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L'histoire de
la rive gauche du Rhône, à Lyon, repose sur beaucoup
d'idées fausses. Deux d'entre elles vont être revisitées
à l'occasion de cet article. La première consiste
à penser que le damier rigoureux du réseau des voies
qui couvre la plus grande partie de la Guillotière, commune
indépendante de Lyon jusqu'en 1852, est
dû au seul plan Morand, à la fin du XVIIIe
siècle. Il est en fait le résultat de trois plans
d'alignement et d'extension(1) successifs :
celui de l'architecte Morand, en effet, mais aussi
celui d'Antoine Scève(2) en 1827
et celui de Van Doren en 1843-1846 qui va être étudié
ici. Ces deux derniers plans sont restés dans l'ombre car,
contrairement à celui de Morand, ils n'avaient pas été
retrouvés ou identifiés jusqu'à aujourd'hui.
La seconde idée répandue dans les manuels d'histoire
de Lyon concerne le célèbre plan que Christophe Crépet
publie en 1845 (fig. 2) et qui est toujours considéré
comme un plan utopique, sans relation avec la réalité.
Comme on va le voir il est, au contraire, intimement lié
à l'élaboration du plan Van Doren, sans lequel il
n'aurait sans doute pas vu le jour.
La conception du
plan Van Doren
La
nomination du cartographe
En
décembre 1840, le conseil municipal conseille au maire de
" faire le choix d’un bon ingénieur
pour faire de suite lever le plan de ville "(3).
Le maire demande à Christophe Crépet(4),
l’architecte-voyer de la Guillotière qui a succédé
à Antoine Scève en 1838, d’établir l’avant-projet
du cahier des charges. Celui-ci propose une mise au concours pour
faire réaliser un relevé de la commune, complété
par les projets de nivellements, de redressements et d’ouvertures
de rues, en deux atlas au 1:2000e et 1:500e.
Les chemins vicinaux, ainsi que les projets qui s’y rattachent seront
dessinés sur des rouleaux à part. Selon les différentes
phases du travail, le délai serait de 18 mois à deux
ans et demi et le marché mis en adjudication à 25000
F, tous les frais étant à la charge du cartographe.
Il ajoute : " dans le cas ou l’administration jugerait
convenable de me confier ce travail et dans celui ou personne ne
se présenterait pour s’en charger, même en cas de refus,
je ne craindrais pas de le prendre sous ma responsabilité
avec toutes les charges mentionnées au présent "(5).
La candidature de Crépet ne sera pas retenue du fait, sans
doute, que l'exécution du précédent plan avait
été confiée au voyer de l'époque, A.
Scève, et n'avait pas donné satisfaction. Certains,
comme l’ingénieur des Ponts et Chaussées Garella en
exprimeront, plusieurs années après, le regret. En
effet, au vu des publications, et des plans qui sont connus de lui,
Crépet possédait une culture urbaine et une capacité
d'anticipation que n’avait sans doute pas Van Doren.
Le
12 février 1841(6) le conseil municipal
nomme une commission pour étudier l’avant-projet de Crépet.
Elle est composée de Ardin, Trouvé, et Deboille [?],
membres du Conseil ; l’assistance du commandant Million, du Génie
Civil et de Garella est souhaitée. Moins de trois mois plus
tard(7), le rapport de la commission est
lu en séance, mais le débat repoussé. Les conditions
de mise en oeuvre de l’entreprise, proposées par Crépet,
sont rejetées et, à la mise au concours,
est préférée la nomination d’un employé
municipal. Le nom de Van Doren(8) est prononcé
et, le 1er juin 1841, il est nommé
aide-voyer de ville, attaché au bureau de l’architecture
et de la voirie(9). Van Doren prend ses
fonctions avant que le conseil municipal n’ait officiellement entériné
la décision et avant la signature du cahier des charges.
Ce dernier est signé le 22 septembre(10),
le marché est effectué par " voie de régie
simple ", la date limite du travail est fixée au
1er octobre 1845 et Van Doren touchera pour l’ensemble
14000 F de traitement, 6000 F pour les fournitures et 3000 F de
prime en fonction de la qualité du travail. Les
normes techniques concernant la cartographie proposées par
Crépet sont respectées(11).
