Seconde partie

La date du plan selon les recherches de J.J. Grisard (1891)

 

On doit à l'ingénieur topographe Jacques Jules Grisard (1837-1898) une suite de monographies sur les premières représentations de notre ville. Près d'un siècle après sa parution, la Notice sur les plans et vues de la ville de Lyon de la fin du XVe au commencement du XVIIIe siècle (Lyon, 1891) n'a pas été dépassée. C'est à peine si cet ouvrage a été amendé sur de simples points de bibliographie par les recherches de Marius Audin (Cf. Bibliographie iconographique du Lyonnais, 2, 2e partie, fascicule 1, Plans et vues générales, Lyon, 1910).

De fait, Grisard ajoute aux capacités du toprographe professionnel des qualités d'érudition peu communes. La notice sur le plan de Lyon au XVIe siècle, plus encore, peut-être, que les autres, présente tous les caractères d'un travail définitif (ch. IV, " le Grand plan scénographique (1545-1553) ", pp. 25-53).

L'apport essentiel de Grisard est d'avoir précisé, au moyen de la critique interne, les datations précédemment proposées. Rappelons-les brièvement.

Pour Ménestrier " cette carte représente la ville de Lyon comme elle estait sous les règnes de nos Rois François I et Henry II ". (Cf. Histoire civile ou consulaire de la ville de Lyon, Lyon, 1696, incipit de l'inscription dans le cartouche gauche de la réducation du plan de Lyon au XVIe siècle par N. Tardieu).

Moithey, vers 1780, ne fait que traduire la pensée de Ménestrier lorsqu'il inscrit au bas de sa réduction du plan, que celui-ci a été " publié du règne de Henri II ".

Claude Brouchoud, enfin, s'appuyant sur la chronologie de quelques constructions figurées dans le plan, y va de cette affirmation péremptoire : " 1548 et 1562, tels sont les deux points extrêmes qu'il n'est pas permis de franchir à moins de tomber dans une erreur évidente. C'est donc dans cette période de quatorze années que cette oeuvre qui a dû en coûter une dizaine, a été exécutée. " (Cf. "Le Plan scénographique de la ville de Lyon au XVIe siècle", Revue du Lyonnais, 4e série, t. 1er, 1876, p. [379]-[391]). Notons, au passage, que l'estimation concernant la durée d'exécution du plan est très exagérée.

Comme on le lira bientôt, Grisard est parvenu à établir la fourchette chronologique de 1545-1553 avec toute la fiabilité souhaitée. Aussi, nous a-t-il paru utile de donner cette étude dans sa quasi intégralité. Les passages retranchés se rapportent à des généralités que l'on retrouve dans la première partie de cette édition.

Il importe enfin de préciser que la datation établie par Grisard, correspond à la date de l'état représenté. On ne saurait donc la confondre avec la date de confection du plan. Grisard, en effet, n'entre pas dans le détail du processus d'exécution : levé ; mise au net des minutes ; mises à jour éventuelles ; gravure ; nouvelles mises à jour, non moins éventuelles, et retirage de certaines planches. Pour la date d'exécution, il paraît bien que le terminus ante quem le plus sûr dont nous disposions, soit la fin du règne de Henri II (1559) à qui les auteurs du plan ne cessent de rendre hommage en y faisant figurer, à plusieurs reprises, le croissant, lemblème royal bien connu.

____________________

Nous allons essayer de démontrer, au moyen de documents irréfutables, que ce plan a dû être exécuté dans la période comprise entre 1545 et 1553.

[...]

Constatant que dans le dessin de ce plan, on ne remarque rien d'imaginaire ou de supposé, après avoir, sur plusieurs points, avec les registres des Nommées ou d'impôts à la main, reconnu que le nombre des maisons est constamment identique et sur le plan et sur les documents administratifs, Brouchoud (1) nous fait connaître que l'emplacement sur lequel était établi le jeu de Paume près l'abbaye d'Ainay, fut acquis par la ville le 19 juillet 1548, par actes existants aux minutes de Me Gayant, notaire à Lyon, et qu'il était construit et richement décoré lorsque le roi Henri II le visita le 26 septembre 1548. Or, comme ce jeu de Paume est très nettement figuré sur le plan, il en déduit que ledit plan ne peut être antérieur à l'année 1548.

Remarquant ensuite que la montée du Chemin-Neuf, ouverte en 1562, par le baron des Adrets, pendant l'occupation de Lyon par les protestants, n'est point indiquée, il en conclut qu'il ne peut être postérieur à cette date.

1548 et 1562, tels sont les deux points extrêmes qu'il n'est pas permis de franchir à moins de tomber dans une erreur évidente ; et c'est dans cette période de quatorze années que le plan, qui a dû en coûter une dizaine pour son exécution, aurait été dressé d'après Brouchoud.

Le résultat de nos recherches nous permet de réfuter en partie l'opinion émise par Brouchoud, et en même temps, de limiter considérablement le champ des conjectures.

Notons en passant que, soit dans les actes consulaires de la ville, soit dans la comptabilité du receveur, nous n'avons trouvé trace d'un payement quelconque relatif à cette oeuvre. La seule mention que nous ayons relevée, est la somme de 7 livres, accordée en 1544, à un certain Loume ou Lhomme, pour avoir fait un dessin sur papier, représentant les murailles de la ville. Mais la faible somme payée ne permet pas de donner une importance quelconque à ce fait, et par suite de le rattacher à l'exécution du grand plan scénographique. Voici le libellé textuel de ce payement :

"Le mardy, dixhuictiesme jour de mars, l'an mil cinq cens quarante troys(2), en lesglise saincte Croix.

"Messires Mathieu Athiaud, docteur, Claude Regnaud, Claude Teste, Anthoine Bonyn, André Garbot, Jehan de Capella...

