Préface

 

Faire découvrir à un large public l’édition du plan de Lyon de 1550, c’est permettre aux lyonnais de mieux connaître les racines de leur ville.

Ce plan et à plus d’un titre un document exceptionnel. D’abord parce qu’il est sans doute le plus ancien plan de Lyon. Ensuite parce qu’il est une pièce unique. Enfin parce qu’il a fait l’objet d’une restauration exemplaire.

Outre son intérêt historique indéniable, l’ouvrage présente également un intérêt artistique. On dispose ainsi non seulement d’une image de ce que Lyon était au XVIe siècle, mais on retrouve également à travers le tracé des rues et l’agencement des monuments, la façon d’être et de communiquer de nos aïeux.

Au moment où notre ville se lance dans de grands projets d’urbanisme : cité internationale, troisième tunnel, réflexion de l’Opéra, parc des auteurs, percé du boulevard de l’Europe, nouveaux aménagements de la Part-Dieu etc..., il est utile de connaître son passé. Le Lyon du XVIe siècle était déjà une ville prospère, lieu d’échange, de création, où la vie des quartiers était également intense. Ces enseignements sont indispensables pour mieux appréhender l’avenir.

C’est pourquoi, je tiens à saluer ici le travail exemplaire de Jeanne-Marie Dureau, ainsi que celui de Gérard Bruyère, Jacques Rossiaud et Jean Boutier sans qui cette réédition n’eut pas été possible. Ils nous permettent de nous transporter dans le passé à la manière d’une machine à remonter le temps et de découvrir un court instant, toute une époque.

Michel NOIR

Maire de Lyon

Septembre 1990

 

 

Lyon fait ouvrages divers,
Ouvrages premier Italiques
Prenans origine des vers,
Maintenant ouvrages Galliques.

En mille maisons au dedans,
Un grand million de dents noires,
Un million de noires dents
Travaille en foires & hors foires,

Sur estampe blanche mordans
D'une merveilleuse morsure,
Qui sans entrer avant dedans
Dure sans fin & sans mesure :

Et se fait connoitre par tout
Ou le Soleil se leve & couche,
Avec honneur sans fin ne bout,
Tant bien sa morsure elle touche.

Là les grans villes on y voit
Au vif pour un grand tems empraintes :
Là y revit (pour mort qu'il soit)
Le Poëte, & ses Muses saintes.

Sur buffets & tables reluit
L'or & l'argent : mais qui tout passe,
C'est le bon sens qui tout conduit,
C'est le bon heur, l'honneur, la grace.

Cette Justice & Consulat
Ornez de Chefs pleins de prudence,
Ainsi comme bon Potestat
Y ont la main par evidence.

Ce pont pressé & empesché,
Vous fait maintenant large voye :
Le passant n'y est point faché,
Et la Saone s'en va plus-coye.

Cette bride & restriction
De la superflue despense,
D'une estroite observation
Se maintient bien en sa defense.

Ces biens dissipez & perdus
S'appliquent en meilleurs usages :
Parquoy les gens en sont rendus
Et trop plus sobres, & plus sages.

Ce bien, plus grand bien que j'y voy,
C'est cette aumosne generale :
Qui est (ainsi que ie conçoy)
La grand' vertu à nulle egale.

Ce beau Croissant, tousjours croissant,
Par sa vertu & influence
Vous ira tousjours accroissant :
Tous biens aurez en affluence.

Ou est la ville ayant tel bruit
En Changes, Foires, Marchandises ?
Nulle mieux que Lyon ne bruit,
Soient les Anvers, ou les Venises.

Vos honneurs, Consuls, & Marchans,
Depuis le Gange à la Tamise
Heureusement s'en vont marchans,
Honneurs qui sont par tout de mise.

Faites donq que pour l'advenir,
Votre honneur, & votre trafique
Se puissent tousjours maintenir
Avec ce train honorifique :

Faites le courir tresavant
Par bon conseil, & grand' police :
Passer le Ponant & Levant,
Et que son parfait s'accomplisse.

Le Roy par son nouvel Édit
Des droits forains, & d'importance,
Ainsi l'entend, le veut, & dit,
Apres ouïr la remonstrance.

Je te salue, ô grand Lyon :
Je te salue, ô quasi isle :
Pren ma Muse en affection,
Muse qui ne t'est inutile.

 

Charles FONTAINE,
Ode de l'antiquité et excellence
de la ville de Lyon,
Lyon, 1557.

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