Le 1er octobre 1841, Van Doren quitte son poste d’aide-voyer,
où il est remplacé par Alloard et devient " ingénieur
géomètre pour la confection du plan de ville "(12)
et quelques mois plus tard un collaborateur lui
est adjoint en la personne de Terra(13).
En effet, la commission a constaté que le travail est démesuré
pour un délai de quatre ans et qu’il est urgent de réaliser
" un plan et un nivellement général
qui permettent de donner les alignements "(14).
La
date d'application du plan
Il est clair
que l’établissement d’un document de référence
qui permette de donner très vite les nouveaux alignements
est la première préoccupation du Conseil . Le fait
est confirmé dès le début de l’année
1843, où le conseil municipal reproche à Crépet
de ne pas appliquer le nouveau plan. Celui-ci se justifie en expliquant
que, pour lui, " un projet de plan de
ville n’est réellement exécutable qu’après
l’ordonnance royale "(15). Cependant,
le maire lui intime l’ordre de le faire malgré
tout, et Crépet obtempère, ce qui provoquera de vives
réactions chez les propriétaires(16).
Les informations nécessaires sont données par Van
Doren, comme il l’explique lui-même dans
un rapport plus tardif(17) où il
détaille les travaux qu’il a exécutés :
" obligation prescrite par une décision du Conseil
municipal de donner sur chaque demande de constructions nouvelles
mon avis d’après le plan général, pour fixer
d’une manière exacte les alignements de ces constructions ".
Ce mode de fonctionnement suscite quelques questions. En 1843, le
plan d’alignement n’était sans doute pas terminé,
Van Doren complétait-il les plans de détails au fur
et à mesure de l’arrivée des demandes d’alignements ?
En outre, Van Doren se substituant à Crépet pour décider
des alignements, ce glissement de pouvoir n’a-t-il pas entraîné
des conflits entre les deux hommes ? Ne pourrait-on considérer
alors la publication du plan de Crépet en 1845 comme une
revanche du voyer et une façon, pour lui, de se désolidariser
du travail de son concurrent ? Ce ne sont que des suppositions,
cependant elles ne sont pas totalement gratuites. L’historien se
doit parfois de tenter de lire entre les lignes. Le vocabulaire
employé et la syntaxe deviennent alors des indices. Par exemple,
Crépet éprouve le besoin de préciser, parlant
du plan de Van Doren, qu’il est " complètement étranger
à ce travail "(18). On
peut donc admettre que le troisième plan d’alignement et
d'extension de la Guillotière est appliqué à
partir de l’année 1843 et qu’il l’est, comme cela a déjà
été le cas pour le précédent, sans aucune
sanction officielle. C'est pourquoi, nous retenons cette date pour
le début du plan Van Doren, bien qu'elle soit antérieure
à l'approbation du conseil municipal.
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Fig.
1. Laurent Dignoscyo, Plan général des propriétés
appartenant aux Hospices Civils de Lyon situées sur
[...] la rive gauche du Rhône, 1:5000e,
1839. Lyon, Archives municipales, 2 S 102/a (cliché
4 Ph 269). C’est un état précis de la rive gauche
juste avant la mise en application, dès 1843, du plan
Van Doren et Terra.
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Le
modèle du plan Crépet et l'approbation
Lors
de la délibération du 18 août 1843, une deuxième
commission vient remplacer la précédente et se compose
de Cote, Chenavard, Huvet(19) pour le conseil
municipal, assistés de Jordan et Garella(20).
Cependant, le rapport que rédige Crépet le 7 février
1844 sur les difficultés d’application
du nouveau plan jette le trouble(21), et
une troisième commission est nommée. Son but étant
d’accélérer la réalisation du plan, le Conseil
pense la rendre plus efficace en délimitant cinq sections
géographiques auxquelles seront attribués des responsables.
Fayolle est président et Horand secrétaire de la commission(22).
Tandis que les relations avec les propriétaires s’enveniment,
la commission termine son travail. Le 5 août 1844, il
ne reste plus qu’à faire tracer les alignements proposés
par la commission et les cartographes obtiennent un petit délai(23).
Le projet est
enfin soumis au conseil municipal le 27 décembre 1844. Il
est âprement discuté au cours de
cinq séances successives et finalement adopté, après
de nombreux aménagements, le 24 février 1845(24).
