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Dans l’histoire
des villes, l’influence de personnalités dirigeantes ou simplement
influentes est indéniable au même titre que les événements
historiques et les contraintes économiques et sociales. Cependant
cette influence n’est pas toujours bien discernable car les personnalités
en cause ne sont pas facilement identifiées ou se masquent
les unes les autres. Ce sont les hommes publics qui, par définition,
sont pratiquement toujours mis en lumière ou s’y installent...
Les maires bâtisseurs au même titre que les monarques
dans l’histoire générale s’attribuent le mérite
pour le meilleur et pour le pire des opérations d’urbanisme
qui ont marqué leur cité. Ainsi très près
de nous il est courant de parler de l’ère pradélienne
pour les grandes transformations de Lyon et pas du tout de Raoul
Rudeau l’ingénieur en chef des Ponts et Chaussées,
en charge de la direction départementale du Rhône pendant
les années cruciales de la construction du tunnel de Fourvière
et du centre d’échanges. Les architectes urbanistes des villes
ont plus de chance car ils sont plus en lumière : il
n’est que de citer Charles Delfante pour la même période
et Tony Garnier pour celle d’Édouard Herriot ou René
Dardel au XIXe siècle.
Sans vouloir
ouvrir une recherche en paternité qui pourrait déclencher
des querelles inopportunes, il nous a semblé intéressant
de mettre en valeur l’action souvent décisive des ingénieurs
qui depuis le XIXe siècle, soit au service de l’État,
soit à celui des villes, ont marqué, sans qu’on le
sache le plus souvent, le développement
de l’urbanisme dans l’agglomération lyonnaise(1).
Les ingénieurs
du XIXe siècle
Durant cette
période, on le sait, la ville se structure en même
temps qu’elle grandit : trois actions d’envergure se détachent
parmi toutes celles qui sont réalisées : l’implantation
des quais avec ou sans leurs bas-ports qui donnent les fils conducteurs
accompagnant les deux grands cours d’eau de la cité, la réalisation
de brutales opérations de rénovation urbaine par la
mise en place des plans des rues, dits d’alignement, ancêtres
des plans d’urbanisme dont le premier exemple avait été
donné plus tôt par Morand, et la construction des voies
de chemin de fer. Tout le monde connaît le nom de Vaïsse,
préfet du Rhône et en fait administrateur de la cité,
mort à la tâche dans son bureau en 1864 mais il faut
aussi essayer de mettre en lumière le rôle, pendant
ce siècle, des ingénieurs qui réalisèrent
et aussi sûrement inspirèrent les réalisations.
Ce sont ceux des villes de Lyon (Gustave Bonnet), de la Guillotière
(Christophe Crépet) et ceux de l’administration des Ponts
et Chaussées dans les deux services conjoints du département
du Rhône et du service de la navigation, service spécial
de la Saône et service spécial du Rhône.
Les
ingénieurs des services des Ponts et Chaussées
Parmi tous ceux
qui apparaissent dans les différents textes conservés
aux Archives départementales et municipales trois d’entre
eux semblent avoir joué un rôle significatif.
K’minguant ou
Kermingant oeuvre de 1807 à 1836, date à laquelle
il est nommé Inspecteur à l’École
royale des Ponts et Chaussées à Paris, et directeur
de la vallée du Rhône(2). Au
service spécial du Rhône il est à l’origine
des conceptions des ponts sur la Saône et le Rhône que
l’on construit entre ces deux dates, particulièrement des
ponts de Serin (Koenig), du Concert (Lafayette), et des ponts suspendus
comme celui de la Gare (Mazarik). Il est aussi l’auteur, avec Montricher
et Hyacinthe Garella dont nous reparlerons plus loin, du projet
officiel du trajet des chemins de fer dans la ville, projet le plus
ancien à notre connaissance. Ce document sans date mais certainement
proche de 1835 est conservé dans le dossier XII S 76 des
archives départementales du Rhône. Il prévoit
le tunnel de Saint-Irénée et la gare de Perrache et
aussi un embranchement vers les Brotteaux sur la commune de la Guillotière
(fig. 1 et 2). Ce projet fut la source des ardentes polémiques
qui agitèrent cette commune et celle de Lyon de 1836 à
1851, date à laquelle le tracé actuel fut adopté.
