LE PLAN CRÉPET DE 1845
PROJET UTOPIQUE OU MODÈLE POUR LE TROISIÈME PLAN D'EXTENSION DE LA GUILLOTIÈRE ?

 

L'histoire de la rive gauche du Rhône, à Lyon, repose sur beaucoup d'idées fausses. Deux d'entre elles vont être revisitées à l'occasion de cet article. La première consiste à penser que le damier rigoureux du réseau des voies qui couvre la plus grande partie de la Guillotière, commune indépendante de Lyon jusqu'en 1852, est dû au seul plan Morand, à la fin du XVIIIe siècle. Il est en fait le résultat de trois plans d'alignement et d'extension(1) successifs : celui de l'architecte Morand, en effet, mais aussi celui d'Antoine Scève(2) en 1827 et celui de Van Doren en 1843-1846 qui va être étudié ici. Ces deux derniers plans sont restés dans l'ombre car, contrairement à celui de Morand, ils n'avaient pas été retrouvés ou identifiés jusqu'à aujourd'hui. La seconde idée répandue dans les manuels d'histoire de Lyon concerne le célèbre plan que Christophe Crépet publie en 1845 (fig. 2) et qui est toujours considéré comme un plan utopique, sans relation avec la réalité. Comme on va le voir il est, au contraire, intimement lié à l'élaboration du plan Van Doren, sans lequel il n'aurait sans doute pas vu le jour.

La conception du plan Van Doren

La nomination du cartographe

En décembre 1840, le conseil municipal conseille au maire de " faire le choix d’un bon ingénieur pour faire de suite lever le plan de ville "(3). Le maire demande à Christophe Crépet(4), l’architecte-voyer de la Guillotière qui a succédé à Antoine Scève en 1838, d’établir l’avant-projet du cahier des charges. Celui-ci propose une mise au concours pour faire réaliser un relevé de la commune, complété par les projets de nivellements, de redressements et d’ouvertures de rues, en deux atlas au 1:2000e et 1:500e. Les chemins vicinaux, ainsi que les projets qui s’y rattachent seront dessinés sur des rouleaux à part. Selon les différentes phases du travail, le délai serait de 18 mois à deux ans et demi et le marché mis en adjudication à 25000 F, tous les frais étant à la charge du cartographe. Il ajoute : " dans le cas ou l’administration jugerait convenable de me confier ce travail et dans celui ou personne ne se présenterait pour s’en charger, même en cas de refus, je ne craindrais pas de le prendre sous ma responsabilité avec toutes les charges mentionnées au présent "(5). La candidature de Crépet ne sera pas retenue du fait, sans doute, que l'exécution du précédent plan avait été confiée au voyer de l'époque, A. Scève, et n'avait pas donné satisfaction. Certains, comme l’ingénieur des Ponts et Chaussées Garella en exprimeront, plusieurs années après, le regret. En effet, au vu des publications, et des plans qui sont connus de lui, Crépet possédait une culture urbaine et une capacité d'anticipation que n’avait sans doute pas Van Doren.

Le 12 février 1841(6) le conseil municipal nomme une commission pour étudier l’avant-projet de Crépet. Elle est composée de Ardin, Trouvé, et Deboille [?], membres du Conseil ; l’assistance du commandant Million, du Génie Civil et de Garella est souhaitée. Moins de trois mois plus tard(7), le rapport de la commission est lu en séance, mais le débat repoussé. Les conditions de mise en oeuvre de l’entreprise, proposées par Crépet, sont rejetées et, à la mise au concours, est préférée la nomination d’un employé municipal. Le nom de Van Doren(8) est prononcé et, le 1er juin 1841, il est nommé aide-voyer de ville, attaché au bureau de l’architecture et de la voirie(9). Van Doren prend ses fonctions avant que le conseil municipal n’ait officiellement entériné la décision et avant la signature du cahier des charges. Ce dernier est signé le 22 septembre(10), le marché est effectué par " voie de régie simple ", la date limite du travail est fixée au 1er octobre 1845 et Van Doren touchera pour l’ensemble 14000 F de traitement, 6000 F pour les fournitures et 3000 F de prime en fonction de la qualité du travail. Les normes techniques concernant la cartographie proposées par Crépet sont respectées(11). Le 1er octobre 1841, Van Doren quitte son poste d’aide-voyer, où il est remplacé par Alloard et devient " ingénieur géomètre pour la confection du plan de ville "(12) et quelques mois plus tard un collaborateur lui est adjoint en la personne de Terra(13). En effet, la commission a constaté que le travail est démesuré pour un délai de quatre ans et qu’il est urgent de réaliser " un plan et un nivellement général qui permettent de donner les alignements "(14).