Ces dernières modifications ne constituent que le stade final
d’un processus complexe où l’on peut distinguer trois apports :
le plan Van Doren-Terra, les variations infligées à
ce dernier par la commission et le projet indépendant de
Christophe Crépet. Le premier état du plan n'est pas
connu sinon par les vagues indications que l’on
peut déduire du rapport de la commission(25).
En effet, elle n’a pas cru nécessaire de
présenter de façon exhaustive le projet puisque le
texte était, à l'origine, accompagné du plan(26).
Seules les modifications imposées par la
commission au plan de Van Doren sont décrites. En 1845, Christophe
Crépet publie un plan(27) devenu
célèbre, accompagné d’une notice. La connaissance
de la date à laquelle ce document a été rendu
public n’est pas sans intérêt puisqu’elle permettrait
d’éclaircir le jeux des influences. Le plan, daté
du 5 janvier 1845, est déjà cité de nombreuses
fois lors du premier débat, le 10 février 1845. Il
a donc vraisemblablement été publié, ou rendu
public, entre la lecture du rapport de la commission, qui a lieu
le 27 décembre 1844 et le début des débats.
Ceci ne prouve pas, cependant, que Crépet se soit approprié
les idées émises dans ce rapport. La Guillotière
était à l’époque une petite commune, Crépet,
Van Doren et les membres de la commission faisaient partie d’une
élite et devaient se côtoyer souvent. Qui a influencé
l’autre ? Crépet a-t-il fait part de ses idées
à Van Doren lors de la conception du plan ? Cela est
pour l’instant impossible à prouver. Cependant deux faits
demeurent : comme on l’a déjà vu, Crépet
se démarque avec vigueur du plan Van Doren, en revanche de
nombreux choix fondamentaux sont identiques dans son projet et dans
celui de la commission. Peut-être Crépet a-t-il publié
son plan pour appuyer les choix de la commission face au conseil
municipal ? En effet, le plan Crépet a un net avantage
par rapport aux propositions de la commission. Etant totalement
indépendant des contraintes financières, c’est un
projet idéal qui frappe les esprits et accède au statut
de modèle.
Le projet de
la commission, tel qu’il est présenté dans le rapport,
peut se résumer à quelques grandes options. Trois
artères (que l’on retrouve, amplifiées, dans le projet
Crépet) sont créées ou développées.
Le cours De Brosses (puis Nemours, actuel cours Gambetta) est prolongé
depuis la place du Pont jusqu’à la ceinture militaire, ce
qui permet d’articuler le nouveau tissu nord-sud avec l’ancien à
l’orientation plus floue. La commission propose que les voies situées
au sud de la nouvelle artère soient dessinées nord-est/sud-est,
depuis le Rhône jusqu’à la rue Creuset
(Crépet prolonge ce système jusqu’aux fortifications)(28).
La rue Sainte-Elisabeth (actuelle rue Garibaldi) située à
mi-distance du fleuve et des fortifications est prolongée,
au nord comme au sud, de façon à relier le fort de
la Tête-d’Or et le fort Lamotte (Crépet propose une
largeur de 36 m contre 13,33 m pour la commission). La zone urbanisée
est limitée, à l’est, par un boulevard de ronde (ou
d’enceinte) établi " suivant le tracé du génie
militaire ". Le tableau des largeurs de rues(29),
qui vont de 7 à 44 mètres, fait apparaître la
modestie des choix de la commune. Seules quelques-unes d’entre elles
possèdent une largeur de plus de 14 mètres :
les avenues ou rues de Nemours (actuellement Gambetta), Saint-André
(de Marseille), de la Part-Dieu (celle-ci se trouvant étonnamment
privilégiée avec ses 27 mètres), Lafayette,
de Saxe et de Noailles (Foch), Morand (F. Roosevelt) et du Trocadéro
(Vitton), sans compter de nombreux quais du Rhône. L’ensemble
du réseau viaire nord-sud et est-ouest est complété
par la création de nouvelles rues, le prolongement des autres
et la rectification des voies anciennes comme la rue des Chartres
et le chemin du Sacré-Coeur qui deviendront la rue Paul Bert.