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Fig.
1. " Carte générale des tracés d’un
chemin de fer de Lyon à Marseille [...] ", dressé
par Kermingant, vers 1835 (Lyon, Archives départementales
du Rhône, XII S 76). Détail du tracé de
chemin de fer à l’intérieur de la commune de
la Guillotière. Reprod. 5 Ph 35736.
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| Fig.
2. " Carte générale des tracés d’un
chemin de fer de Lyon à Marseille [...] ", dressée
par Kermingant, vers 1835 (Lyon, Archives départementales
du Rhône, XII S 76). Détail. Reprod. 5 Ph 35735. |
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Auguste Jordan
dont le père était ancien député au
Conseil des Cinq-Cents est né à Lyon en 1805. Il travaille
d’abord au service de la navigation, puis exerce les fonctions d’ingénieur
en chef du département du Rhône jusqu’en 1855, année
de sa mort. Son cousin Alexandre, avec lequel il ne faut pas le
confondre, fut lui aussi ingénieur dans le même service
. Auguste Jordan est l’auteur d’une des transformations les plus
discutables et les plus marquantes du centre de la ville :
la destruction du vieux pont de pierre dit du Change construit sur
la Saône en 1070 et corrélativement du grand rocher
visible en basses eaux sur lequel le pont était assis. Pont
et rocher gênaient la navigation en plein essor en générant
le " rapide de la mort qui trompe ". Auguste Jordan écarte
les projets ambitieux comme celui de son collègue, l’ingénieur
ordinaire Garella, " exilé " en 1844 comme ingénieur
en chef dans le département de la Lozère, et qui avait
conçu de construire sur l’île du rocher un marché
couvert. C’est la solution beaucoup plus radicale de Jordan qui
est adoptée en 1842 dans laquelle on détruit le pont
et on dynamite les roches de l’île. Il est d’ailleurs décoré
de la Légion d’honneur lors de la pose de la première
pierre du nouveau pont appelé de Nemours. Ainsi, au nom de
la seule efficacité technique, a-t-on perdu un monument historique
vieux de plus de 700 ans et un paysage de grande qualité
au profit du plan d’eau actuel entre le quai Romain Rolland sur
la rive droite de la Saône et et le quai Pêcherie-Saint-Antoine
sur la rive gauche.
Hyppolite Tavernier
arrive à Lyon comme élève ingénieur
en stage le 29 juillet 1838 en mission au pont de la Guillotière.
Après avoir occupé divers postes, il est ensuite nommé
ingénieur ordinaire au service de la navigation, service
spécial du Rhône dès 1851. Il exerce ses fonctions
sous les ordres de l’ingénieur en chef Kleitz jusqu’en mars
1865, puis vient à le remplacer lorsque ce dernier est nommé
inspecteur général. Il dirige le service jusqu’au
8 janvier 1875, jour de son subit décès. Dans ses
différentes fonctions, c’est apparemment lui qui inspire
et dirige les travaux des quais du Rhône sur la rive gauche
entre les ponts Lafayette et Napoléon (Galliéni) avec
la physionomie que nous leur connaissons aujourd’hui (sauf pour
le bas-port du quai Claude Bernard qui est construit entre 1902
et 1912) : 30 mètres de large, promenade supérieure,
mur de quai, bas-port et rampes d’accès, ce qui n’est pas
mince... On le trouve également comme intervenant dans les
derniers endiguements de la rive gauche ceux de la lône de
la Vitriolerie. Homme d’avenir, il rédige un long rapport
de 35 pages envoyé au préfet Vaïsse le 18 août
1855 (fig. 3) pour résoudre le problème du financement
des quais de la rive gauche, spécialement du quai de Joinville
(Augagneur), qui sont " en panne " faute de crédits.
Dans l’ambiance de l’époque, il propose de créer une
compagnie capitaliste dans laquelle les Hospices joueraient leur
rôle. Cette compagnie paierait les travaux d’endiguement,
recevrait en échange les terrains rendus propres à
la construction. L’inondation de 1856 et les diverses mesures législatives
et financières prises au plan national résolvent le
problème des crédits mais la solution qu’il a préconisée
est utilisée en partie pour le comblement de la lône
de la Vitriolerie avec la ville de Lyon comme opératrice.
