le préfet du Rhône fait au service
du ministère de l'Intérieur un rapport sur le plan
général de la ville de Lyon. Ce document contient
ses observations et avis sur les projets présentés
par le maire de Lyon pour la fixation des alignements dépendant
de la voirie municipale et sur les modifications proposées
par l'ingénieur en chef.
Le 15 novembre
1823, Deferandy, inspecteur général et membre du conseil
des Bâtiments civils, fait à son conseil un rapport
concernant le plan général des alignements de la ville
de Lyon étudié lors de leurs séances des 6,
13, 17, et 20 avril 1824. Le Conseil d'État ne voulut pas
approuver les remarques de l'inspecteur général.
Le retour du plan
à Lyon
Mais rien n'est
réglé car sur un grand nombre de points particuliers,
les avis divergent. Le projet du plan revient à Lyon pour
faire l'objet de nouvelles délibérations au sein du
conseil municipal.
Le 15 juin 1824,
la municipalité constate que " de nombreux changements
ont été faits au travail du conseil municipal
[...] que ces nouveaux changements ne sont en rien que de nouveau
provisoires qui pourraient être changés par
le conseil d'État [...] que puisque un provisoire est indispensable,
il paraît naturel de suivre celui que le conseil municipal
a adopté [...]. Le conseil municipal supplie
le ministre de l'Intérieur de hâter la décision
de sa Majesté sur le plan général et géométral
de la Ville en ce qui concerne les alignements qui ne dépendent
pas de la grande voirie "(35).
Les
années passent. Le 6 avril 1827(36),
considérant que dans les rapports présentés
par les différentes autorités figurent parfois cinq
avis différents pour la même rue, le conseil municipal
fait examiner le travail de la nouvelle commission nommée
le 6 mai 1825. Chaque plan d'alignement est étudié.
Le conseil décide, le préfet approuve. Cela durera
près de vingt ans.
Tandis
que le réexamen de son plan s'opère, Coillet termine
sa carrière de voyer de la Ville. Le 1er janvier
1828, il part à la retraite avec une pension de 1 000 francs(37).
L'oeuvre de Coillet
dans les Archives lyonnaises
Les recherches
menées dans les différents fonds des Archives lyonnaises
ont permis de retrouver une grande partie de l'oeuvre de Louis Benoît
Coillet. Actuellement, existent :
1° - Le plan
de Lyon au 1:300e en 100 feuilles, sous trois états :
-
L'atlas des Archives municipales 2 S Atlas 8 qui est un
document très proche de celui remis au maire le 10
avril 1821, les différents éléments
qui le composent sont exactement ceux décrits dans
l'attestation du maire(38).
-
Un exemplaire en 4 volumes 2 S Atlas 9/1, 2 S Atlas 9/2,
2 S Atlas 9/3 et 2 S Atlas 9/4. Les trois premiers contiennent
les planches 2 à 100, le quatrième tous les
tableaux décrits dans le document cité ci-dessus.
-
Un deuxième exemplaire sous la même forme 2
S Atlas 18, 2 S Atlas19 et 2 S Atlas 20, mais il manque
le volume contenant les tableaux.
Les planches
de ces volumes sont numérotées dans un ordre bien
particulier (voir tableau d'assemblage : annexe n° 1).
2°
- Toujours au 1:300e, une partie de la rive droite de la Saône
sur des feuilles individuelles, mais au format de 1 mètre
par 1 mètre datées de septembre à décembre
1813(39) (voir plan d'assemblage : annexe
n° 2).
3° - Le plan
de Lyon au 1:900e sous deux formes :
-
un plan assemblé sur toile au format
9,20 mètres par 8,90 mètres(40).
-
le même plan en feuilles séparées(41)
(voir tableau d'assemblage : annexe n° 3).
4°
- Pour le moment, n'a été retrouvé qu'un seul
plan au 1:2000e représentant la partie méridionale
de la Ville(42).
5° - Un certain
nombre de plans partiels d'alignements déjà cotés
aux archives municipales de Lyon et archives départementales
du Rhône.
