Seconde partie

La fortune critique du plan de Lyon au XVIe siècle à travers ses reproductions gravées

 

Je rêvais sur le plan "scénographique" de Lyon de 1550, et, selon la méthode ignatienne, j'essayais d'appuyer ma méditation sur une reconstitution du temps et des lieux.

André BILLY

Derrière ce titre, se découvre un sujet que nous aurions pu formuler ainsi : les découvertes ou les inventions multiples d'un plan perdu. Le véritable sujet que nous ne faisons qu'entrevoir, ici, est celui de l'invention au sens archéologique du terme. Toute (re)découverte historique valable suppose un regard neuf porté sur l'enseveli ou le trop bien connu. Parce qu'elle inscrit le document dans un champ méthodologique et historiographique déterminé, cette révélation ou cette lecture renouvelée qui défait les interprétations antérieures, opère à la manière d'une réduction, réduction qui, à son tour, sera dépassée, c'est-à-dire déplacée, recadrée. Sans doute, n'y a-t-il pas de document historique de quelque valeur, pour ne pas parler des oeuvres d'art - ce qu'est aussi le plan - qui ne se garde et ne se retire dans le mouvement même de sa mise au jour.

Reproduit, à de multiples reprises - pas un siècle qui n'ait sa version - le plan de Lyon, s'il a laissé peu de traces dans les écrits du temps, n'a pas cessé d'être présent, sous une forme ou sous une autre, dans l'horizon de l'historiographie lyonnaise. Et nous ne parlerons pas de son indiscutable influence sur la cartographie locale, plus précisément sur les plans cavaliers du XVIIe siècle (plan manuscrit de 1607 par Philippe Le Beau ; plans gravés de 1630 et de 1659 d'après Simon Maupin) mais aussi sur l'incorrigible orientation à l'ouest de la plupart des plans de Lyon. Pendant un temps, les meilleures de ces reproductions parvenaient à faire oublier l'original. D'où ces découvertes à répétitions, mi convaincues mi jouées - le coup publicitaire du plan "trouvé en morceaux, dans un sac de toile, oublié au fond d'un placard" (1) - et ces retours réguliers à l'unicum des Archives municipales pour amender la leçon devenue irrecevable.

Il y eut, d'abord, l'époque des géographes, Braun, en tête, avec son Grand théâtre des différentes cités du monde dont le premier tome, paru en 1572, contient une bonne réduction du plan de Lyon. Pour ces vulgarisateurs plus ou moins rigoureux, il importait peu que l'état figuré sur le plan ne fût plus exactement celui de la ville à la date où ils en diffusaient largement la reproduction auprès des commerçants, voyageurs et curieux de toutes sortes.

Puis vint l'époque des historiens, génialement inaugurée, en 1696, par le père Ménestrier, époque qui se prolongea tard dans le XIXe siècle. Réduit dans des formats toujours plus raisonnables, le plan était devenu l'illustration, sinon obligée, du moins attendue, de toute histoire de Lyon. Théâtre d'un drame dont les héros avaient pour nom : Échevins, Archevêque, Roi, etc., le plan de Lyon renaissant présentait encore l'image d'une ville non pas tant disparue, qu'incomplète, en formation, bref à l'état de l'enfance, propre en cela à servir de pendant pittoresque au non moins inévitable plan de Lyon moderne, levé géométralement, et anticipateur des accroissements ou embellissements à venir.

Il y eut enfin (nous y sommes encore) l'époque de l'érudition. Une société de topographie historique de Lyon, fondée pour l'occasion, s'employa à réunir des fonds et passa commande, aux graveurs lyonnais Séon et Dubouchet, de la reproduction en fac-similé d'un plan reconnu d'autant plus précieux que, recherches faites, il s'avérait unique. Quatre années, de 1872 à 1876, seront nécessaires à son exécution pour un résultat, cela a été dit, exemplaire de précision et d'élégance. Là où un simple dessin au trait aurait contenté l'érudit sourcilleux, on est allé, pour le plus grand contentement de l'amateur, jusqu'à imiter, par la pointe, les tailles du burin et les valeurs de l'original. Le mérite de l'entreprise ne s'arrête pas là. Les lacunes du plan, qu'on sait sévèrement rogné sur tous ses côtés, ont été restituées d'après les réductions connues, témoins de l'intégrité passée du monument. Doublure si parfaite qu'à l'occasion d'une nouvelle restauration, on fit appel à elle pour tenir place de l'original dans les manques trop évidents de celui-ci. Le fac-similé, en tant que substitut accessible, manipulable, et amélioré d'une pièce d'archives que son état de conservation semblait avoir rendu à jamais inutilisable, aura été à la fois le produit et l'un des moteurs d'un courant d'érudition tourné vers l'étude de la topographie historique où s'illustrèrent parmi les meilleurs des historiens de Lyon.