Beaucoup sont prévues pour une largeur de 10 à 12,36
mètres, ce qui est peu, comparé au projet Crépet
qui, par ailleurs tend à supprimer les anciens chemins. Sont
prévues aussi des places et des réserves foncières
pour les bâtiments publics dont la destination reste cependant
volontairement imprécise, un pont au sud de celui de la Guillotière
et un canal pour l’écoulement des eaux pluviales et ménagères
qui suit le parcours de rues Sainte-Élisabeth et Creuzet.
Comme on peut
le constater, le projet Crépet présente souvent des
variations sur le thème du projet de la commission. Cependant,
celles-ci s’élaborent toujours selon le même principe :
l’amplification des options jusqu’à parvenir à un
système. Lors des débats qui suivent la présentation
du travail de la commission, le plan Crépet sert constamment
de référence. Soit il vient accréditer les
thèses de la commission, soit il est utilisé comme
une source d’idées neuves où les conseillers municipaux
viennent puiser pour soumettre d’autres propositions. Celles-ci
constituent les seules notes originales de ces délibérations
où l’on n’assiste à aucun débat de fond sur
le projet proposé, ni à aucune véritable remise
en question du plan Van Doren. Beaucoup des propositions de la commission
sont adoptées avec, pour seule contestation, la largeur des
voies, car elle met directement en cause les finances municipales.
Certains auteurs récents déplorent le fait que le
plan Crépet soit resté à l’état de projet.
Il fut beaucoup plus, puisqu’adopté en grande partie dans
le plan d’alignement.
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Fig. 2. Christophe Crépet, Plan
topographique de la Guillotière, 1:5000e,
1845. Lyon, Archives municipales, 2 S 14/a (cliché
4 Ph 513)
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Les
suites de l'approbation
Après
l’adoption du nouveau plan d’alignement par le conseil municipal,
le document aurait dû être rapidement terminé
et soumis à l’approbation du Gouvernement. Il n’en fut rien.
La date limite à laquelle les cartographes devaient rendre
le plan avait été fixée, dans le contrat, au
1er octobre 1845. En mai de cette même année,
le maire leur demande de corriger le plan d’après
les modifications adoptées par le conseil(30)
mais, pour toute réponse, Van Doren et
Terra lui envoient un rapport sur leur activité(31),
dans lequel ils se plaignent d’un excès de travail et demandent
un délai. Le départ à la retraite du maire,
Bernard, retarde quelque peu les suites de l’affaire
mais un délai de 12 mois leur est finalement accordé(32)
et le 15 septembre 1846, Van Doren écrit pour annoncer que
le plan est terminé.
Pour
contrôler la qualité du travail rendu,
un arrêté municipal du 23 octobre 1846 nomme un jury
constitué de la façon suivante(33) :
Dignoscyo, ingénieur géographe, inspecteur du domaine
des Hospices Civils(34) ; Cassini,
ingénieur de la ville de Lyon et J. Forest, architecte-voyer
de la commune de la Croix-Rousse. Le jury rédige
son rapport le 3 novembre 1847 et le rend public quelques jours
plus tard devant le conseil municipal consterné(35).
Il conclut en éprouvant " le sentiment pénible
[...] d’être obligé de [...] signaler
les erreurs [...] qui, malheureusement, ne sont pas tolérables
et démontrent que le travail de M. Van Doren ne peut servir
à la commune que comme simple renseignement et canevas pour
la levée d’un autre plan de ville ". En fait, ce
qui est principalement reproché au cartographe est l’inexactitude
des relevés de l'état existant. Il n’a pas utilisé
de polygone de triangulation, si bien que les erreurs peuvent aller
jusqu’à un mètre. Certains bâtiments sont absents
et les maisons ne sont pas numérotées. D’autre
part, tous les documents énumérés dans le contrat
n’ont pas été livrés(36)
et les feuilles libres, non reliées en atlas, n’ayant pas
la même taille sont impossibles à assembler. Malgré
tout, les alignements demandés par la commission et, vraisemblablement,
les modifications du conseil municipal sont correctement tracés,
ainsi que les nivellements. Ils peuvent donc être utilisés
tels quels par le voyer lorsqu’il donne les permis. Un procès
contre Van Doren est envisagé mais serait trop onéreux.