"... Passé mandement à Henri Loume, painctre, de sept livres a luy accordez pour avoir tire et painct en papier lassiete et murailles de la ville par ordonnance de monsieur le gouverneur." (BB.61.)

"A Henry Lhomme, painctre de ladicte ville de Lyon, la somme de sept livres tournois a luy tauxee et ordonnee par eschevins et gouverneur de la communauté de ladicte ville de Lyon, pour ses peines et vaccations d'un portrait et tyre en papier les murailles et assiette de ladicte ville, laquelle somme luy a este payee par cedict receveur, en vertu de ladicte ordonnance signée : Gravier, secretaire de ladicte ville, contenant quictance, signée dudict secretaire de ladicte ville, contenant quictance signee dudict Lhomme, signee Bonyais, et rendue, et pour ce cy ladicte somme de VII 1. tz." (CC. 956, fol. 52.)

Si l'on examine les feuilles 4 et 5, on remarque au-dessus de Pierre-Scize, entre Trion et Gorge-de-Loup, une nouvelle enceinte en construction : c'est le boulevard de la Pye ou citadelle. Des terrassiers piochent la terre que d'autres transportent à dos, dans des hottes, et le versent sur le rempart qui s'élève graduellement ; d'immenses échafaudages servent, soit de gabarits pour le dressage des talus, soit de matériaux de construction pour la défense.

Nous savons que cette fortification, ordonnée dès le mois de mars 1544 par Monsieur de Saint-André, gouverneur de la ville de Lyon, sur l'ordre du Roi, fut immédiatement commencée et les travaux poussés activement sous la direction de Monsieur de Saint-Remy, qui en fit le tracé ; que cet ouvrage était construit en terre, sans murailles, sauf pour les magasins, passages et batteries couverts, comme il convenait de le faire pour une fortification avancée et destinée à résister aux attaques de l'artillerie de cette époque.

Or, le dessin du plan correspond à peu près à l'état d'avancement des travaux en 1545, puisqu'au printemps 1547 la nouvelle enceinte présentant un front suffisant pour la défense de la ville, on cessa d'y travailler à cause de la pénurie des ressources de la cité, et les travaux interrompus ne furent repris que pendant l'occupation protestante en 1562.

La même observation s'applique à la fortification que l'on remarque derrière l'abbaye d'Ainay, entre le Rhône et la Saône, sur la feuille 6, dont le dessin remonte certainement à l'année 1545.

Sur la même feuille 6 figure, il est vrai, le jeu de Paume, dont la construction ne remonte qu'à l'année 1548. Mais ne se pourrait-il pas, comme cela se pratique de nos jours pour les plans de villes d'une certaine étendue, que cet édifice ait été ajouté sur ledit plan, lors d'une révision partielle exécutée à la fin du lever ; tandis qu'il est inadmissible que l'on ait indiqué pour les fortifications un état d'avancement des travaux antérieur à celui qui existait au moment où l'on a procédé au lever et au dessin du plan.

Nous avons donné, au chapitre II(3), quelques documents relatifs à l'établissement des nouvelles fortifications commencées en 1544, auxquels nous renvoyons le lecteur ; nous les complétons par les suivants, aussi extraits des archives municipales.

"Le vendredy, vingte cinquiesme jour de juillet, lan mil cinq cens quarante quatre, en lhostel commun, apres midy.

"Symon Court, Claude Teste, Luxembourg de Gabiano, André Garbot, Anthoine Vincent, Anthoine Bonyn, maistre Jehan de Capella.

"A este ordonne que mardy prochain, Philibert Troignard, commis a la conduicte des ouvraiges des rempars saint Just, et maistre Jaques Carlat, charpentier, iront à Izeron, au boys de monsieur larcevesque, pour veoir les boys qui seront necessaires et propres pour faire les canonyeres necessaires pour le boulevard d'Esnay, et autres boys qui seront necessaires pour les rempars, tant de sainct Vincent, que saint Sebastien, et de faire les marches ainsi qu'ils verront estre au prouffict de ladicte ville." (BB. 62)

"Le mardy, dixiesme septembre mil cinq cens quarante quatre, en lhostel commun.

"Claude Renaud, Claude Teste, Symon Court, Luxembourg de Gabiano, Anthoine Vincent, Jehan Rochefort, Anthoyne Bonyn, Claude de Monconys, conseillers...

"...Pour ce que pour assister es paiemens des rempars et fortiffications de ceste ville qui se font journellement en divers lieulx, comme a sainct Clerc, a sainct Sebastien et au dessus la montaigne dudict sainct Sebastien, es boulevars en sept ou huict astelliers, aussi a Esnay et a sainct Just, ou il y a journellement trois mil ouvriers charpentiers, massons et mannouvriers, pareillement es payemens des gros boys et menus servant es dictz rempars et bolevars, closture et fortiffications, et a faire les gasons servant au lieu de pierre, et le grand nombre de charretiers pour rendre lesdictz gasons, pierre grosse et menue, areyne et chaulx sur les lieulx respectivement, et a cause de la multitude convient payer en trois ou quatre lieulx, scavoir : cest en lhostel commun ceulx du quartier sainct Sebastien ; ceux de sainct Just audict lieu ou a lhospital (de Trion) ; ceulx d'Esnay oudict lieu ou ailleurs, le tout le dimanche, les lundy et mardy ensuyvant. A quoy une personne ou deux ne pourroient par tout assister en ung mesme instant. Ont ordonne suyvant ce que este faict depuys deux ou trois moys que lesdictz ouvraiges ont este pressez, que deux desdictz conseillers assisteront en ung lieu, et deux autres conseillers en autre lieu ou se feront lesdictz paiemens, et signeront les Roolles d'icelles despences qui seront rapportez au Consulat, pour estre esmologuez et rattifiez, et mande estre entrez au compte du recepveur de ladicte ville qui en comptera, et estre rabattu de la recepre."

