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L’ensemble qui
est communément appelé le Plan au 1:500e
de la Ville est sans doute le document le plus consulté
parmi les représentations générales du tissu
urbain de Lyon.
Il est apprécié
pour la multitude de détails qu’il comporte, étant
donnée sa grande échelle, pour sa précision
et la possibilité de visualiser la succession des états
des lieux. Les particuliers ou les professionnels qui l’utilisent,
soit pour la description, la construction, la modification ou la
démolition du bâti ou de la voirie, ingénieurs
ou techniciens, même les géomètres, ignorent
sans doute que ce ne sont pas les agents voyers mais bien des géomètres
privés qui l’ont dressé en quelque cent dix ans.
Établissement
du plan
Un plan est
l'image réduite, en projection horizontale, de la portion
du territoire représenté. Sa précision détermine
sa valeur. La précision est l’écart entre la mesure
graphique sur le papier de la distance séparant deux points,
et la réalité du terrain. Elle est bonne si l’écart
n’excède pas les performances de l’oeil humain, qui est capable
de discerner le 1/10e de millimètre sur le plan,
représentant cinq centimètres réels à
l’échelle du 1:500e. Cette précision est
nécessaire pour calculer, par exemple, les emprises des voies
nouvelles sur le domaine privé à quelques mètres-carrés
près (dix centimètres d’écart sur la largeur
d’une façade donne cinq mètres carrés d’écart
sur la superficie, pour une longueur de parcelle de cinquante mètres).
Pour établir
un plan, il est indispensable de commencer par un canevas général
pour terminer par le relevé des détails. Les opérations
successives sont : la triangulation, la polygonation, le lever
des détails et le dessin.
Triangulation
Le principe
de la triangulation est la mesure sur le terrain des trois angles
d'un triangle formé par des éléments stables.
Il est aisé de compenser les angles observés, inévitablement
entachés de petites erreurs, pour obtenir une figure qui
se rapproche le plus possible de la perfection, leur somme étant
toujours égale à 180°. Pour mettre à l'échelle
cette figure, c'est-à-dire pour que les longueurs sur le
plan suivent rigoureusement, dans la même proportion, celles
prises sur place, il suffit de mesurer un seul côté
de la façon la plus précise possible. À l'aide
de formules mathématiques simples les deux autres cotés
sont calculés. Un autre triangle, contigu à celui
ainsi défini, sera lui même déterminé
grâce à l'observation angulaire des éléments
manquants. Depuis l'invention du théodolite, il est matériellement
beaucoup plus facile de mesurer des angles que des côtés
de grande longueur, opération toujours délicate, surtout
en terrain accidenté. La précision dépend en
grande partie de celle de l'appareil qui est utilisé. Bien
entendu, les compensations sont plus ardues quand il faut tenir
compte d'un grand nombre de triangles à calculer en bloc.
Les calculs sont effectués à la main, en utilisant
les logarithmes des nombres et des valeurs trigonométriques
(sinus, cosinus, tangente) pris dans une table. De grands triangles
qualifiés de premier ordre sont divisés en triangles
plus petits de deuxième et troisième ordre. Les points
ainsi définis en coordonnées, suivant un système
de deux axes perpendiculaires, serviront de stations principales
de polygonation. La station est un point matérialisé
au sol par un clou, un piquet ou autre repère, où
l'appareil est installé sur son trépied, pour mesurer
des angles.
Polygonation
La polygonation
allie la mesure de l'angle au sommet que font deux côtés
d'une ligne brisée, avec la mesure de la longueur de ces
côtés. Un calcul permet de positionner les stations
successives entre le point de départ et le point d'arrivée
de la ligne brisée. L'appareil utilisé est soit le
cercle d'alignement qui ne permet de mesurer que l'angle dans le
plan horizontal, soit le théodolite qui permet en plus la
mesure de l'angle vertical. Cet angle sera indispensable pour réduire
à l'horizontale la mesure de la longueur des côtés
prise suivant la pente du sol en terrain accidenté. Les longueurs
sont mesurées au ruban d'acier de dix ou vingt mètres
divisé en mètres et décimètres à
l'aide de perforations et de rivets. Le cheminement principal relie
deux points de triangulation. Deux cheminements principaux permettent
ensuite le calcul, après observation des éléments :
angles et longueurs, d'un cheminement secondaire reliant une station
de chacun d'eux. De proche en proche le territoire est recouvert
d'un réseau de cheminements qui suivent le maillage des rues.