Il semble en outre que les cartographes ne soient pas, juridiquement,
responsables de leur travail puisqu’ils l’ont exécuté
" en qualité d’employé à
appointement "(37). Il ne reste
plus au maire qu’à consulter un autre cartographe pour effectuer
un nouveau relevé. Le sujet est abordé en 1848, mais
il n’en est plus question dans les délibérations du
conseil municipal de la Guillotière jusqu’en 1852, date du
rattachement de la commune à la ville de Lyon.
À l'occasion
de l'exposition des plans généraux de Lyon (automne
1997), les archives municipales de Lyon ont récemment mené
de fructueuses investigations dans des fonds non encore inventoriés.
Un important ensemble de plans libres et d'atlas concernant la période
qui nous intéresse ici, aux échelles 1:500e
et 1:2000e, ont été découverts.
Nous proposons d'identifier l'un de ces ensembles
comme étant le plan rendu en 1846 par Van Doren et Terra(38)
(fig. 3). Il n'est ni signé ni daté, et ne correspond
pas exactement à la description des documents livrés
en 1846 et énumérés ci-dessus, puisqu'il s'agit
de 58 planches libres au 1:500e. Cependant, par comparaison
avec d'autres plans, en particulier celui de L. Dignoscyo en 1839
(fig. 1) et celui de L. Dignoscyo et E. Rembielinsky en 1847 (fig.
4), il peut être daté des environs de 1846. Il n'y
a sans doute pas eu deux opérations de cette ampleur dans
ces années là. Un autre ensemble, toujours au 1:500e
et réalisé entre 1855 et 1857, constitue vraisemblablement
l'étape suivante (fig. 5). Sous l'autorité du préfet
Vaïsse, après le rattachement de la Guillotière
à Lyon, Dignocyo père et fils ont réalisé
un relevé minutieux, d'une grande qualité
graphique, complété aussi par des projets d'alignement
et d'extension(39).
Comme le plan
Scève, le plan Van Doren n'est ni correct dans ses relevés,
ni terminé, ni approuvé par le Gouvernement. On
peut s'interroger sur ces deux échecs successifs, d'autant
que la Guillotière n'est vraisemblablement pas la seule à
s'enliser dans les mêmes processus(40).
Sans doute la tentation est-elle forte, à cette époque,
de concevoir un plan trop parfait. Il est clair que le plan Van-Doren
se rapproche davantage d'un plan idéal que des habituels
compromis d'un plan d'alignement. Il demeure réaliste seulement
lorsque la commune est concernée directement par le financement,
c'est à dire dans le périmètre des quartiers
anciens. Ailleurs, les projets les plus utopiques sont rendus possibles
par une clause qui évacue toute difficulté :
les ouvertures de rues ne se feront que si les propriétaires
cèdent gratuitement leurs terrains à la Ville. Comme
on va le voir, le procédé peut fonctionner, pourtant,
dans certaines conditions.
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Fig.
3. [Van Doren et Terra], [Plan de la Guillotière],
feuille n°19 montrant l’intersection des avenues de Saxe et
Lafayette, 1:500e, [1846]. Lyon, Archives municipales,
1541 Wp 284 (cliché 5 Ph 35584). L’assemblage des 58
planches, qui aurait permis de découvrir, entre autres,
l’aspect du 3e plan d’extension de la Guillotière,
n’a pu être réalisé pour cette exposition.
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1-La
terminologie concernant ce type de plans a beaucoup changé
au cours du temps. Nous choisissons celle-ci car elle permet de
distinguer deux des trois composantes qui apparaissent généralement
sur ces plans : l'alignement ou redressement des voies existantes,
et l'extension ou projet d'un réseau de voies sur des terrains
non encore urbanisés. Il faut ajouter à cela le relevé
de l'état existant qui constitue toujours la base de ces
opérations.
2-Le plan Scève
n'a, pour l'instant, pas été retrouvé. Il fait
actuellement l'objet d'une étude à partir des informations
textuelles existantes, dans le cadre d'une recherche plus large
sur la rive gauche du Rhône et le domaine des hospices civils
de Lyon.
3-Délibération
du conseil municipal de la Guillotière, 28 janvier 1841 (Lyon,
Archives municipales, 4 Wp 5).