Les
ingénieurs en chef des villes
Deux personnalités
se détachent mais leurs influences furent très contrastées.
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Fig.
3. Extraits du rapport de l’ingénieur Tavernier au
sénateur Vaïsse, 18 août 1855 (Lyon, Archives
départementales, 7 S 1). Reprod. 5 Ph 35760.
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Christophe Crépet
né à Lyon en 1807 est mort dans la même ville
en 1864. Ce fut pendant plus de vingt ans l’architecte voyer de
la commune de la Guillotière et accessoirement commandant
du bataillon de sapeurs-pompiers de Lyon. Il est l’auteur bien connu
de la notice historique et topographique sur la ville de
la Guillotière accompagnée d’un projet d’embellissement
publié en 1845(3)... Dans l’introduction,
à propos de Morand et il l’espère de lui-même,
il déclare : " il est donc certain qu’un simple
projet de plan exerce une grande influence sur les destinées
d’une nouvelle ville ". Face au désordre certain qui
réside à la mise en place des rues dans le quartier
autour de l’église Saint-Louis de la Guillotière,
mis à part le secteur proche du Rhône planifié
par Combalot et Cavenne dès 1826, il propose un plan en damier
de ce quartier et de celui de Gerland (fig. 4), avec de grands boulevards
plantés perpendiculaires au Rhône et deux parcs symétriques :
l’un à l’emplacement de celui de la Tête-d’Or actuel
avec une naumachie et l’autre à Gerland (le parc des rivières).
La publication de ce plan intervient alors que Crépet est
au plus mal avec la municipalité de la Guillotière
car il est en litige avec celle-ci à propos de dépassements
de crédits pour la construction de l’église de Saint-Pothin
dont il est l’architecte après la reconstruction de celle
de Saint-Louis. Cela explique aussi que ce n’est pas lui qui est
en charge du plan d’alignement élaboré à l’époque
et qui a été confié aux architectes Terra et
Van Doren.
Ce plan était
en quelque sorte un baroud d’honneur et il ne fut jamais discuté
officiellement. Les politiques l’emportèrent sur le technicien.
Gustave Bonnet
eut dans l’ombre de Vaïsse un rôle fondamental pendant
les 16 années qu’il passa à Lyon comme directeur général
de la Voirie, rôle mis en lumière par D. Bertin, mais
que nous pouvons développer ici. Cet ingénieur des
Ponts et Chaussées est né en 1810 à Marseille,
ce qui en fait un compatriote de Vaïsse ; il est nommé
ingénieur en chef en 1854, année durant laquelle il
est détaché auprès du sénateur préfet
dans son poste d’ingénieur en chef de la Voirie et il conserve
ce poste jusqu’à la fin du Second Empire en 1870, année
de sa mise en disponibilité, cinq ans avant sa mort.
Après
le départ de René Dardel au poste d’architecte en
chef de la ville puis auprès de l’agglomération lyonnaise
en 1854, Gustave Bonnet devient pratiquement le maître d’oeuvre
de l’urbanisme lyonnais pendant les seize années de sa présence
à Lyon. Ses prérogatives sont très étendues
puisque le service de la voirie qu’il est amené à
diriger se trouve doté d’un budget qui avoisine les 600 000
francs en 1857 et comporte à cette époque l’urbanisme
et les espaces verts (il est le directeur du Parc de la Tête-d’Or).
L’examen de
son énorme correspondance(4) (plusieurs
dizaines de milliers de lettres de dix lignes à plusieurs
pages) montre qu’il est mêlé à tout et s’occupe
de tout, des grandes comme des petites choses. Le cas du parc de
la Tête-d’Or est typique (fig. 5) : c’est Denis Bühler
(Bülher l’aîné dans les lettres) qui est le concepteur,
Bonnet est le réalisateur. Il presse le paysagiste de venir
de Paris ou d’Angers, surveille le terrassement des allées,
correspond avec la maison Vilmorin-Andrieux pour acheter les " collections "
de rhododendrons et azalées, trouve les 75 000 francs
nécessaires pour les premières plantations de 1857 :
6000 arbres à 2 francs pièce, 15 000 pour des
arbres ou arbustes exceptionnels, demande de planter des phlox en
touffes pour faire impression lors de la fête d'inauguration,
etc. Le jardin botanique, quant à lui, est à peu près
entièrement son oeuvre, tant dans sa conception que sa réalisation,
son statut et sa liaison avec l'enseignement qui s'est bien amenuisée
depuis.