6° - Une centaine
de plans partiels pouvant être attribués à Coillet
et en cours d'inventaire aux archives municipales de Lyon, figurant
pour la plupart dans l'inventaire des archives municipales 1 Wp
77.
Une grande partie
de l'oeuvre de Coillet n'a pas été retrouvée,
mais les documents connus sont irremplaçables. Ils donnent
une vue précise, unique donc passionnante de notre ville
telle qu'elle était aux environs de 1820. Coillet ouvre la
voie à ses successeurs : Cassini puis Jaillet qui lèveront
le plan de la Ville à des échelles légèrement
différentes (1:600e et 1:500e). Vers le milieu du XIXe siècle,
Van Doren et Terra d'une part, Dignoscyo et Rembielinski d'autre
part établirent des plans au 1:500e mais pour la Guillotière
seulement.
Nous espérons
que cette modeste étude donnera l'envie à beaucoup
de personnes de découvrir ou de redécouvrir ces planches
merveilleusement colorées. Elles pourront ainsi rêver
sur ce qu'allait devenir notre Ville tout au long de ce XIXe siècle.
Claude
Mermet
Ingénieur É.C.L.
ANNEXES
Tous
les assemblages ont comme fond de plan la feuille n°5 du plan du
plan de la ville de Lyon au 1:5000e dressé par de Dignoscyo
et Rembielinski en 1861.
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Annexe
1
Assemblage
du plan de Lyon de L. B. Coillet remis au maire de Lyon le
14 avril 1821. Il comprend 100 feuilles au 1:300e (format
0,65 m x 1,00 m) numérotées de 1 à 100
; ces feuilles font partie de l'atlas 2 S atlas 8 (anciennement
coté 450 024). Reprod. 5 Ph 35755
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Annexe
2
Assemblage
de 23 feuilles au 1:300e (format 1 m x 1 m) numérotées
28 à 50 ; manquent les feuilles 43 et 47. Cet ensemble
représentant une partie de la rive droite de la Saône
a été fait par Coillet pour montrer au maire
l'état d'avancement de ses travaux à la fin
du mois de septembre 1813. Ces feuilles sont cotées
1541 Wp 142. Elles se retrouvent toutes dans le répertoire
des plans partiels coté 1 Wp 77. Reprod. 5 Ph 35757.
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Annexe
3
Assemblage
du plan de Lyon de L. B. Coillet au 1:900e. Existe dans l'inventaire
fait à la fin octobre 1818 par Gaud, ingénieur
du Cadastre. Ce plan au 1:900e n'est pas une réduction
du plan au 1:300e ; il a été tracé directement
sur le terrain à partir des données prises.
Chacune des 15 feuilles correspond exactement à 9 feuilles
du plan au 1:300e. ces feuilles (format 0,65 m x 1,00 m) sont
cotées 2 S 502/1 à 2 S 502/12, 2 S 967, 2 S
968, 2 S 969). Reprod. 5 ph 35754.
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21-322
Wp (2), Recueil de pièces, pp. 53 et suivantes.
22-Ibid.,
pp. 58 et suivantes.
23-322
Wp (1).
24-Ibid.
25-Ibid.
26-Ibid.
27-322
Wp (2), Recueil de pièces pp. 65 et suivantes.
28-Ibid.,
pp. 4 et 5.
29-Procès-verbal
du conseil municipal t. 5, pp. 326-327, 331 et suivantes ; voir
aussi 322 Wp (1).
30-Ibid.
31-Ibid.,
" Rapport de l'ingénieur en chef des Ponts et Chaussées
du département du Rhône sur les alignements des petites
voiries de la ville de Lyon ".
32-Ibid.
33-Ibid.
34-Ibid.
35-Procès-verbal
du conseil municipal, t. 6 p. 171.
36-Ibid.,
t. 7 pp. 24 et suivantes.
37-Ibid.,
p. 237.
38-Supra.
39-1541
Wp (142).
40-7
S 21.
41-2
S 502/1 à 2 S 502/12 ; 2 S 967, 2 S 968, 2 S 969.
42-Lyon,
archives départementales du Rhône, 3 Pl 470.
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