4-D'après Étienne
Léon Gabriel CHARVET, Architectes : notices biographiques
et bibliographiques, Lyon, 1899, Christophe Crépet est né
à Lyon le 11 mai 1807 et mort dans la même ville en
1856. Cette dernière date est en contradiction avec celle
énoncée dans la réédition de sa notice
historique (Ch. CRÉPET, Notice historique et topographique
sur la ville de la Guillotière. Projet d'embellissement.,
Lyon, Marle aîné, 1845, rééd. s.d.),
et le 6 novembre 1864 paraît plus vraisemblable. Formé
à l'École des Beaux-Arts de Paris, il devient architecte-voyer
de la Guillotière puis sera confirmé dans ses fonctions
pour le 3e arrondissement lors de l'annexion des villes suburbaines
de Lyon. Il participe à la vie culturelle lyonnaise puisqu'il
est membre du jury de l'École des beaux-arts et de la Société
académique d'architecture. Les archives de la Guillotière
fournissent quelques minces compléments d'information. Il
est employé par la commune le 11 mars 1833 comme agent-voyer
en remplacement de S. Chambeyrez (? : nous emploierons ce signe
lorsque l'orthographe d'un mot est incertaine car peu lisible dans
le manuscrit), Registre des arrêtés du maire, mars
1833, Lyon, Archives municipales, 4 Wp 14. Papier rapporté,
daté du 5 décembre 1859 certifiant que l'information
provient du dépouillement des livres de comptabilité.
Le terme " agent-voyer " y est corrigé par celui
d'" architecte ". Le 22 mai 1838, Ch. Crépet est
nommé architecte-voyer de la Guillotière (registre
des arrêtés du maire, 12 janvier 1842, Lyon, Archives
municipales, 4 Wp 14), pour remplacer Antoine Scève.
5-Rapport de Crépet
du 6 février 1841, transcrit dans la délibération
du conseil municipal de la Guillotière du 12 février
1841 (Lyon, Archives municipales, 4 Wp 5).
6-Délibération
du conseil municipal de la Guillotière, 12 février
1841 (Ibid.).
7-Id., 13 mai 1841 (Ibid.).
8-Comme pour Antoine Scève,
la personnalité de Van Doren est très peu connue.
Contrairement à ce qui se passe à l'accoutumée,
la commission ne prend même pas la peine de le présenter
lorsqu'elle propose au Conseil de l'employer (Id.,13 mai 1841, Ibid.).
On sait simplement qu'il est le beau frère de Terra (voir
infra) et qu'il achète avec lui la Thibaudière à
la Guillotière, de part et d'autre de la rue des Asperges,
entre le chemin de Gerland et le futur cours Gambetta (Id., 27 décembre
1844, Ibid., 4 Wp 7). Ce fait lui sera d'ailleurs reproché,
le conseil municipal considérant qu'il se consacre moins
à son travail depuis qu'il est propriétaire (Id.,
11 août 1845, Ibid.).
9-Registre
des arrêtés du maire, 1er juin 1841 (Ibid., 4 Wp 14).
10-Délibération
du conseil municipal de la Guillotière, 8 février
1847 (Ibid., 4 Wp 7).
11-Sur les conditions
du traité, voir délibérations du conseil municipal
de la Guillotière en date du 7 août 1841 et du 3 novembre
1841 (Ibid., 4 Wp 5).
12-Registre des arrêtés
du maire, 25 septembre et 1er octobre 1841 (Ibid., 4 Wp 14).
13-Terra prend ses fonctions
d'aide-ingénieur pour la confection du plan de ville le 16
mars 1842 avec une rémunération de 100 F par mois
(Registre des arrêtés du maire, 16 mars 1842, Ibid.).
Il est le " fils d'un géomètre honorablement
connu " (il s'agit sans doute de Jean-François Terra)
et " beau-frère de Van Doren " (délibération
du conseil municipal de la Guillotière, 14 mars 1842, Ibid.,
4 Wp 5).
14-Rapport de la commission
du plan de ville du 26 février 1842 in délibération
du conseil municipal de la Guillotière, 14 mars 1842 (Ibid.).
15-Rapport de Crépet,
voyer de la Guillotière, 7 février 1844, reproduit
dans la délibération du conseil municipal de la Guillotière
du 12 février 1844 (Ibid., 4 Wp 6).
16-Sur ce thème,
voir infra.
17-Délibération
du conseil municipal de la Guillotière, 6 mai 1845 (Ibid.,
4 Wp 7).
18-Id.,
12 février 1844, (Ibid., 4 Wp 6).