Aujourd'hui que la photogravure et la libéralité des édiles lyonnais exposent le plan à la chance d'études nouvelles, il n'est peut-être pas inutile de faire le bilan de ses fortunes passées.

La réduction de Braun, 1572.

Les Civitates orbis terrarum, in aes incisae et excusae, et descriptione topographica, morali et politica illustratae qui ont été publiées à Cologne de 1572 à 1617, constituent, pour le domaine de la géographie, l'une des plus ambitieuses et des plus spectaculaires entreprises éditoriales de la fin de la Renaissance (2). Conçu sur le modèle du Theatrum orbis terrarum (Anvers, 1570), le célèbre atlas formé par Abraham Ortelius, et très fortement inspiré dans le dessin et la gravure des travaux de l'école géographique hollandaise, le Grand théâtre des cités du monde, pour l'appeler de son titre français, est une vaste compilation (six tomes en trois volumes) de vues et de plans cavaliers en partie originaux. Par rapport aux recueils précédents, les Civitates orbis terrarum se caractérisent par une recherche systématique des documents topographiques. Un texte, à la fois historique et descriptif, occupe le verso des planches gravées. A l'origine de l'entreprise, se trouve un des piliers de cette république des géographes qui pesa d'un si grand poids dans la diffusion des connaissances au XVIe siècle : Georg Braun, ou Bruin (1541-1622), archidiacre de Dortmund, chanoine de la collégiale de la cathédrale de Cologne. Les planches ont été gravées par Simon Novellanus, originaire de Malines, mort vers 1590, et Frans Hogenberg, fils d'un graveur de Munich, formé à Malines, et mort vers la même date. C'est à lui que l'on doit la majorité des planches du Theatrum orbis terrarum. Il est difficile de dire si les deux collaborateurs de Braun ont eux-mêmes dessiné les réductions des plans qu'ils avaient à graver. Cette tâche revenait peut-être au peintre et dessinateur anversois Joris (Georg) Hoefnagel (1542-1600) qui, au cours de ses voyages à travers l'Europe, ramena un grand nombre de vues originales destinées au recueil de Braun.

Figure 14

Plan de Braun, 1572, archives municipale de Lyon (catal. n1).

La réduction du plan de Lyon (catal. n 1, fig. 14) forme la dixième planche du tome 1er. Cet emplacement donne à penser que Braun ou l'un de ses informateurs, peut-être Hoefnagel lui-même, n'ont pas eu trop à chercher pour mettre la main sur le modèle. Dans sa préface, Braun s'est plu à mentionner et le nom de ses collaborateurs et celui des amateurs qui lui ont procuré des documents. On n'y relève rien qui puisse se rapporter au plan qui nous occupe, non plus qu'à la ville de Lyon en général. La description de Lyon, imprimée au verso du plan, est d'un certain Jean Metel, Bourguignon, ami de Braun. C'est à sa sollicitation que Metel a rédigé ce texte très médiocrement documenté. Là encore, il n'est pas question du plan. L'éditeur aura préféré le plan cavalier à la vue de Lyon par Androuet du Cerceau (1548). Celle-ci avait été reproduite, agrandie de moitié, et gravée en taille-douce, en 1550, par le graveur Balthasar van den Bosch pour le compte de Jérôme Cock. On en retrouve des réductions gravées sur bois dans chacun des recueils topographiques qui ont précédé les Civitates (3). Dans le tome V de cet ouvrage (après 1580), la planche 19 montre une vue de Lyon, prise du nord, à l'emplacement du fort de Vaise. Elle porte en titre Lvgdvnvm vulgo lion et en souscription Ex archetypo aliorum delineauit Georgius Houfnaglius. Sauf l'originalité du point de vue, elle n'est pas d'un très grand mérite quant au dessin.

Figure 15

Anonyme, réduction du plan de Braun, fin XVIe - début XVIIe siècle, bibliothèque municipale de Lyon (catal. n3) (gandeur réelle).