La date d'application du plan

Il est clair que l’établissement d’un document de référence qui permette de donner très vite les nouveaux alignements est la première préoccupation du Conseil . Le fait est confirmé dès le début de l’année 1843, où le conseil municipal reproche à Crépet de ne pas appliquer le nouveau plan. Celui-ci se justifie en expliquant que, pour lui, " un projet de plan de ville n’est réellement exécutable qu’après l’ordonnance royale "(15). Cependant, le maire lui intime l’ordre de le faire malgré tout, et Crépet obtempère, ce qui provoquera de vives réactions chez les propriétaires(16). Les informations nécessaires sont données par Van Doren, comme il l’explique lui-même dans un rapport plus tardif(17) où il détaille les travaux qu’il a exécutés : " obligation prescrite par une décision du Conseil municipal de donner sur chaque demande de constructions nouvelles mon avis d’après le plan général, pour fixer d’une manière exacte les alignements de ces constructions ". Ce mode de fonctionnement suscite quelques questions. En 1843, le plan d’alignement n’était sans doute pas terminé, Van Doren complétait-il les plans de détails au fur et à mesure de l’arrivée des demandes d’alignements ? En outre, Van Doren se substituant à Crépet pour décider des alignements, ce glissement de pouvoir n’a-t-il pas entraîné des conflits entre les deux hommes ? Ne pourrait-on considérer alors la publication du plan de Crépet en 1845 comme une revanche du voyer et une façon, pour lui, de se désolidariser du travail de son concurrent ? Ce ne sont que des suppositions, cependant elles ne sont pas totalement gratuites. L’historien se doit parfois de tenter de lire entre les lignes. Le vocabulaire employé et la syntaxe deviennent alors des indices. Par exemple, Crépet éprouve le besoin de préciser, parlant du plan de Van Doren, qu’il est " complètement étranger à ce travail "(18). On peut donc admettre que le troisième plan d’alignement et d'extension de la Guillotière est appliqué à partir de l’année 1843 et qu’il l’est, comme cela a déjà été le cas pour le précédent, sans aucune sanction officielle. C'est pourquoi, nous retenons cette date pour le début du plan Van Doren, bien qu'elle soit antérieure à l'approbation du conseil municipal.

Fig. 1. Laurent Dignoscyo, Plan général des propriétés appartenant aux Hospices Civils de Lyon situées sur [...] la rive gauche du Rhône, 1:5000e, 1839. Lyon, Archives municipales, 2 S 102/a (cliché 4 Ph 269). C’est un état précis de la rive gauche juste avant la mise en application, dès 1843, du plan Van Doren et Terra.

Le modèle du plan Crépet et l'approbation

Lors de la délibération du 18 août 1843, une deuxième commission vient remplacer la précédente et se compose de Cote, Chenavard, Huvet(19) pour le conseil municipal, assistés de Jordan et Garella(20). Cependant, le rapport que rédige Crépet le 7 février 1844 sur les difficultés d’application du nouveau plan jette le trouble(21), et une troisième commission est nommée. Son but étant d’accélérer la réalisation du plan, le Conseil pense la rendre plus efficace en délimitant cinq sections géographiques auxquelles seront attribués des responsables. Fayolle est président et Horand secrétaire de la commission(22). Tandis que les relations avec les propriétaires s’enveniment, la commission termine son travail. Le 5 août 1844, il ne reste plus qu’à faire tracer les alignements proposés par la commission et les cartographes obtiennent un petit délai(23).