Lyon, Mairie du 1er arrondissement, acte n°344, décès,
23 août 1897. Lyon, Archives municipales, 2 E 1728*, acte
n° 905, décès, Lyon 3e arrondissement, 17 avril
1895.
19-Sans
doute l'ancien collaborateur d'A. Scève pour le plan de 1827.
20-Délibérations
du conseil municipal de la Guillotière, 18 août 1843,
6 mai 1845 (Ibid., 4 Wp 6 et 4 Wp 7).
21-Rapport
de Crépet, 7 février 1844, loc. cit.
22-Délibérations
du conseil municipal de la Guillotière, 12 février
1844 et 5 août 1844 (Ibid., 4 Wp 6). 1ère section :
Bermond de Vaulx et Huvet ; 2e section : Poulat et Fayolle ; 3e
section : Hénon et J.A. Fournel ; 4e section : Lornage et
Horand ; 5e section : Rémy et Chatanay.
23-Id.,
5 août 1844 (Ibid., 4 Wp 6).
24-Cf.
les délibérations du conseil municipal de la Guillotière
des 27 décembre 1844 (lecture du rapport de la commission)
; 10, 12, 14, 15 et 21 février 1845 (débats) ; 24
février 1845 (adoption) (Ibid., 4 Wp 7).
25-[Commission
du plan de ville], Rapport sur un plan général d'alignement
de la ville de la Guillotière, présenté au
conseil municipal de cette ville au nom de la commission élue
dans sa séance du 12 février 1844 et composée
de MM. Fayolle, président, Bermond de Vaulx, Huvet, Poulat,
Hénon, Fournel, Lornage, Rémy, Chatanay et Horand,
rapporteur, La Guillotière, impr. J.B. Bajat, s.d. [vers
1844].
26-La
commission a travaillé sur le plan général
au 1:2000e de la partie urbaine comprise entre le Rhône et
le chemin de Ronde. La légende de ce plan est décrite
dans le rapport (cf. note ci-dessus) : rouge : voies et rectifications
des rues anciennes ; rose : masses nouvelles ; gris : masses existantes
; bleu : cours d'eau ; bistre : terrains de l'État.
27-Plan,
Ch. CRÉPET, 5 janvier 1845, " Plan topographique de
la ville de la Guillotière avec son embellissement projeté
", in Ch. CRÉPET, Notice historique et topographique
sur la ville de la Guillotière. Projet d'embellissement,
Lyon, Marle Aîné, 1845.
28-Le
projet consiste exactement à prolonger la rue Creuzet nord-est/sud-est
qui croisera la rue Vendôme prolongée nord-sud jusqu'à
la Grande Rue. En fait la rue Creuzet ne sera jamais prolongée
jusqu'au cours Gambetta et la rue Vendôme sera déviée,
mais, d'une façon générale, le changement d'axe
sera effectivement réalisé dans cette partie du tissu
urbain.
29-Il
figure en dernière page du rapport de la commission.
30-Délibération
du conseil municipal de la Guillotière, 6 mai 1845 (Lyon,
Archives municipales, 4 Wp 7).
31-Il
est reproduit dans la délibération du conseil municipal
de la Guillotière du 6 mai 1845 sous le titre " Réponse
des ingénieurs à la lettre de M. le Maire " (Ibid.).
32-Délibération
du conseil municipal de la Guillotière, 11 août 1845
(Ibid.).
33-Id.,
8 février 1847 (Ibid.).
34-Sur
Dignoscyo, cf. l'étude de P. Sarocchi dans le présent
ouvrage.
35-Le
rapport est reproduit dans la délibération du 10 novembre
1847 (Lyon, Archives municipales, 4 Wp 9).
36-Le
rapport précise que le contrat stipulait la livraison suivante
: 1 atlas au 1:2000e en 3 exemplaires avec les projets de redressement
et de nivellement ; 1 atlas au 1:500e en 3 exemplaires ; et 3 copies
du plan général sur feuilles libres de 0,65 m x 1
m. Van Doren a livré : 1 plan minute au 1:2000e en 2 parties
de la zone urbaine et 1 copie collée sur bois ; 4 rouleaux
d'un plan minute non fini au 1:2000e de la partie rurale sauf Saint-Alban
; 15 rouleaux d'un plan minute au 1:500e de toute la commune ; 1
atlas au 1:500e de la partie urbaine en 3 exemplaires.