Le plan de Lyon a fait l'objet, dans les décennies qui suivirent la parution du premier volume des Civitates, de plusieurs réductions gravées. Nous en avons recensé trois mais il se pourrait qu'il en existât d'autres. Celle du graveur vénitien Francesco Valegio (catal. n 2) appartient à une compilation de poche du grand recueil de Braun, compilation parue à une date indéterminée sous le titre de Raccolta di le piv illvstri et famose città di tutto il mondo. Les deux autres (catal. n 3, fig. 15 ; catal. n 4), qui tiennent plus de la vignette que de la planche de plan, sont anonymes. Nous n'avons pu identifier la publication d'où elles ont été extraites. Rapprochées du grand plan en vingt-cinq feuilles, ces réductions font l'effet de prouesses. Il semblerait que plus l'on s'éloignât du modèle, plus l'on tendît vers la miniaturisation. La ville se trouve ainsi réduite à son site : le schéma de la "presquîle".

La réduction de Tardieu, 1696.

Il devait revenir au père Claude François Ménestrier, S.J. (1631-1705) (4), le théoricien de la Philosophie des Images (Paris, 1682), cette somme de l'allégorisme baroque, l'auteur du programme "à double entente" des peintures de Thomas Blanchet pour l'hôtel de ville de Lyon, de ceux encore d'innombrables scénographies d'entrées, de fêtes, de ballets, et de réjouissances de toutes sortes, c'est donc à l'inventeur fécond et ingénieux d'"histoires" qu'il aura fallu expier une dépense rhétorique sans égale en élevant pierre à pierre, à la ville de Lyon, le monument scrupuleux de son histoire. N'avait-il pas, dans ses premiers écrits, feint de donner dans les "fables impertinentes" du pseudo Bérose sur Lugdus, roi celte fondateur de Lyon, à qui la monarchie française devait encore le nom préféré de ses rois ? (5) Résultat de trente années de recherches, l'Histoire civile ou consulaire de la ville de Lyon qui est parue à Lyon, en 1696, s'interrompt au commencement du XVe siècle. La suite prévue par l'auteur est restée à l'état de notes que conserve aujourd'hui la bibliothèque municipale de Lyon. Le 20 novembre 1698, la municipalité accordait au savant jésuite, en récompense de son travail, une gratification de 1300 livres, renouvelant ainsi le geste généreux qui avait été fait au siècle précédent en faveur de Paradin. Ménestrier s'acquitta de même de l'histoire de l'église lyonnaise mais ce dernier ouvrage, quoiqu'achevé, et destiné à former le troisième volet de l'Histoire de Lyon ne vit jamais le jour.

On peut lire l'Histoire civile comme une longue note critique et érudite à lÉloge historique de la ville de Lyon que Ménestrier avait fait paraître dans cette ville, en 1669, à la veille de son départ pour Paris où devait se poursuivre sa carrière de savant mondain. Cet ouvrage vaut surtout pour l'armorial des échevins, manière de défense et illustration de leur anoblissement par privilège royal, que l'auteur avait fait dessiné et gravé. Deux ans avant de livrer au public la première partie de l'Histoire civile, Ménestrier en publiait les prolégomènes et faisait connaître, du même coup, la mesure de son ambition d'historien. Plus que le programme d'un ouvrage annoncé, les Divers caractères des ouvrages historiques avec le plan d'une nouvelle histoire de Lyon (6) se veut un abrégé de "toute l'Encyclopédie de l'histoire" soit, ainsi que le précise Ménestrier, l'équivalent pour cette discipline de ce qu'est la Poétique d'Aristote à la littérature. Aussi, l'ouvrage offre-t-il, sous la forme d'une typologie raisonnée des divers genres historiques, un tour d'horizon bien informé de l'historiographie à la fin du XVIIe siècle. Si, d'après la terminologie de Ménestrier, l'Histoire civile ou consulaire relève, pour son objet, de la catégorie des "histoires particulières", pour la forme, elle appartient au genre historiographique de l'"histoire critique et authorisée" auquel Mabillon, avec son fameux De re diplomatica (1681), avait donné ses fondements méthodologiques. Cette école historique, principalement représentée par la congrégation des Jésuites d'Anvers, organisée autour de Jean Bolland, et par celle des Bénédictins de Saint-Maur dans leur abbaye de Saint-Germain-des-Prés, à Paris, avait en vue surtout la collecte des sources et leur publication. On sait, par Ménestrier lui-même, qu'il avait entrepris avec plusieurs "antiquaires" parisiens auxquels s'était joint le médecin lyonnais Jacob Spon, en qui l'on reconnaît quelques fois l'inventeur de l'archéologie, une Histoire romaine sur les Monuments anciens comme inscriptions, médailles, bas-reliefs, pierres gravées (7). Il y avait là en germe les corpus archéologiques qui verront le jour au XVIIIe siècle.