Le projet est enfin soumis au conseil municipal le 27 décembre 1844. Il est âprement discuté au cours de cinq séances successives et finalement adopté, après de nombreux aménagements, le 24 février 1845(24). Ces dernières modifications ne constituent que le stade final d’un processus complexe où l’on peut distinguer trois apports : le plan Van Doren-Terra, les variations infligées à ce dernier par la commission et le projet indépendant de Christophe Crépet. Le premier état du plan n'est pas connu sinon par les vagues indications que l’on peut déduire du rapport de la commission(25). En effet, elle n’a pas cru nécessaire de présenter de façon exhaustive le projet puisque le texte était, à l'origine, accompagné du plan(26). Seules les modifications imposées par la commission au plan de Van Doren sont décrites. En 1845, Christophe Crépet publie un plan(27) devenu célèbre, accompagné d’une notice. La connaissance de la date à laquelle ce document a été rendu public n’est pas sans intérêt puisqu’elle permettrait d’éclaircir le jeux des influences. Le plan, daté du 5 janvier 1845, est déjà cité de nombreuses fois lors du premier débat, le 10 février 1845. Il a donc vraisemblablement été publié, ou rendu public, entre la lecture du rapport de la commission, qui a lieu le 27 décembre 1844 et le début des débats. Ceci ne prouve pas, cependant, que Crépet se soit approprié les idées émises dans ce rapport. La Guillotière était à l’époque une petite commune, Crépet, Van Doren et les membres de la commission faisaient partie d’une élite et devaient se côtoyer souvent. Qui a influencé l’autre ? Crépet a-t-il fait part de ses idées à Van Doren lors de la conception du plan ? Cela est pour l’instant impossible à prouver. Cependant deux faits demeurent : comme on l’a déjà vu, Crépet se démarque avec vigueur du plan Van Doren, en revanche de nombreux choix fondamentaux sont identiques dans son projet et dans celui de la commission. Peut-être Crépet a-t-il publié son plan pour appuyer les choix de la commission face au conseil municipal ? En effet, le plan Crépet a un net avantage par rapport aux propositions de la commission. Etant totalement indépendant des contraintes financières, c’est un projet idéal qui frappe les esprits et accède au statut de modèle.

Le projet de la commission, tel qu’il est présenté dans le rapport, peut se résumer à quelques grandes options. Trois artères (que l’on retrouve, amplifiées, dans le projet Crépet) sont créées ou développées. Le cours De Brosses (puis Nemours, actuel cours Gambetta) est prolongé depuis la place du Pont jusqu’à la ceinture militaire, ce qui permet d’articuler le nouveau tissu nord-sud avec l’ancien à l’orientation plus floue. La commission propose que les voies situées au sud de la nouvelle artère soient dessinées nord-est/sud-est, depuis le Rhône jusqu’à la rue Creuset (Crépet prolonge ce système jusqu’aux fortifications)(28). La rue Sainte-Elisabeth (actuelle rue Garibaldi) située à mi-distance du fleuve et des fortifications est prolongée, au nord comme au sud, de façon à relier le fort de la Tête-d’Or et le fort Lamotte (Crépet propose une largeur de 36 m contre 13,33 m pour la commission). La zone urbanisée est limitée, à l’est, par un boulevard de ronde (ou d’enceinte) établi " suivant le tracé du génie militaire ". Le tableau des largeurs de rues(29), qui vont de 7 à 44 mètres, fait apparaître la modestie des choix de la commune. Seules quelques-unes d’entre elles possèdent une largeur de plus de 14 mètres : les avenues ou rues de Nemours (actuellement Gambetta), Saint-André (de Marseille), de la Part-Dieu (celle-ci se trouvant étonnamment privilégiée avec ses 27 mètres), Lafayette, de Saxe et de Noailles (Foch), Morand (F. Roosevelt) et du Trocadéro (Vitton), sans compter de nombreux quais du Rhône. L’ensemble du réseau viaire nord-sud et est-ouest est complété par la création de nouvelles rues, le prolongement des autres et la rectification des voies anciennes comme la rue des Chartres et le chemin du Sacré-Coeur qui deviendront la rue Paul Bert. Beaucoup sont prévues pour une largeur de 10 à 12,36 mètres, ce qui est peu, comparé au projet Crépet qui, par ailleurs tend à supprimer les anciens chemins. Sont prévues aussi des places et des réserves foncières pour les bâtiments publics dont la destination reste cependant volontairement imprécise, un pont au sud de celui de la Guillotière et un canal pour l’écoulement des eaux pluviales et ménagères qui suit le parcours de rues Sainte-Élisabeth et Creuzet.