"Le vingt cinquiesme novembre mil cinq cens quarante quatre, honnorables hommes : Anthoine Vincent et Claude Montconil...

"Passé mandement a Ennemond Girard de la somme de trente neuf livres tournois, pour avoir servy aux rempars, boullevars et fortiffications faictz et commencez vers Esnay. A quoy il auroyt vacque soixante jours durant les mois d'aoust et septembre dernier passez mil cinq cens quarante quatre, qui est a raison de treze sols tournois par jour a luy accordez. Aussi auroyt vacque a fait besongner aux fondations des deux boullevardz commencés pres ledict Esnay, sur le Rosne.

"A luy autre mandement de vingt quatre livres, huict solz, pour avoir vacque ausdictz boullevars et rempars et faict besongner les ouvriers et manouvriers durant trente six jours, commencez le premier jour doctobre dernier et finissant le douzeiesme de ce mois de novembre, qui est a raison dessus dite de treze sols par jour." (BB. 63.)

En 1553 les Minimes s'établirent à Lyon, dans la propriété de Laurent de Corval, située au-devant de la Croix de Colle, joignant le chemin public tendant de Saint-Just à Fourvière et à Saint-Paul de matin. Les fondations du cloître furent commencées en 1554, ainsi que celles de l'église, dont la première pierre fut solennellement posée le 25 mars 1555, par M. de Vichy, doyen des chanoines-comtes de Lyon, et par l'archidiacre(4). Or, sur les feuilles 2 et 5 du grand plan scénographique, on ne remarque aucune indication se rapportant à cette fondation ; d'où l'on peut en conclure que ces feuilles ont été exécutées avant l'établissement des Pères Minimes.

La tour carrée qui défendait le milieu du pont de la Guillotière est représentée sur la feuille II avec un toiture régulière à quatre pans, sans créneaux, tandis que la vue de du Cerceau nous la montre couronnée de hours en charpente. Une délibération consulaire du 8 novembre 1551, nous apprend que la réfection de la toiture de cette tour fut ordonnée à cette époque en raison de son état de vétusté, et les comptes du receveur de la ville nous font connaître que ces réparations et modifications furent exécutées vers la fin de 1552 et au commencement de 1553. Cette partie du plan daterait donc seulement du commencement de l'année 1553.

Voici la copie textuelle des documents cités plus haut :

"Le dymenche, huictiesme jour de novembre, lan mil cinq cens cinquante ung, au bureau de l'hostel-dieu du pont du rosne, après-midi.

"Lesdicts sieurs conseillers au party du bureau dudict hostel-dieu se sont transportez sur le pont du rosne de ladicte ville, pour veoir et visiter la tour estant sur le mylieu dudict pont et le pont de boys estant joignant au pont de pierre dudict rosne, pour veoir les ruynes et esmynent peril qui y sont pour les promptement faire reparer. Et apres que par maistre olivier rolane, maistre masson, et estienne genyn, maistre charpentier de ladicte ville, ont faict veoir et visiter ladicte tour de fond en cyme : A este ordonner faire recouvrir ladicte tour de thuylles et mortier et retenir quelques pieces de boys du couvert, et faire refaire à neuf les deux flesches soubztenans les cheynes pour lever le pont levis de ladicte tour." (BB. 72, fol. 151.)

"Compte cinquiesme de Francoys Coulaud, receveur des deniers communs de la ville de Lyon, de lannee commencant le premier jour doctobre mil cinq cens cinquante deux, finissant le dernier septembre ensuyvant mil cinq cens cinquante troys, contenant ledict compte, recepte des deniers leves par permission du Roy et de la despence comme ils ont este employes.

"A maistre Estienne Chemyn et autres denommez en ung roolle signe, certiffie et arreste le dimanche, XIXe jour de febvrier M Vc LII(5), contenant les fraiz et ouvraiges faictz la sepmaine precedente a faire le pont levys dudict pont du rosne. A este paie, comme appert par ledict roolle cy rendu, la somme de....... XXIII 1.Xs.tz.

"A maistre Estienne Genyn et autres denommez en ung roolle et acquict signe, certifie et arreste le dimanche, XXVIe febvrier M Vc LII(5), contenant les fraiz et ouvraiges faictz et matieres employees la sepmaine precedente à ce que dessus.

A este paye, comme par ledict roolle cy rendu, la somme de..... XXIX 1.XVs.V d.tz.

"Audict Genyn et autres denommez en ung roolle et acquict signe, certiffie et arreste le dimanche, Vc mars M Vc LII(5), contenant les fraictz et ouvraiges faictz et matieres employees la sepmaine precedente a ce que dessus.

A este paie, comme appert par ledict roolle cy rendu, la somme de........ XXIX 1. tz.

"A Jehan Mondo et autres denommez en ung roolle et acquict signe, certiffie et arreste le dimanche, XIIIIe may, contenant les fraiz et ouvraiges faicz et matieres employees la sepmaine precedente a recouvrir tout a neuf la tour estant au milieu du pont du Rosne, lequel carnel(6) estoit pourry et gaste et tumboit en ruyne. A este paye, comme appert par ledict roolle cy rendu, la somme de. XXI 1. VIIs.tz.

"A maistre Estienne Genyn et autres denommez en ung roolle et acquict signe, certifie et arreste le VIIe juing M Vc LIII, contenant les fraictz et ouvraiges faictz et matieres employees la sepmaine precedente a ce que dessus. A este paie, comme appert par ledict roolle cy rendu, la somme de........ IIII xx XIII 1. XVIs. VI d.tz.