Lever
des détails
Le lever d'un
point de détail, par exemple un arbre ou l'angle d'une maison,
est alors réalisé en abaissant à l'aide d'une
équerre d'arpenteur, la perpendiculaire issue de ce point
sur la ligne d'opération, en général parallèle
aux façades, qui a été elle-même relevée
par rapport aux stations du cheminement polygonal. Le dessin à
figurer sur le plan est représenté à main levée
sur le croquis. Sont notées les cotes de rattachement :
mesure de la perpendiculaire et celle de son point d'arrivée
sur la ligne d'opération. Ce croquis est exécuté
à l'encre de chine, d'abord sur une feuille de même
dimension que le dessin final (planche 24.2.), puis, sans doute
pour plus de commodité sur le terrain, il est réalisé
sur un carnet de poche.
Dessin
du plan
Il faut enfin
procéder au dessin ou report (ou rapport dans les textes
d'époque), à l'échelle du 1:500e
soit 0,002 mètre par mètre. On utilise pour cela une
feuille de papier entoilé au format grand aigle (1,00 x
0,60 m). Cette feuille est quadrillée avec un soin extrême
en carrés de 10 cm, à l'aide d'un compas à
verge et d'une règle graduée en métal pour
assurer l'orthogonalité des lignes horizontales et verticales.
Une feuille bien quadrillée sert, par piquage, à la
préparation des suivantes. Les lignes d'opération
qui ont été calculées (cheminements polygonaux),
sont mises en place grâce aux coordonnées de leurs
sommets, à l'aide du quadrillage. Celui-ci est repéré
par sa distance à la méridienne qui passe par le sommet
du dôme de l'Hôtel de Ville pour les horizontales et
par sa distance à la perpendiculaire à la méridienne
au même point pour les verticales. Les lignes d'opération
principales sont reportées et cotées à l'encre.
Les points de détail sont ensuite mis en place à l'aide
des mesures notées sur le carnet correspondant. Il reste
ensuite à joindre les points de détail entre eux s'il
s'agit par exemple d'une façade de maison et de dessiner
les autres détails : arbres, bancs, escaliers, etc.,
le tout à l'encre de chine en bâton, tournée
et délayée, à l'aide du tire-ligne et à
la plume Brandauer. La largeur des rues et des trottoirs est indiquée.
Certaines parties sont teintées au lavis : les constructions
en carmin, les fleuves en bleu. Les noms de rues, les numéros
de voirie des maisons et un numéro attribué à
chaque parcelle de la feuille, sont inscrits. La minute ainsi terminée
ne sera pas mise à jour. Elle est conservée en l'état
au service de la Voirie. Une copie sur calque cuir et une autre
sur papier fort seront les seules à bénéficier
des modifications au fur et à mesure des mises à jour.
Sur la copie papier, la mise à jour sera reportée
avec une encre de couleur différente à chaque fois,
en surcharge, sans que soient effacés les états précédents(1)(planche
22.3.).
Repérage
Une trame formée
de rectangles, de cinq cents mètres de longueur et trois
cents mètres de largeur, a été appliquée
au territoire de la ville. Elle est reprise des travaux de 1855-1857
de Claude Dignoscyo pour le plan en 61 feuilles des Brotteaux-Guillotière.
Si la numérotation des feuilles de ce lever était
locale, celle du plan général est continue. Les rectangles
sont au nombre de seize numérotés d'ouest en est pour
la première ligne. La numérotation se poursuit dans
le même sens pour les trente lignes suivantes du nord au sud.
Seules quelques unes, situées en bordure est et ouest ne
respectent pas cet ordre strict, les numéros ayant été
pris dans ceux non utilisés des feuilles situées en
dehors du périmètre de la Ville, sur la même
ligne horizontale. L'ensemble représente 480 numéros
matricules, dont seulement 342 feuilles ou parties de feuilles sont
utilisées en 1894 et 381 aujourd'hui. Les nouveaux agrandissements
de la ville ont nécessité l'emploi de numéros
bis, sauf pour La Duchère et Saint-Rambert où le principe
d'origine a été appliqué, mais du sud au nord,
en commençant par le n° 500.