Comme on peut le constater, le projet Crépet présente souvent des variations sur le thème du projet de la commission. Cependant, celles-ci s’élaborent toujours selon le même principe : l’amplification des options jusqu’à parvenir à un système. Lors des débats qui suivent la présentation du travail de la commission, le plan Crépet sert constamment de référence. Soit il vient accréditer les thèses de la commission, soit il est utilisé comme une source d’idées neuves où les conseillers municipaux viennent puiser pour soumettre d’autres propositions. Celles-ci constituent les seules notes originales de ces délibérations où l’on n’assiste à aucun débat de fond sur le projet proposé, ni à aucune véritable remise en question du plan Van Doren. Beaucoup des propositions de la commission sont adoptées avec, pour seule contestation, la largeur des voies, car elle met directement en cause les finances municipales. Certains auteurs récents déplorent le fait que le plan Crépet soit resté à l’état de projet. Il fut beaucoup plus, puisqu’adopté en grande partie dans le plan d’alignement.

Fig. 2. Christophe Crépet, Plan topographique de la Guillotière, 1:5000e, 1845. Lyon, Archives municipales, 2 S 14/a (cliché 4 Ph 513)

Les suites de l'approbation

Après l’adoption du nouveau plan d’alignement par le conseil municipal, le document aurait dû être rapidement terminé et soumis à l’approbation du Gouvernement. Il n’en fut rien. La date limite à laquelle les cartographes devaient rendre le plan avait été fixée, dans le contrat, au 1er octobre 1845. En mai de cette même année, le maire leur demande de corriger le plan d’après les modifications adoptées par le conseil(30) mais, pour toute réponse, Van Doren et Terra lui envoient un rapport sur leur activité(31), dans lequel ils se plaignent d’un excès de travail et demandent un délai. Le départ à la retraite du maire, Bernard, retarde quelque peu les suites de l’affaire mais un délai de 12 mois leur est finalement accordé(32) et le 15 septembre 1846, Van Doren écrit pour annoncer que le plan est terminé.

Pour contrôler la qualité du travail rendu, un arrêté municipal du 23 octobre 1846 nomme un jury constitué de la façon suivante(33) : Dignoscyo, ingénieur géographe, inspecteur du domaine des Hospices Civils(34) ; Cassini, ingénieur de la ville de Lyon et J. Forest, architecte-voyer de la commune de la Croix-Rousse. Le jury rédige son rapport le 3 novembre 1847 et le rend public quelques jours plus tard devant le conseil municipal consterné(35). Il conclut en éprouvant " le sentiment pénible [...] d’être obligé de [...] signaler les erreurs [...] qui, malheureusement, ne sont pas tolérables et démontrent que le travail de M. Van Doren ne peut servir à la commune que comme simple renseignement et canevas pour la levée d’un autre plan de ville ". En fait, ce qui est principalement reproché au cartographe est l’inexactitude des relevés de l'état existant. Il n’a pas utilisé de polygone de triangulation, si bien que les erreurs peuvent aller jusqu’à un mètre. Certains bâtiments sont absents et les maisons ne sont pas numérotées. D’autre part, tous les documents énumérés dans le contrat n’ont pas été livrés(36) et les feuilles libres, non reliées en atlas, n’ayant pas la même taille sont impossibles à assembler. Malgré tout, les alignements demandés par la commission et, vraisemblablement, les modifications du conseil municipal sont correctement tracés, ainsi que les nivellements. Ils peuvent donc être utilisés tels quels par le voyer lorsqu’il donne les permis. Un procès contre Van Doren est envisagé mais serait trop onéreux. Il semble en outre que les cartographes ne soient pas, juridiquement, responsables de leur travail puisqu’ils l’ont exécuté " en qualité d’employé à appointement "(37). Il ne reste plus au maire qu’à consulter un autre cartographe pour effectuer un nouveau relevé. Le sujet est abordé en 1848, mais il n’en est plus question dans les délibérations du conseil municipal de la Guillotière jusqu’en 1852, date du rattachement de la commune à la ville de Lyon.