"A Augustin Ferembert, marchant allemant, et autres denommez en ung roolle et acquiet signe, certiffie et arreste le dimanche, IIIe juing, contenant les fraiz et ouvraiges faictz et matieres y employees la sepmaine precedente a faire les flesches du pont levys dudict pont du rosne, et pour avoir faict provision de quatre sommiers de boys de chesne pour le pont de boys dudict rosne. A este paie, comme appert par ledict roolle cy rendu, la somme de........ LII 1, XIIIs. VIII d.tz."(CC. 1000.)

Les feuilles 13 et 18 fournissent de précieux renseignements qui permettent de limiter assez exactement la période d'exécution du grand plan scénographique.

Le 23 septembre 1539, le Consulat ayant obtenu du Roi la permission de démolir la tour de l'ancienne porte de la Lanterne qui menaçait ruine, fit procéder immédiatement à cette opération, et les matériaux que l'on en retira furent utilisés pour la construction des murailles de la nouvelle boucherie, que l'on édifiait alors sur l'emplacement des vieux fossés entre les deux portes de la Lanterne et Chenevier. Or, sur le plan, la nouvelle boucherie, qui ne fut terminée qu'en 1542, est indiquée en plein exercice, et une voie publique est ouverte sur l'emplacement de la porte de la Lanterne, qui est démolie et qu'il ne faut pas confondre avec le bâtiment à tour carrée, surmontée d'une croix, lequel lui était contigu et servait de grenier pour la conservation du blé nécessaire à l'approvisionnement de la ville.

Les pièces justificatives de la comptabilité de Jacques Coulaud, receveur de la ville, nous fournissent à ce sujet les indications suivantes :

"Le lundy, vintiesme jour doctobre, lan mil cinq cens trente neuf et autres jours ensuyvant de ladicte semayne, pour continuer leuvre a tirer et piocher les terres et icelles charrier pour remplir les fosses entre les deux portes de Lanterne et Chenevier, pour le ediffiement de la boucherye qui se faict a present entre lesdictes deux portes, que pour autres affaires dicelles, dont pour ce a este faict la despence qui sensuyt :

"A Germain Bret, charretier, pour XXIIII journees de charrete ou tombereau a ung cheval, au feur de quinze solz pour chascun tombereau et jour quil a servy ladicte sepmaine pour charroyer les terres, pierres et regrez de la grand tour du portal de ladicte porte de la Lanterne, que lon faict abbatre de present pour [se] servyr de la pierre dicelle a faire les murs de ladicte boucherie. Pour ce pour lesdictes vingt quatre journees, audict feur de XV solz par jour, la somme de XVIII 1.tz. pour ce, cy... XVIII 1.tz.

"Le lundy, XXVIIe jour doctobre, lan M Vc trente neuf et autres jours ensuivant de ladicte sepmaine, pour continuer leuvre a tirer et piocher les terres et pour ycelles charrier pour remplir lesdicts fosses entre les deux portes de Lanterne et Chenevier, pour le ediffiement de la bocherye qui se faict a present entre lesdictes deux portes et ousdicts fosses, que pour autres affaires dicelles, dont et pour ce a este faict la despance qui sensuit :

"A Germain Bret, charretier, pour XVIII journees de charrette ou tombereau a ung cheval, pour chascune charrette a ufeur de XV solz pourjour chascun tombere au quil a servy ladicte sepmaine pour charrier les terres, pierre et regretz de la grant tour du portal de ladicte Lanterne que lon faict abatre de present, pour se servir de la pierre dicelle a faire les murs de ladicte bocherye. Pour ce et pour lesdictes XVIII journees au feur de XV solz pour jour, la somme treize livres dix solz. Cy..... XIII 1. Xs.

"Le lundy, XVIe jour de febvrier, lan M Vc trente neuf(7) et autres jours ensuyvant de ladicte sepmaine, pour continuer de remplir de terre les fossez entre lesdictes deux portes de Lanterne et Chenevyer ou a present se faict la bocherye, que pour achapt de chaux et sable, que aussi pour desmolir et abatre les deux tours rondes entre lesdictes deux portes et autres affaires quant au faict de ladicte bocherye, dont pour ce a este faict la despence cy apres, etc."

(CC. 930.)

La porte Chenevier figure sur le plan, n'ayant été démolie qu'en 1555, ainsi que l'indique la délibération consulaire suivante :

"Le jeundi, dixiesme jour de janvier mil cinq cens cinquante quatre, en lhostel commun, apres mydy(8).

"Claude Laurencin, seigneur de Riverie, Symon Court, Luxembourg de Gabyano, Humbert de Maso, Jehan Prunier, Jehan Paffy dict Bellor, Anthoine Bonyn, Claude de Montconis, Anthoine Vincent, Jehan Henry, Cezar Gros, Francoys Rezinan, nouveaulx conseillers esleuz par le scindicat.

"A este ordonne faire abatre et desmolir la tour de la porte Chenevyer, suyvant ce qua este par plusieurs foys requis par les prochains voysins dicelle porte, actendu quelle est grandement prejudiciable et quelle ne sert plus a ladicte ville suyvant la visitation quy en a este faicte par monsieur, messire Hugues du Puy, lieutenant particullier en la seneschaulsee de Lyon, en presence de monsieur, messire Pierre Bullioud, procureur general en ladicte seneschaulsee, qui ont este tous dadviz icelle tour et porte abatre et desmolir pour obvier a lemynent peril et ruyne dicelle, comme ont rapporte messieurs Olivier Roland, Pierre Bochet, maistres massons, Estienne Genyn et Loys Pictry, maistres charpen tiers de ladicte ville. Et a este donne charge a messire Jehan de la Bessee, procureur general de ladicte ville, de faire ordonner par monseigneur le seneschal de Lyon ou son lieutenant ladicte demolition.