Historique
Une
notice historique des plans de la Ville de Lyon conservée
dans les archives de la Voirie(2), nous
donne, en 1894, l'état d'avancement de la réalisation :
" La
nécessité impérieuse d'établir
ce plan de la totalité du territoire Lyonnais, tel
qu'il était constitué par les récentes
annexions à l'ancienne ville, des communes limitrophes
de la Guillotière, de la Croix-Rousse et de Vaise,
fut vite démontrée à Mr
l'ingénieur en chef Bonnet lorsqu'il fut appelé,
en 1854, à prendre possession du service municipal
de la Voirie ; ce n'est cependant qu'en 1861 que furent
commencées les opérations préliminaires
relatives à l'établissement de ce plan "(3).
L'organisation
du service topographique de la Voirie est inspirée par les
arrêtés pris, de 1856 à 1859, par le baron Haussmann
pour le Plan de Paris(4).
La justification
de l'opération est fournie par le mémoire à
l'appui du projet :
" On
a bien, il est vrai, plusieurs plans de la ville mais ces
plans manquent d'homogénéité par suite
du moyen même qui a servi à les composer. On
n'avait en effet pour faire ce travail que des plans partiels
à diverses échelles que l'on a dû réduire
ou augmenter selon les cas et que l'on a juxtaposés
de manière à faire coïncider le plus
exactement possible les parties qui devraient être
communes. Il manque évidemment là un ensemble
sans lequel rien de sérieux n'est possible, et cet
ensemble ne pourra être obtenu que par une triangulation,
c'est-à-dire en enlaçant tous les points principaux
dans un seul et unique réseau indéformable
dont toutes les mailles seront déterminées.
Chacun
des plans ou des levés partiels viendra dès
lors trouver naturellement sa place sur le plan général
par la coïncidence qu'on établira entre les
points principaux qu'il renfermera et ces mêmes points
pris dans le réseau dont nous venons de parler.
Deux
fois déjà pareil travail a été
fait et cependant les résultats sont insuffisants
pour les raisons que voici.
La
première triangulation dont je vous parle a été
exécutée en 1823 par les ordres du baron Rambaud,
maire de la ville de Lyon. Nous possédons encore
dans nos archives le canevas trigonométrique de cette
triangulation avec le registre qui l'accompagne, mais d'une
part ce travail est très circonscrit et n'embrasse
à proprement parler que les 1er et 2ème
arrondissements et une faible partie du 4ème,
de l'autre nous n'avons aucun registre ou carnet qui nous
indique précisément la position des centres
des stations. Comme d'ailleurs beaucoup de stations sont
établies sur des propriétés particulières
et qu'un assez grand nombre d'autres sont excentriques,
nous pourrions être entraînés à
des erreurs de plusieurs mètres sur des distances
relativement faibles si nous croyions devoir nous contenter
de ce travail, au moins dans la partie qu'il embrasse. Il
serait dans tous les cas indispensable de la compléter
et le complément serait dix-huit à vingt fois
plus grand que le travail primitif.
La
seconde triangulation dont nous avons également le
résultat a été faite par les soins
de Monsieur l'ingénieur en chef de la Voirie municipale
mais elle ne s'applique qu'au troisième arrondissement
et ne comprend que comme complément et sans beaucoup
d'exactitude quelques uns des points principaux des 1er
et 2ème arrondissements. [...]
Il
est donc indispensable de recourir à une opération
entièrement nouvelle sous peine de s'exposer en se
contentant de compléter des résultats aussi
peu précis que ceux qui sont entre nos mains, à
faire un travail dépourvu complètement d'ensemble
et plus difficile et par conséquent probablement
plus dispendieux qu'un travail nouveau "(5).
Triangulation
générale de la ville de Lyon par Fouque, 1861-1869
(fig. 1)
En 1860, un
avant projet de triangulation est confié par Gustave Joseph
Bonnet, ingénieur en chef, inspecteur général,
à Faucheux, ancien officier du Génie, ingénieur
adjoint.
Laurent Marie
Fouque est appelé à Lyon comme consultant. C’est un
ancien géomètre-triangulateur du service du Cadastre
du département de la Seine. En septembre 1859 il effectue
une dernière mission de vérification pour l’établissement
du plan de la ville de Valence. Il s’établit à Lyon,
68, rue de la Charité. Pendant deux ans, on lui confie l’opération
à titre d'agent temporaire du Service municipal, il travaille
en régie sous la surveillance de Faucheux et, à la
mort de ce dernier, sous celle de Grivet, ingénieur adjoint.