À l'occasion de l'exposition des plans généraux de Lyon (automne 1997), les archives municipales de Lyon ont récemment mené de fructueuses investigations dans des fonds non encore inventoriés. Un important ensemble de plans libres et d'atlas concernant la période qui nous intéresse ici, aux échelles 1:500e et 1:2000e, ont été découverts. Nous proposons d'identifier l'un de ces ensembles comme étant le plan rendu en 1846 par Van Doren et Terra(38) (fig. 3). Il n'est ni signé ni daté, et ne correspond pas exactement à la description des documents livrés en 1846 et énumérés ci-dessus, puisqu'il s'agit de 58 planches libres au 1:500e. Cependant, par comparaison avec d'autres plans, en particulier celui de L. Dignoscyo en 1839 (fig. 1) et celui de L. Dignoscyo et E. Rembielinsky en 1847 (fig. 4), il peut être daté des environs de 1846. Il n'y a sans doute pas eu deux opérations de cette ampleur dans ces années là. Un autre ensemble, toujours au 1:500e et réalisé entre 1855 et 1857, constitue vraisemblablement l'étape suivante (fig. 5). Sous l'autorité du préfet Vaïsse, après le rattachement de la Guillotière à Lyon, Dignocyo père et fils ont réalisé un relevé minutieux, d'une grande qualité graphique, complété aussi par des projets d'alignement et d'extension(39).

Comme le plan Scève, le plan Van Doren n'est ni correct dans ses relevés, ni terminé, ni approuvé par le Gouvernement. On peut s'interroger sur ces deux échecs successifs, d'autant que la Guillotière n'est vraisemblablement pas la seule à s'enliser dans les mêmes processus(40). Sans doute la tentation est-elle forte, à cette époque, de concevoir un plan trop parfait. Il est clair que le plan Van-Doren se rapproche davantage d'un plan idéal que des habituels compromis d'un plan d'alignement. Il demeure réaliste seulement lorsque la commune est concernée directement par le financement, c'est à dire dans le périmètre des quartiers anciens. Ailleurs, les projets les plus utopiques sont rendus possibles par une clause qui évacue toute difficulté : les ouvertures de rues ne se feront que si les propriétaires cèdent gratuitement leurs terrains à la Ville. Comme on va le voir, le procédé peut fonctionner, pourtant, dans certaines conditions.

Fig. 3. [Van Doren et Terra], [Plan de la Guillotière], feuille n°19 montrant l’intersection des avenues de Saxe et Lafayette, 1:500e, [1846]. Lyon, Archives municipales, 1541 Wp 284 (cliché 5 Ph 35584). L’assemblage des 58 planches, qui aurait permis de découvrir, entre autres, l’aspect du 3e plan d’extension de la Guillotière, n’a pu être réalisé pour cette exposition.