37- Délibération
du conseil municipal de la Guillotière, 14 août 1847
(Lyon, Archives municipales, 4 Wp 9). C'est sans doute une des raisons
pour lesquelles Crépet préconisait la mise au concours.
38- Ces planches proviennent
peut-être d'un des " atlas de la partie urbaine "
ou des " 15 rouleaux " ? Sur celles-ci figurent, en gris,
un relevé du bâti existant (sans numérotation),
les modifications d'alignement en traits continus rouges, et les
projets d'extension en pointillés rouges. Ces documents cotés
1541 Wp 245 à 1541 Wp 302 pourraient être intitulés
de la manière suivante : [Attribués à Van Doren
et Terra], s.d. [1846 ?], sans titre [La Guillotière, ensemble
de 58 planches où figurent un relevé, un plan d'alignement
et d'extension], 1:500e. Une version préparatoire d'une notice
historique sur le service des plans dépendant de la voirie
(938 Wp, non classé) réalisée pour l'exposition
universelle de 1894 confirme l'attribution à Van Doren et
Terra et précise (pp. 37-38) que ce plan " se compose
de 58 feuilles de 1m00 de longueur sur 0m65 de largeur, réunies
en un atlas unique dont le service municipal de la voirie ne possède
qu'une simple copie [et que ces feuilles] ne portent aucune signature
". Le plan au 1:2000e sur une seule feuille (2,08 m sur 2,25
m) signé Van Doren est bien signalé dans cette notice
mais n'a pas été retrouvé à ce jour.
39- La
notice historique citée-ci-dessus (938 Wp, non classé)
précise (pp.38-39) qu'un plan parcellaire de la Guillotière
et des Brotteaux au 1:500e a été exécuté
par de Dignoscyo fils entre 1855 et 1857. Le plan était composé
de 61 feuilles réunies en deux atlas et dressé en
un seul exemplaire pour la minute (" minute " : document
officiel conservé par l'administration) et en double exemplaire
pour l'expédition (" expédition " : copie
délivrée par l'administration qui en garantit l'authenticité).
Cette même notice précise que le bâti des "
atlas-minutes " est représenté au moyen de hachures
tandis que celui des " atlas-expéditions " figure
à l'encre de chine et ne contient aucune cote. " Des
projets d'alignement sont indiqués par des traits rouges
[...] mais ils n'ont jamais été sanctionnés
par l'administration supérieure ". Les Archives municipales
possèdent en effet trois double-atlas au 1:500e : les "
atlas-minutes " cotés 1541 Wp 6 (feuilles 1 à
36) et 1541 Wp 10 (feuilles 37 à 61) et les " atlas-expéditions
" cotés 1541 Wp 9 et 1541 Wp 11 (feuilles 1 à
36), 1541 Wp 8 et 1541 Wp 12 (feuilles 37 à 61). Ces documents
portent sur la page de garde : " Préfecure du Rhône.
Ville de Lyon. Service municipal. Plan du 3e arrondissement dressé
sous l'administration de Monsieur Vaïsse, Sénateur chargé
de l'administration du département du Rhône [...] sous
la direction de Mr. Bonnet, ingénieur en chef des Ponts et
Chaussées et du service municipal de la ville de Lyon [...],
par Dignocyo père et fils, de l'année 1855 à
1857 ". Certains de ces atlas comportent quelques lacunes,
mais par le jeu des copies, on peut espérer reconstituer
l'ensemble du plan.
40-Comme
le montre l'exemple d'une ville proche, Saint-Étienne. Son
premier plan d'alignement date de 1819, il est modifié en
1832 et 1834, mais aucun n'est approuvé. Il faut attendre
mars 1857, le plan réalisé sous l'autorité
de Tuillet, le premier préfet de Saint-Étienne, pour
que soit donnée une approbation. Cf. J.M. DUTREUIL, M.O.
ESPESSON, Instrumentation urbanistique et urbanisation. Saint-Étienne
: 1790-1939, École d'architecture de Saint-Étienne,
texte multigraphié, 1981 ainsi que les travaux postérieurs
de M. Bonilla et F. Tomas.
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