"Et suyvant lordonnance dudict seigneur seneschal, lesdicts sieurs conseil lers ont vaille charge audict Cezar Gros, present, dicelle tour et porte faire abatre et desmolir a ses despens, perils et fortunes, a la charge touteffois que tout le marrain, tant pierres, boys, que aultres luy demeureront et appartiendront pour en faire et disposer a son plaisir et volonté. Et dont il sera tenu faire vuyder la place dedans deux moys apres icelle demolition, car ainsi a este convenu et accorde entre lesdicts sieurs conseillers et ledict Gros, lesquelz et chacun deulx, comme luy touche, ont promis et promectent faire et accomplir tout ce que dessus. Presents : Claude Archimbaud et Laurent Rave, mandeurs du Consulat de ladicte ville, tesmoingtz." (BB. 76.)

Quant aux fausses portes de Saint-Marcel, du Griffon et de Saint-Vincent, comme ces constructions n'ont été démolies qu'en 1559, c'est-à-dire plusieurs années après l'achèvement du grand plan scénographique, leur indication ne peut servir à la détermination de sa période d'exécution. Il en est de même des emplacements et jardins clos de murs, que l'on remarque au-devant des églises des Jacobins et des Cordeliers, qui furent convertis en place publique dans le courant de l'année 1557, en même temps que monsieur le chevalier de Grignan, lieutenant général pour le Roi au gouvernement de la ville de Lyon, faisait ouvrir le long du fleuve un chemin de ronde depuis le pont du Rhône jusqu'au boulevard Saint-Clair.

Mais nous retiendrons le prolongement au travers des fossés de la Lanterne, de la rue tendant de la porte Saint-Marcel à l'église Saint-Pierre, amélioration qui, décidée en 1554 et exécutée en 1555, ne figure pas sur le plan. Voici les documents relatifs à l'ouverture de cette voie publique :

"Le mardy, seiziesme jour du moys doctobre mil cinq cens cinquante quatre, en lhostel commun, apres mydy.

"Claude Laurencin, seigneur de Riverie, Symon Court, Anthoine Bonyn, Claude Montconis, Jehan Henry, Cezar Gros, Francoys Rezinent, Anthoine Vincent.

"Pour la comodite des habitans de ladicte ville et des estrangiers qui viennent en icelle du couste de la porte de Saint Sebastien. Actendu que les murailles de ladicte ville sont parfaictes et la ville close dudict couste Saint Sebastien. A este ordonne faire rompre et ouvrir la muraille de ladicte ville estant sur les fossez de la porte de la Lanterne, au droict et de la largeur de la rue tendant de leglise Sainct Pierre les Nonains a ladicte muraille, tellement que dicelle rue lont puisse traverser lesdicts fossez de la Lanterne pour aller droict a la porte Sainct Marcel, qui sera une reparation et decoration de ladicte ville et grande commodite aux marchants et aultres estrangiers quiviennent en ladicte ville dudict couste. Et pour faire rompre icelle muraille et la bailler a prisfaict, au moins disant, sont commis lesdicts Claude Montconis, Cezar Gros, le voyeur et contreroolleur de ladicte ville, ausquelz a este donne charge faire mectre a execution ladicte commission." (BB. 76.)

"Compte septiesme de François Coulaud, receveur des deniers communs de la ville de Lyon, de lannee commencant le premier jour doctobre M Vc cinquante quatre, finissant le dernier septembre ensuyvant M Vc cinquante cinq, contenant les comptes, recepte des deniers leves par permission du Roy et de la despence comme ils ont este employez.

"Aultre despence pour avoir faict combler le fosse de la Lanterne le droict de la rue Sainct Pierre, pour faire ung passaige public, chose tres necessaire pour la decoration et commodite de ladicte ville.

"A Georges Tardif et aultres denommez en ung roolle et acquiet signe et arreste le samedi, XIIIe aoust M Vc LV, contenant les frais et ouvraiges faictz et matieres employez la sepmaine precedente a ce que dessus, a este paie LXV 1. XVs. tz., comme appert par ledict roolle cy rendu, cy LXV 1. XVs. tz., etc." (CC. 1018.)

En 1552 et 1553, on perça la muraille de la tour des Serpents, qui formait du côté du Rhône la tête de l'enceinte de la Lanterne, et l'on construisit à sa base un chemin de halage pour faciliter la remonte des bateaux et en même temps l'accès des nombreux moulins établis du côté de Saint-Clair. Or, ce chemin ne figurant pas sur le grand plan scénographique, il est à présumer que, pour cette partie, l'exécution du plan a précédé celle des réparations faites à la tour des Serpents et consignées dans les pièces suivantes :

"Le lundy, vingtcinquiesme jour de janvier, lan mil cinq cens cinquante ung (9), en lhostel commun, apres midy.

"Jaques Fenoil, Hugues de la Porte, Francoys Salla, Humbert Faure, Pierre Seve, Gonyn de Bourg, Simphorien Buatier, Claude Benoist, Claude Legourt, Guillaume Francoys.

"Lesdicts Fenoil et Salla, et Jacques Gimbre, voyeur de ladicte ville, ont rapporte suyvant lordonnance du Consulat. Ilz se sont transportez dans la tour des Serpents estant sur la riviere du Rosne, laquelle ilz ont veue et visitee avec maistre Olivier Roland, maistre masson, et Estienne Genyn, maistre charpentier, et ont trouve quelle est ruynee pour l'antiquite dicelle parce que le couvert dicelle est tumbe, et pour le prouffict et commodite, tant des baptelliers qui ameynent marchandise dans ladicte ville par bapteaulx sur ladicte riviere du Rosne, que des habitans de ladicte ville qui font mouldre leurs bledz aux molins sur ledict Rosne, seroit tres requis et necessaire faire perser ladicte tour des Serpents pour passer aux travers dicelle et aller droict le long des murailles qui sont sur ledict Rosne jusques au boulevard Sainct Clair, ou sont la plupart des molins qui sont sur ledict Rosne. Sur quoy avons amplement delibere entre lesdicts sieurs conseillers. A este ordonne audict Jacques Gimbre, present, faire perser ladicte tour et louvrir pour passer au traversdicelle, tirant droict le long des murailles du Rosne jusque audict boulevard Sainct Claire, et ce, tant pour la commodite des voyturiers et bapteaux navigans sur ladicte riviere du Rosne, que des musnyers qui portent et rapportent le bled des habitans de ladicte ville aux molins sur ladicte riviere, estans prestz ledict boulevard Sainct Clair." (BB. 72.)