1-La terminologie concernant ce type de plans a beaucoup changé au cours du temps. Nous choisissons celle-ci car elle permet de distinguer deux des trois composantes qui apparaissent généralement sur ces plans : l'alignement ou redressement des voies existantes, et l'extension ou projet d'un réseau de voies sur des terrains non encore urbanisés. Il faut ajouter à cela le relevé de l'état existant qui constitue toujours la base de ces opérations.
2-Le plan Scève n'a, pour l'instant, pas été retrouvé. Il fait actuellement l'objet d'une étude à partir des informations textuelles existantes, dans le cadre d'une recherche plus large sur la rive gauche du Rhône et le domaine des hospices civils de Lyon.
3-Délibération du conseil municipal de la Guillotière, 28 janvier 1841 (Lyon, Archives municipales, 4 Wp 5).
4-D'après Étienne Léon Gabriel CHARVET, Architectes : notices biographiques et bibliographiques, Lyon, 1899, Christophe Crépet est né à Lyon le 11 mai 1807 et mort dans la même ville en 1856. Cette dernière date est en contradiction avec celle énoncée dans la réédition de sa notice historique (Ch. CRÉPET, Notice historique et topographique sur la ville de la Guillotière. Projet d'embellissement., Lyon, Marle aîné, 1845, rééd. s.d.), et le 6 novembre 1864 paraît plus vraisemblable. Formé à l'École des Beaux-Arts de Paris, il devient architecte-voyer de la Guillotière puis sera confirmé dans ses fonctions pour le 3e arrondissement lors de l'annexion des villes suburbaines de Lyon. Il participe à la vie culturelle lyonnaise puisqu'il est membre du jury de l'École des beaux-arts et de la Société académique d'architecture. Les archives de la Guillotière fournissent quelques minces compléments d'information. Il est employé par la commune le 11 mars 1833 comme agent-voyer en remplacement de S. Chambeyrez (? : nous emploierons ce signe lorsque l'orthographe d'un mot est incertaine car peu lisible dans le manuscrit), Registre des arrêtés du maire, mars 1833, Lyon, Archives municipales, 4 Wp 14. Papier rapporté, daté du 5 décembre 1859 certifiant que l'information provient du dépouillement des livres de comptabilité. Le terme " agent-voyer " y est corrigé par celui d'" architecte ". Le 22 mai 1838, Ch. Crépet est nommé architecte-voyer de la Guillotière (registre des arrêtés du maire, 12 janvier 1842, Lyon, Archives municipales, 4 Wp 14), pour remplacer Antoine Scève.
5-Rapport de Crépet du 6 février 1841, transcrit dans la délibération du conseil municipal de la Guillotière du 12 février 1841 (Lyon, Archives municipales, 4 Wp 5).
6-Délibération du conseil municipal de la Guillotière, 12 février 1841 (Ibid.).
7-Id., 13 mai 1841 (Ibid.).
8-Comme pour Antoine Scève, la personnalité de Van Doren est très peu connue. Contrairement à ce qui se passe à l'accoutumée, la commission ne prend même pas la peine de le présenter lorsqu'elle propose au Conseil de l'employer (Id.,13 mai 1841, Ibid.). On sait simplement qu'il est le beau frère de Terra (voir infra) et qu'il achète avec lui la Thibaudière à la Guillotière, de part et d'autre de la rue des Asperges, entre le chemin de Gerland et le futur cours Gambetta (Id., 27 décembre 1844, Ibid., 4 Wp 7). Ce fait lui sera d'ailleurs reproché, le conseil municipal considérant qu'il se consacre moins à son travail depuis qu'il est propriétaire (Id., 11 août 1845, Ibid.).
9-Registre des arrêtés du maire, 1er juin 1841 (Ibid., 4 Wp 14).
10-Délibération du conseil municipal de la Guillotière, 8 février 1847 (Ibid., 4 Wp 7).
11-Sur les conditions du traité, voir délibérations du conseil municipal de la Guillotière en date du 7 août 1841 et du 3 novembre 1841 (Ibid., 4 Wp 5).
12-Registre des arrêtés du maire, 25 septembre et 1er octobre 1841 (Ibid., 4 Wp 14).