Le cahier des
clauses et conditions générales de cette entreprise
est dressé le 15 mai 1861. Il comprend soixante-cinq articles
très précis sur le déroulement des opérations
qui doivent durer trois années. La Ville fournit un théodolite
de triangulation et un étalon pour vérifier la chaîne
de l'entrepreneur nécessaire à la mesure de la base
prévue dans l'axe de la rue Sainte-Élisabeth (rue
Garibaldi). Les échafaudages nécessaires
sont à la charge de la Ville y compris la fourniture du bois(6).
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Fig.
1. Triangulation de L.M. Fouque : cartouche du canevas
trigonométrique reporté sur le plan de Lyon
en six feuilles au 1:5000e avec signature de Fouque
(Lyon, Archives municipales, 1541 Wp 241) Reprod. 5 Ph 35559.
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Le 2 juin 1862,
le préfet prend un arrêté pour en faciliter
l'exécution en permettant la pénétration dans
les propriétés privées et l’établissement
des signaux et repères.
En
fin d’année 1863, un état d'avancement des travaux
est adressé à l'ingénieur en chef par son adjoint(7).
Un calcul compliqué, assimilant la mesure de la base à
l'équivalent de six points et les sept points principaux
à trente points, conduit l'adjoint Grivet à proposer
trente-sept francs par point restant à exécuter. Le
prix de revient pour le travail effectué jusqu'alors en régie
est estimé à cinquante francs. Le rabais obtenu et
la plus grande rapidité d'exécution espérée,
tout milite en faveur d'une exécution à l'entreprise.
Un traité intervient avec L.M. Fouque qui
se met alors à son compte pour terminer la triangulation(8).
Quelques modifications sont apportées au cahier des charges
de 1861. C'est un marché à forfait pour dix mille
francs. Le délai est fixé au 1er mars 1866.
Une retenue de cent francs par mois de retard est prévue
(elle n'a certainement pas été appliquée).
Le 19 avril
1865, le conducteur Grisard fait le bilan. Soixante-dix points ont
été livrés. Avec les travaux en cours, il estime
à l'équivalent de cent points ce qui a été
exécuté en seize mois. Il en reste cent soixante-huit
qui nécessiteront vingt-sept mois de travail donc dix-sept
de plus que prévu.
" Si
l'on veut donner au lever des plans l'extension désirable
et en rapport avec les besoins du service [...] n'y
aurait-il pas lieu de prendre des mesures pour le prompt
achèvement de ce travail ? "(9)
1-
Témoignage de Georges Berthier, du 14 avril 1997, ancien
employé de J. Guillermain en 1927, géomètre-expert
à Lyon, installé en 1946, retraité.
2- " Notice historique
sur les plans de la ville de Lyon ", ms., s.d. [vers 1894],
44 et 157 ff. et tableau synoptique, rédigée par le
service municipal de la Voirie pour être présentée
à l'exposition internationale de Lyon, en 1894. Ce texte
a été repris et complété en 1921 sous
forme d'un dactylogramme (Lyon, Archives municipales, 938 Wp non
classé).
3-Ibid., p. 19.
4-Ibid., 925 Wp 249, dossier
15, " Plan général de la ville de Lyon : renseignements
sur le service des travaux topographiques de la ville de Paris ",
1856-1859.
5-Ibid., dossier 16, pièce
4, E. Faucheux, " Triangulation de la ville de Lyon : mémoire
à l'appui du projet ", 15 mai 1861.
6-Ibid., pièce 1,
E. Faucheux, " Triangulation de la ville de Lyon : cahier des
charges et conditions générales ", 15 mai 1861.
7-Ibid.,
pièce 10, lettre de Grivet à l'ingénieur en
chef, 28 novembre 1863, 4 p.
8- Ibid., pièce
8, Grivet, " Triangulation de la ville de Lyon : traité
intervenu avec Mr. Fouque ", 28 novembre 1863, 7 p.
9- Ibid., pièce
11, Grisard, " Triangulation de la ville de Lyon : rapport
sur l'avancement des travaux ", 19 avril 1865, 2p.
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