Les travaux
de la rue Impériale lui doivent aussi beaucoup car il en
surveille de près la réalisation, allant même
sur les chantiers pour déplorer l'absence de surveillance
des agents de la voirie et les sanctionner pour leur négligence.
|
Fig.
4. Extrait du plan de Christophe Crépet (Lyon, Archives
municipales, 2 S 14/a). Reprod. 5 Ph 35689. On voit bien sur
le dessin le projet du bois des Rivières près
du fort de la Vitriolerie et la gare du même nom (Crépet
n’a pas prévu les accès de cette gare).
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| Fig.
5. Lettre de Gustave Bonnet à Denis Bülher (Lyon,
Archives municipales, 332 Wp 1). Reprod. 5 Ph 35686 et 5 Ph
35687. |
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Il s'occupe
des traités avec la compagnie du gaz de Perrache, des expropriations
pour la réalisation d'autres alignements que ceux dévolus
aux sociétés privées, constate que dans le
recensement de 1857, les Brotteaux croissent plus vite que la Guillotière
(sous-entendu, il faut créer un nouvel arrondissement), favorise
le projet de marché couvert de la place du Concert à
la rue Gentil (les anciennes halles de Lyon), substitue les pavés
d’" échantillon " aux galets roulés dits
" têtes de chat " ; on pourrait continuer longtemps...
Il faut lui associer
un de ses adjoints principaux Louis-Gabriel Delerue qui est chargé
de toute la rive gauche. Ingénieur des Ponts et chaussées,
il prépare et rédige tous les rapports préliminaires
de voirie de cette partie de la ville. À ce titre, il joue
un rôle dans tous les projets : parc de la Tête-d’Or,
ouverture des rues : cours des Brosses (Gambetta), avenue de Saxe,
rues du quartier de la Part-Dieu, boulevard de Ceinture (des Brotteaux,
des Belges). Mais, il demeurera impuissant ou presque dans son désir
d’améliorer le lotissement de Montchat car il est mis devant
le fait accompli par Richard Vitton.
Deux ingénieurs
du XXe siècle
Au XXe siècle
deux grands maires, Édouard Herriot et Louis Pradel, se partagent
plus de 70 années d'administration municipale et contribuent
très largement à l'urbanisme de la cité. Ils
sont aidés dans cette tâche par deux architectes-urbanistes
(même si ce mot ne fait son apparition qu’après 1950)
Tony Garnier et Charles Delfante. Deux autres personnalités
méritent également qu'on les mette en lumière
pour leur influence : Camille Chalumeau (fig. 6) et Raoul Rudeau.
Né en 1879, Camille Chalumeau est un ingénieur de
l’École centrale des Arts et Manufactures de Paris. Il est
nommé le 22 février 1910 directeur de la voirie municipale,
poste qu’occupait antérieurement son célèbre
prédécesseur Gustave Bonnet ; en 1924, il se
trouve directeur général des travaux publics et de
la voirie de Lyon et conserve ce poste jusqu'au 23 octobre 1940,
date à laquelle il est relevé de ses fonctions par
la délégation spéciale après 35 ans
d'activité.
On attribue
à Édouard Herriot la formule : " l'urbanisme,
nom pompeux donné à la voirie " en lui laissant
le bénéfice d'une interprétation au second
degré. Les faits semblent montrer qu'il faut au contraire
prendre l'aphorisme au premier degré. En effet, Tony Garnier
est architecte de la ville c'est-à-dire qu'il est chargé
de construire des monuments utilitaires : les Abattoirs (la
Grande Halle), le stade de Gerland, l'hôpital de Grange-Blanche,
la Vacherie du parc de la Tête-d'Or ; en tant qu'urbaniste
on lui permet seulement de construire le quartier des États-Unis
mais avec peu de crédits et dans un site caché peu
accessible de l'extérieur dans une zone encadrée d'usines :
le boulevard central butte jusque dans les années 1960 sur
deux murs d'usines dont celui de l'usine chimique Coignet.