13-Terra prend ses fonctions d'aide-ingénieur pour la confection du plan de ville le 16 mars 1842 avec une rémunération de 100 F par mois (Registre des arrêtés du maire, 16 mars 1842, Ibid.). Il est le " fils d'un géomètre honorablement connu " (il s'agit sans doute de Jean-François Terra) et " beau-frère de Van Doren " (délibération du conseil municipal de la Guillotière, 14 mars 1842, Ibid., 4 Wp 5).
14-Rapport de la commission du plan de ville du 26 février 1842 in délibération du conseil municipal de la Guillotière, 14 mars 1842 (Ibid.).
15-Rapport de Crépet, voyer de la Guillotière, 7 février 1844, reproduit dans la délibération du conseil municipal de la Guillotière du 12 février 1844 (Ibid., 4 Wp 6).
16-Sur ce thème, voir infra.
17-Délibération du conseil municipal de la Guillotière, 6 mai 1845 (Ibid., 4 Wp 7).
18-Id., 12 février 1844, (Ibid., 4 Wp 6).
Lyon, Mairie du 1er arrondissement, acte n°344, décès, 23 août 1897. Lyon, Archives municipales, 2 E 1728*, acte n° 905, décès, Lyon 3e arrondissement, 17 avril 1895.
19-Sans doute l'ancien collaborateur d'A. Scève pour le plan de 1827.
20-Délibérations du conseil municipal de la Guillotière, 18 août 1843, 6 mai 1845 (Ibid., 4 Wp 6 et 4 Wp 7).
21-Rapport de Crépet, 7 février 1844, loc. cit.
22-Délibérations du conseil municipal de la Guillotière, 12 février 1844 et 5 août 1844 (Ibid., 4 Wp 6). 1ère section : Bermond de Vaulx et Huvet ; 2e section : Poulat et Fayolle ; 3e section : Hénon et J.A. Fournel ; 4e section : Lornage et Horand ; 5e section : Rémy et Chatanay.
23-Id., 5 août 1844 (Ibid., 4 Wp 6).
24-Cf. les délibérations du conseil municipal de la Guillotière des 27 décembre 1844 (lecture du rapport de la commission) ; 10, 12, 14, 15 et 21 février 1845 (débats) ; 24 février 1845 (adoption) (Ibid., 4 Wp 7).
25-[Commission du plan de ville], Rapport sur un plan général d'alignement de la ville de la Guillotière, présenté au conseil municipal de cette ville au nom de la commission élue dans sa séance du 12 février 1844 et composée de MM. Fayolle, président, Bermond de Vaulx, Huvet, Poulat, Hénon, Fournel, Lornage, Rémy, Chatanay et Horand, rapporteur, La Guillotière, impr. J.B. Bajat, s.d. [vers 1844].
26-La commission a travaillé sur le plan général au 1:2000e de la partie urbaine comprise entre le Rhône et le chemin de Ronde. La légende de ce plan est décrite dans le rapport (cf. note ci-dessus) : rouge : voies et rectifications des rues anciennes ; rose : masses nouvelles ; gris : masses existantes ; bleu : cours d'eau ; bistre : terrains de l'État.
27-Plan, Ch. CRÉPET, 5 janvier 1845, " Plan topographique de la ville de la Guillotière avec son embellissement projeté ", in Ch. CRÉPET, Notice historique et topographique sur la ville de la Guillotière. Projet d'embellissement, Lyon, Marle Aîné, 1845.
28-Le projet consiste exactement à prolonger la rue Creuzet nord-est/sud-est qui croisera la rue Vendôme prolongée nord-sud jusqu'à la Grande Rue. En fait la rue Creuzet ne sera jamais prolongée jusqu'au cours Gambetta et la rue Vendôme sera déviée, mais, d'une façon générale, le changement d'axe sera effectivement réalisé dans cette partie du tissu urbain.
29-Il figure en dernière page du rapport de la commission.
30-Délibération du conseil municipal de la Guillotière, 6 mai 1845 (Lyon, Archives municipales, 4 Wp 7).
31-Il est reproduit dans la délibération du conseil municipal de la Guillotière du 6 mai 1845 sous le titre " Réponse des ingénieurs à la lettre de M. le Maire " (Ibid.).
32-Délibération du conseil municipal de la Guillotière, 11 août 1845 (Ibid.).
33-Id., 8 février 1847 (Ibid.).
34-Sur Dignoscyo, cf. l'étude de P. Sarocchi dans le présent ouvrage.
35-Le rapport est reproduit dans la délibération du 10 novembre 1847 (Lyon, Archives municipales, 4 Wp 9).
36-Le rapport précise que le contrat stipulait la livraison suivante : 1 atlas au 1:2000e en 3 exemplaires avec les projets de redressement et de nivellement ; 1 atlas au 1:500e en 3 exemplaires ; et 3 copies du plan général sur feuilles libres de 0,65 m x 1 m. Van Doren a livré : 1 plan minute au 1:2000e en 2 parties de la zone urbaine et 1 copie collée sur bois ; 4 rouleaux d'un plan minute non fini au 1:2000e de la partie rurale sauf Saint-Alban ; 15 rouleaux d'un plan minute au 1:500e de toute la commune ; 1 atlas au 1:500e de la partie urbaine en 3 exemplaires.