"Compte quatriesme de Francoys Coulaud, receveur des deniers communs de la ville de Lyon de lannee commencant le premier jour doctobre M Vc cinquante ung, finissant le dernier septembre ensuivant mil cinq cens cinquante deux, contenant ledict compte recepte des deniers leves par permission du Roy, et de la despence comme il ont este employez.

"Aultre despence et fraictz pour rompre et perser la muraille de la tourt des Serpens et desmolir le couvert, lequel tomboit a terre, chose tres necessaire pour la commodite de ladicte ville, mesmes ladicte ouverture pour la secourte des basteaux arrivant par la riviere du Rosne, devant limpetuosite, laquelle passe le long de ladicte tour. Et pour ce faire, a este paye, tant en journees de massons et maneuvres, et achaps de mathieres et estoffes necessaires.

"A Benoist Simon, masson, et aultres desnommez en ung roolle dacquict signe, certiffye et arreste le dimanche, XVe may M Vc LII, contenant les fraictz et ouvrages faictz la sepmaine precedente, a ce que dessus a este paye la somme de XII 1. I s. III d., appert par ledict roolle cy rendu, auquel ladicte desdpence est escripte par le menu. Cy XII 1. I s. III d.

"A maistre Benoist Simon et aultres denommez en ung roolle et acquict signe, certiffie et areste le dimanche, XXIIIe may ensuivant, contenant les fraictz et ouvrages faictz la sepmaine precedente, a ce que dessus a este paye la somme de XXIII 1. XII s., appert par ledict roolle cy remis, auquel ladicte despence est escripte par le menu. Cy XXIII 1. XII s. (CC. 1000.)

"Compte cinqiesme de Francoys Coulaud, receveur des deniers communs de la ville de Lyon, de lannee commencant le premier jour doctobre mil cin cens cinquante deux, finissant le dernier septembre ensuyvant mil cinq cens cinquante troys, contenant ledict compte recepte des deniers leves par permission du Roy, et de la despence comme ilz ont este employes.

"Autre despence et fraiz faictz pour parachever de rompre et perser la tour des Serpens et desmollir le couvert, lequel tomboit a terre, et parachever le chemin encommance par devans ladicte tour pour aller tout le long du Rosne, chose tres necessaire pour la tuition (10) de ladicte ville, conservacion des bateaulx et molins a bled estans sur ladicte riviere du Rosne. Et pour ce faire, a este faicte la despence cy apres, tant en journees de pierreurs, macons, mannouvriers, que matieres et estoffes necessaires.

"A Jehan Bellier, pierreur, et autres denommez en ung roolle et acquict signe et certiffie le dimanche, IIIIe jour de decembre M Vc LII, contenant les fraicz et ouvraiges faictz et matieres employees la sepmaine precedente a ce que dessus, a este paie, comme appert par ledict roolle cy rendu, la somme de..... XIIII 1. XVI s. VI d. tz.

"A Bastien Cortenal, macon, et autes denommez en ung roolle et acquict signe, certifie et arreste le dimanche, XVIIIe decembre mil Vc LII, contenant les fraiz et ouvraiges faictz et matieres employees la sepmaine precedente a ce que dessus, a este paie, comme appert par ledict roolle cy rendu, la somme de..... IIII xx. XI 1. XVII s. VI d. tz.

"Audict Courtenal (sic) et autres denommez en ung roolle et acquict signe, certiffie et arreste le sabmedy, XXIIIIe decembre mil Vc LII, les fraiz et ouvraiges faictz et matieres employees la sepmaine precedente a ce que dessus, a este paie, comme appert par ledict roolle cy rendu, la somme de........ VII 1.XII s. tz." (CC. 1004.)

L'année suivante, on répara la muraille en dessous des fossés de la Lanterne et l'on ferma une grande brèche, qui se voit sur le plan et par laquelle on communiquait avec les moulins établis sur le Rhône. La mention suivante en est faite au cinquième compte du receveur de la ville pour la comptabilité de 1552-1553 :

"Autre despence et fraiz pour avoir faict faire une porte et ferme de muraille une grande ouverture du long du Rosne au long des fossez Lenterne, chose tres necessaire pour la deffence et fortification de ladicte ville.

"A Francoys Labbe et autres denommez en ung roolle et acquict signe, certiffie et arreste le dimanche, XVe octobre M Vc LIII, contenant les fraiz et ouvraiges faictz et matieres employees la sepmaine precedente, a este pour ce, comme appert par ledict roolle cy rendu, la somme de XXXI 1. XIX s.VI d. tz.

"A maistre Benoist Caron, macon, et autres denommez en ung roolle et acquict signe, certiffie et arreste le dimanche, XXIIe octobre M Vc LII, contenant les fraicz et ouvraiges faictz et matieres employees la sepmaine precedente a ce que dessus, a este paye, comme appert par ledict roolle cy rendu, la somme de..... XXV 1. XVIII s. tz." (CC. 1004.)