Chalumeau quant
à lui, est chargé de la voirie nouvelle, de la structure
de la ville, et comme tel, il est l'auteur du plan d’embellissement
de 1935 (planche .27.2.) dont l'exemplaire conservé aux Archives
municipales est annoté de sa main. En tant qu'ingénieur
de la voirie, c'est un adepte des grandes percées, des boulevards
qu'il conçoit comme des rings à la germanique et comme
des panoramiques.
Ce goût
va jusqu'à l'absurde comme en témoignent le projet
de boulevard circulaire à mi-hauteur de Saint-Just, sous
le lycée dont la réalisation technique était
pour le moins hasardeuse et dont il nous restait jusqu'en 1995 un
pont sur rue des Farges, récemment détruit ou comme
les deux " corniches " prévues sur les versants
opposés du plateau de la Croix-Rousse (fig. 7).
Mais cette idée
des rings est à l'origine du boulevard Laurent Bonnevay,
baptisé du nom du politique, président du conseil
général du Rhône qui le fit réaliser
en dehors de la commune de Lyon (sauf sur 100 mètres !).
Sur Lyon il ne put qu'amorcer le demi anneau marqué dans
son centre par le boulevard Ambroise Paré mais il est à
l'origine de voiries nouvelles ou redressées extrêmement
nombreuses : Jean Mermoz, Jules Carteret, Garibaldi, Debourg
etc. Opiniâtrement, pendant plus de quarante ans, il s'efforça
de réaliser les alignements de voirie qui subsistèrent
dans les plans d'urbanisme jusqu'à la révision de
1992. Pour lui et beaucoup de ses confrères, comme le dénonçait
déjà Paul Saint-Olive en 1858, " le beau c'est
le plat et le droit ".
|
Fig.
6 Portrait de Camille Chalumeau âgé, Écho
Liberté, 12 mai 1968 (Lyon, Archives municipales, 3
C dossier de presse). Reprod. 5 Ph 35580.
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Raoul Rudeau
est l'ingénieur des Ponts et Chaussées, directeur
de la direction de l'Équipement du Rhône qui a eu la
plus grande influence durant l'ère pradélienne, si
nous mettons à part le rôle de René Waldmann,
que l'on peut considérer à juste titre comme le père
du métro (son supérieur Maurice Roques n'y étant
guère favorable au début...). Venant de Marseille,
où il s'était signalé par sa fermeté
contre les promoteurs peu scrupuleux et leurs alliés, il
va en fait réaliser techniquement et financièrement
les grandes infrastructures voulues par le maire : c'est-à-dire
le tunnel de Fourvière et le centre d'échange de Perrache
(architecte René Gagès), l'autoroute A7 sur le quai
de Perrache et les derniers grands ensembles de la périphérie.
Il termine sa carrière comme directeur général
des services techniques de la Ville de Paris mais c'est à
Lyon que son oeuvre a été la plus considérable.
Jusqu'à la réforme de 1983 (loi de décentralisation),
il faut bien se souvenir que l'État délivre les permis
de construire et détient la quasi-maîtrise des documents
d'urbanisme (il y aurait ainsi beaucoup à dire sur le rôle
de Jean Meyer, qui n'est pas un ingénieur mais oeuvre aussi
dans ce domaine). Tout autant que les politiques, les directeurs
départementaux de l'équipement ont un rôle décisif
dans tous les projets et les réalisations d'urbanisme à
Lyon comme ailleurs. Certains restent peu longtemps en poste ou
ont peu de personnalité mais Rudeau eut à la fois
la continuité et la force d'action, ce qui nous l'a fait
choisir comme exemple.
Conclusion
Ce bref essai
n'a pas eu la prétention d'être exhaustif ; bien
d'autres ingénieurs en poste dans les services de l’État
(l'ingénieur général Desbazeilles par exemple,
qui présida à la mise en place de l'ORganisation d’Étude
et d’AMénagement (Oréam) pour l’aire métropolitaine
Lyon - Grenoble - Saint-Étienne, ou à la ville, puis
à la Communauté urbaine ont eu une grande influence.