37- Délibération du conseil municipal de la Guillotière, 14 août 1847 (Lyon, Archives municipales, 4 Wp 9). C'est sans doute une des raisons pour lesquelles Crépet préconisait la mise au concours.
38- Ces planches proviennent peut-être d'un des " atlas de la partie urbaine " ou des " 15 rouleaux " ? Sur celles-ci figurent, en gris, un relevé du bâti existant (sans numérotation), les modifications d'alignement en traits continus rouges, et les projets d'extension en pointillés rouges. Ces documents cotés 1541 Wp 245 à 1541 Wp 302 pourraient être intitulés de la manière suivante : [Attribués à Van Doren et Terra], s.d. [1846 ?], sans titre [La Guillotière, ensemble de 58 planches où figurent un relevé, un plan d'alignement et d'extension], 1:500e. Une version préparatoire d'une notice historique sur le service des plans dépendant de la voirie (938 Wp, non classé) réalisée pour l'exposition universelle de 1894 confirme l'attribution à Van Doren et Terra et précise (pp. 37-38) que ce plan " se compose de 58 feuilles de 1m00 de longueur sur 0m65 de largeur, réunies en un atlas unique dont le service municipal de la voirie ne possède qu'une simple copie [et que ces feuilles] ne portent aucune signature ". Le plan au 1:2000e sur une seule feuille (2,08 m sur 2,25 m) signé Van Doren est bien signalé dans cette notice mais n'a pas été retrouvé à ce jour.
39-
La notice historique citée-ci-dessus (938 Wp, non classé) précise (pp.38-39) qu'un plan parcellaire de la Guillotière et des Brotteaux au 1:500e a été exécuté par de Dignoscyo fils entre 1855 et 1857. Le plan était composé de 61 feuilles réunies en deux atlas et dressé en un seul exemplaire pour la minute (" minute " : document officiel conservé par l'administration) et en double exemplaire pour l'expédition (" expédition " : copie délivrée par l'administration qui en garantit l'authenticité). Cette même notice précise que le bâti des " atlas-minutes " est représenté au moyen de hachures tandis que celui des " atlas-expéditions " figure à l'encre de chine et ne contient aucune cote. " Des projets d'alignement sont indiqués par des traits rouges [...] mais ils n'ont jamais été sanctionnés par l'administration supérieure ". Les Archives municipales possèdent en effet trois double-atlas au 1:500e : les " atlas-minutes " cotés 1541 Wp 6 (feuilles 1 à 36) et 1541 Wp 10 (feuilles 37 à 61) et les " atlas-expéditions " cotés 1541 Wp 9 et 1541 Wp 11 (feuilles 1 à 36), 1541 Wp 8 et 1541 Wp 12 (feuilles 37 à 61). Ces documents portent sur la page de garde : " Préfecure du Rhône. Ville de Lyon. Service municipal. Plan du 3e arrondissement dressé sous l'administration de Monsieur Vaïsse, Sénateur chargé de l'administration du département du Rhône [...] sous la direction de Mr. Bonnet, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées et du service municipal de la ville de Lyon [...], par Dignocyo père et fils, de l'année 1855 à 1857 ". Certains de ces atlas comportent quelques lacunes, mais par le jeu des copies, on peut espérer reconstituer l'ensemble du plan.
40-
Comme le montre l'exemple d'une ville proche, Saint-Étienne. Son premier plan d'alignement date de 1819, il est modifié en 1832 et 1834, mais aucun n'est approuvé. Il faut attendre mars 1857, le plan réalisé sous l'autorité de Tuillet, le premier préfet de Saint-Étienne, pour que soit donnée une approbation. Cf. J.M. DUTREUIL, M.O. ESPESSON, Instrumentation urbanistique et urbanisation. Saint-Étienne : 1790-1939, École d'architecture de Saint-Étienne, texte multigraphié, 1981 ainsi que les travaux postérieurs de M. Bonilla et F. Tomas.

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