Enfin la rue Désirée va aussi nous fournir une date certaine. Sur le grand plan scénographique on remarque qu'elle n'est ouverte que sur la moitié environ de son parcours actuel à partir de la rue Romarin, et qu'il reste deux propriétés à traverser pour aboutir à la montée du Griffon. Cette voie fut ouverte vers 1511, par Etienne Gautheret, marchand de Lyon, pour faciliter le lotissement du tènement de Clerbourg qu'il avait acquis de François du Pré et reconnu en 1506, et que Jean de Clerbourg, grand maître général des monnaies du royaume de France, avait formé vers 1457, en réunissant en une seule propriété quatorze parcelles distinctes et séparées au terrier Saint-Georges de 1353.

Le Parangon des terriers de la rente noble de l'abbaye de Saint-Pierre de Lyon, exécuté de 1778 à 1782 par les ordres de Mme de Monteynard, abbesse du monastère, mentionne les reconnaissances des ventes faites par Etienne Gautheret, et, plus tard, par son fils Pierre Gautheret, sommellier du Roi, ce qui permet de suivre facilement le morcellement de cette propriété. On y trouve aussi des indications précises sur les anciens possesseurs de ce territoire. Nous reproduisons les suivantes :

Parangon de Saint-Pierre, tome III, chapitre 26, Apud Sanctam Catherinam in clauso Sancti Petri, page 685.

"Terrier Beraud, du 27 mars 1457. - Honorabilis vir Johannes Clerbourg, alter generalis magister monetarum regni Francie, fol. 46, verso. Art. Ier. - Videlicet domos, vineas, curtilia et muros contiguas simulque unitas, que quondam fuerunt Hohannis de Condeyssiaco, quondam notarii, et inde Petroquini Chocard, ac per ipsos de Condeyssiaco, quondam notarii, et Chocard temporibus eorum vitae a Johanne de Chaponay, Petro de Nevor, alias Mandiout, et pluribus aliis diversis personnis et tenementariis acquisitas in unumque tenementum reductas, et sunt sita in clauso Sancti Petri Lugduni, juxta carreriam dicti clausi ex parte venti, et juxta rutam dictam du Griffoz, tendentem ab hospitali Beate Catherine ad portam dictam du Griffoz, ex parte borea, et juxta vineam Johannis Fabri, grefferii, dictam de Terrailles, qui fuit Bartholomei de Varey, et vineam Rollini Garini et curtile Huguete de Durchia, uxoris Aynardi de Villanova, ex parte orientis, quoedam tamen parva ruta e contra seu ante dictam curtile et vineam dicti Rolini intermedia, et juxta quondam parvam domum Johannis Ruphi, corderii domumque Petri Beynier, textoris parrochie burgi in Insule Barbare, et quondam parvam rutan tendemtem a dicta carreria clausi ad dictam rutam du Griffoz ex parte occidentis.

"Servis : argent fort, 6 sols, 10 deniers obole forts. Gelines, 3."

Voici la reconnaissance de l'une des premières ventes faites par Etienne Gautheret, qui se rapporte à une parcelle de terrain sur laquelle est bâtie la maison qui porte le n 9 sur la rue Désirée et le n 19 sur la rue Puits-Gaillot.

"Terrier Offrey, 5e volume, du 17 mars 1511. -Petrus Perrin, panneterius, habitator Lugduni, fol. 6, art. seul.- Videlicet duas pedas vinea, que fuit de tenemento, sive de membris, domorum et vinea de responsione Petroquini Chocardi, deinde fuerunt de responsione Johannis de Prato, postmodum fuerunt Francisci de Prato, consequenter fuerunt de responsione Sthephani Gautheret, mercatoris Lugduni, in clauso Sancti Petri, fossolia hujusmodi civitatis Lugduni itinerere intermedio ex vento.

"Servis : argent fort, 8 deniers. Geline 2/10."

Les reconnaissances des premières ventes ne relatent point l'ouverture de la rue Désirée, mais celles consenties en 1536 la mentionnent constamment en ces termes :

8 octobre 1536. "Guigo Bonier, affanator, domum cum orto de retro, qui fuit de membris vineam et curtilium Stephani Gauthereti, sitam in territorio de Terrailles, juxta carreriam tendentem a portali du Griffol ad dictum territorium de Terrailles, sive ad tenementum Claudii Fourrier ex borea, juxta carreriam des Gauthereti de novo opertam ex vento."

14 octobre 1536. "Guillemus Amblard, chapuiserius, domum et jardinum que fuit tenemento dicti Gautheret, juxta rutam tendentem a portale du Griffon a dicto Terraille, ex borea, et juxta aliam rutam de novo opertam appellatam domini Gautheret, ex vento."

14 octobre 1536. "Claudius Rollier, lathonius, domum..... et juxta ipsam rutam de novo opertam, ex vento."

16 octobre 1536. "Claudius Beccat, coturerius, ortum que fuit de tenemento et membris vinea Stephani Gautheret, inde Petri Gautheret, sitam in clauso Sancti Petri, in territorio de Terrailles, juxta carreriam ibidem de novo apertam, vocatur des Gautherets, ex borea."

17 octobre 1536. "Johannes Symon, domum.... rutam de novo opertam, appellatam des Gautherets, ex vento."

18 octobre 1536. "Franciscus Bailly, affanator, ortum que fuit de tenemento dicti Gauthereti, justa carreriam de novo apertam, vocatam des Gautherets, ex vento."

En 1552, les propriétaires des maisons qui bordaient la partie ouverte de la rue Gautheret, ou des Gautheret, adressèrent plusieurs requêtes aux échevins de la ville, dans le but de faire prolonger cette nouvelle voie publique jusqu'à la rue de Terraille (aujourd'hui montée du Griffon). Le Consulat prit en considération leur réclamation et ordonna les mesures nécessaires pour y faire droit, dans les deux délibérations suivantes :

"Le mardy, cinquiescme jour davril mil cinq cens cinquante ung, avant Pasques(11), en l'hostel commung, apres midy.