Il a eu simplement le but d'attirer l'attention sur les inspirateurs
ou exécuteurs des oeuvres que l'on attribue trop aux politiques
pour les mettre un peu plus en avant sur la scène de l'urbanisme,
théâtre dans lequel les acteurs ne sont pas forcément
visibles.
|
Fig.
7 C. Chalumeau, " Plan général de la commune
de Lyon et des améliorations projetées pour
son extension ", 29 juillet 1935 : détail
(Lyon, Archives municipales, 1541 Wp 7/1). Reprod. 5 Ph 35688.
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Jean
Pelletier
Professeur émérite à l’université Lumière-Lyon
2
Légendes
des illustrations
Fig.
1. " Carte générale des tracés d’un chemin
de fer de Lyon à Marseille [...] ", dressé par
Kermingant, vers 1835 (Lyon, Archives départementales du
Rhône, XII S 76). Détail du tracé de chemin
de fer à l’intérieur de la commune de la Guillotière.
Reprod. 5 Ph 35736.
Fig.
2. " Carte générale des tracés d’un chemin
de fer de Lyon à Marseille [...] ", dressée par
Kermingant, vers 1835 (Lyon, Archives départementales du
Rhône, XII S 76). Détail. Reprod. 5 Ph 35735.
Fig.
3. Extraits du rapport de l’ingénieur Tavernier au sénateur
Vaïsse, 18 août 1855 (Lyon, Archives départementales,
7 S 1). Reprod. 5 Ph 35760.
Fig.
4. Extrait du plan de Christophe Crépet (Lyon, Archives municipales,
2 S 14/a). Reprod. 5 Ph 35689. On voit bien sur le dessin le projet
du bois des Rivières près du fort de la Vitriolerie
et la gare du même nom (Crépet n’a pas prévu
les accès de cette gare).
Fig.
5. Lettre de Gustave Bonnet à Denis Bülher (Lyon, Archives
municipales, 332 Wp 1). Reprod. 5 Ph 35686 et 5 Ph 35687.
Fig.
6 Portrait de Camille Chalumeau âgé, Écho Liberté,
12 mai 1968 (Lyon, Archives municipales, 3 C dossier de presse).
Reprod. 5 Ph 35580.
Fig.
7 C. Chalumeau, " Plan général de la commune
de Lyon et des améliorations projetées pour son extension ",
29 juillet 1935 : détail (Lyon, Archives municipales,
1541 Wp 7/1). Reprod. 5 Ph 35688.
1-
Parmi les sources biographiques pour le XIXe siècle, l'ouvrage
de E. L. G. CHARVET, Notices biographiques, Lyon, Bernoux et Cumin
paru en 1899 ne traite que des architectes mais il donne la biographie
d'Auguste Jordan.
L'essentiel des sources se trouve dans le fonds de la série
S des Archives départementales consacré aux Ponts
et Chaussées. À la cote 1 S 1 correspondent quatre
liasses qui contiennent en principe les dossiers individuels des
ingénieurs classés par ordre alphabétique.
Mais ces dossiers sont très lacunaires ; on n'y trouve que
très rarement des fiches individuelles rédigées
pour les promotions. La majorité des pièces est constituée
de demandes de congé pour convenances personnelles (afin
de se rendre aux eaux surtout).
Les autres renseignements ont été recueillis dans
les dossiers des sous-séries consacrées aux ponts
(V S), aux quais et digues (VII S), aux chemins de fer (XX S)
2-Vraisemblablement
dans le cadre du service de la navigation (Lyon, Archives départementales
du Rhône, 1 S 1).
3- Christophe
CRÉPET, Notice historique et topographique sur la ville de
la Guillotière : Projet d'embellissement, Lyo, Marle aîné,
1845, (rééd. n.d.) ; aux archives municipales de Lyon
voir les plan cotés 2 S 14, 2 S 14/a, 2 S 14/b, 2 S 14/c.
4-
Lyon Archives municipales 332 Wp 1 à 332 Wp 11
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