"Jacques Fenoil, Francoys Salla, maistre Nycolas Dupre, Symphorien Buatier, Claude Boytier, Claude Benoist, Claude Platet, Claude Legourt.

..."Apres que lesdits sieurs conseillers se sont transportez en la rue nouvellement faicte et ediffie en Terrailles, ou il ne reste que a faire ouvrir deux jardins, lung appartenant a la vefve feu Jehan Glatod, dict de Chasselay, et laultre à la vefve feu Jehan Gaspard et a Michel Palmentier, actendu que sest une grande decoration et embellissement de ladicte ville. A este ordonne inster et poursuyr envers Messieurs de la justice, tant du Roy que de Monseigneur larcevesque, avec les aultres voysins de ladicte rue, a ce que icelle rue soit ouverte pour le bien et prouffict et utillite de la chose publicque, et est enjoinct a maistre Jean de la Bessee, procureur general de ladicte ville, se joindre avec lesdicts voysins et aultres proprietaires des maisons de ladicte rue pour poursuyvre lesdicts vefve de Jehan Glatod, dict Chasselay, vefve Jehan Gaspard et messire Palmentier et aultres ayans jardin en ladicte rue de couste de matin, a faire ouverture de ladicte rue, et pour requerir Messieurs de la justice se transporter sur le lieu pour veoir la comodite ou incommodite de la chose publique, sans touteffoys advouer la demolition qui a este faicte de nuict et a heure suspecte, de faicte a guet et propos delibere, de certaine muraille qui fermoit icelle rue de couste du matin(12). Et de ce, a este donne charge express audict maistre Jehan de la Bessee, present."

"Le jeudy, quatorziesme jour davril mil cinq cens cinquante ung, avant Pasque(13), en l'hostel commun, apres midy.

"Jacques Fenoil, Gonyn de Bourg, maistre Nycolas Dupre, Claude Benoist, Claude Platet et Claude Legourt."

....."Sur la requeste plusieurs et diverses foys faicte auxdicts sieurs conseillers et consulat par Philibert de Vaulx, Pierre Gerin dict Crozy, Martin Bozonet, Pierre Boatier, maistre Guillaume Dodones, Anthoine Forestz dict le More, et aultres proprietraires des maisons estans en la rue nouvellement ediffie et faicte, tendans de la porte du Griffon en Terrailles, disans et remontrans que pour le bien, prouffict, comodite et utilite de ladicte ville, tous les voysins desdictes maisons se seroient condescendus a faire ladicte rue traversant jusques en la rue de Terrailles, fortz et excepte la dame Marguerite Aubriel, vefve de feu Jacques Gaspard, Michiel Parmentier, dame Jane Baillif, vefve feu Jehan Glatod dict de Chasselay, qui ne veulent ouvrir leurs jardins quilz ont au fond de ladicte rue pour traverser en ladicte rue de Terrailles, ains tiennent icelle rue close et fermee du couste de matin au prejudice et dommaige de toute la chose publicque et des proprietaires des maisons dicelle rue. Requerans pour ce ladicte imiction du Consulat pour faire ouvrir ladicte rue, dudict couste du matin, en remboursant les proprietaires desdicts jardins des interetz et dommaiges quilz pourroient supporter a la dicte du Consulat.

"Sur quoy a este ordonne que le Consulat se transportera sur le lieu pour veoir la commodite ou incommodite de ladicte rue, pour apres y estre pourvueu comme il appartiendra par raison." (BB. 72.)

Nous n'avons pu retrouver la suite de cette procédure, mais il est à présumer que l'expropriation eut lieu et la percée projetée exécutée peu de temps après la décision du Consulat, puisqu'en 1554, la rue étant achevée, prit à cette occasion le nom de Rue Désirée, qu'une inscription gravée en lettres gothiques nous a conservée.

Cette inscription se voit à l'angle de la maison qui fait retour sur la montée du Griffon et la place de la Comédie.

Elle est ainsi conçue :

la rue desiree
1554

En résumé, de l'analyse des documents qui précèdent on peut en déduire les conclusions suivantes :

Le Grand Plan Scénographique de la ville de Lyon n'aurait été commencé que vers la fin de 1544, et il était terminé au printemps 1553. Donc il a été exécuté durant la période de huit années comprise de 1545 à 1553.

(1) Le grand plan scénographique de la ville du Lyon, au XVIe siècle, brochure in-8 de 14 pages. - Lyon, Vingtrinier, 1876. Extrait de la Revue du Lyonnais, 4e série, tome I, page 379.

(2) 1543 avant Pâques, qui correspond à l'année 1544.

(3) Il s'agit de la notice consacrée à la vue générale de Lyon, gravée par Jacques Androuet du Cerceau, et que Gonjard date de 1548 (Cf. op. cit., pp. 10-21).

(4) Histoire du couvent des Minimes, par l'abbé Vanel.

(5) 1552 avant Pâques, qui correspond à l'année 1553.

(6) Carnel - vieux mot, qui signifie créneau. De carnel, on a fait carneau, puis créneau.

(7) 1539 avant Pâques, qui correspond à l'année 1540.

(8) 1554 avant Pâques, qui correspond à l'année 1555.

(9) 1551 avant Pâques, correspond à l'année 1552.

(10) Tuition, vieux mot qui signifie protection, garde.

(11) 1551 avant Pâques, correspond à l'année 1552.

(12) Cette muraille se voit sur le plan scénographique.

(13) 1551 avant Pâques, correspond à l'année 1552.

Sommaire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sommaire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sommaire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sommaire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sommaire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sommaire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sommaire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sommaire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sommaire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sommaire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sommaire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sommaire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sommaire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sommaire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sommaire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sommaire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sommaire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sommaire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sommaire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sommaire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sommaire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sommaire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sommaire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sommaire

o