Figure 16

Plan de Tardieu, 1696, archives municipales de Lyon (catal. n5).

L'Histoire civile ou consulaire est donc, pour l'essentiel, une histoire de Lyon par les monuments qu'ils soient textes, inscriptions ou autres. Au nombre des textes anciens que Ménestrier fut le premier à faire connaître, se range le célèbre cartulaire dÉtienne de Villeneuve, recueil des titres et privilèges de la ville de Lyon que détenait alors Laurent Pianello de la Valette, et qui constitue aujourd'hui l'une des pièces les plus anciennes et des plus précieuses des Archives municipales. C'est lui aussi qui donna la première représentation du sceau et du contre-sceau de la commune de Lyon au XIVe siècle que Paradin s'était contenté de décrire comme a tenu à le rappeler son successeur.

Organisé avec plus de rigueur qu'ont bien voulu le reconnaître ses détracteurs, partisans d'une histoire "philosophique" conduite comme un bon récit avec "unité d'action et d'intérêt" (Mably), l'ouvrage de Ménestrier est divisé en trois parties : dissertations préparatoires, événements, preuves des événements (collection de documents). L'illustration, si abondamment répandue dans l'ouvrage (figures dans le texte, planches et dépliants hors texte) n'a pas un simple rôle de divertissement agréable. Par ses vertus d'explication et de persuasion, elle participe de l'économie des "preuves" : "Les Antiquitez, Inscriptions, Monnoyes, medailles [sic], bas reliefs, &. seront une partie de ces preuves" (8). L'apparat iconographique viendrait, en quelque sorte, couronner l'appareil critique pour la plus grande efficacité de la machine historique. La généalogie de cette autorité reconnue au document iconographique serait à faire. Nul doute que l'intérêt marqué par Loyola et par sa postérité intellectuelle pour l'"image", support de la méditation, en constitue un moment décisif.

En faisant servir à l'illustration de l'Histoire civile ou consulaire la "carte de la ville comme elle étoit il y a environ deux siècles" ou Carte de l'ancienne ville de Lyon (catal. n 5, fig. 16), selon la plaisante formule de la légende, comme si l'on avait affaire à la mise au jour archéologique d'une cité disparue, sans doute Ménestrier entendait-il révéler au public l'existence d'un document dont l'intérêt historique lui paraissait ne le céder en rien à celui d'une inscription ou d'une charte inédite. Ainsi, mis à part Braun qui le reproduit comme un document contemporain, Ménestrier est devenu véritablement l'"inventeur" du plan de Lyon, non seulement parce qu'il fut, peut-être, le premier à le considérer comme un monument d'histoire, mais encore parce qu'il a compris quel superbe tableau de théâtre, ce document lui offrirait, placé en frontispice de son histoire de Lyon.

Par une sorte de critique interne implicite, Ménestrier donne une date approximative du plan : "Cette carte represente la ville comme elle estoit sous les regnes de nos Rois françois 1. et Henry II" (incipit du cartouche droit). En parfait connaisseur de l'emblématique, il n'a pu se méprendre sur la signification des trois croissants entrelacés, à la différence de J.J. Grisard qui y voyait l'indication ésotérique du chiffre 3, chiffre qui est effectivement celui de la feuille où se remarque ce motif. L'emblème commun de Henri II et de Diane de Poitiers lui fournissait une sorte de fourchette chronologique, au même titre, mais avec plus de sûreté, que la représentation du cloître de Saint-Just, détruit par les Protestants en 1562.

Pour faire, en quelque sorte, parler le document, des remarques historiques sur la topographie de Lyon ont été placées à l'intérieur des cartouches, emplacement que l'on réserve traditionnellement au texte de la dédicace ou à de banales célébrations de l'antiquité et de la prospérité moderne de la ville. Il est significatif, de ce point de vue, que Ménestrier ait voulu voir dans l'innocent jeu de ballon figuré à l'extrémité de la presquîle, la représentation de la fête lyonnaise du Cheval fol qu'on sait, par ailleurs, autrement plus animée et plus subversive, ce qui lui valut, du reste, d'être finalement interdite (9). On notera encore la mention de l'existence, à l'époque romaine, d'un canal navigable entre la Saône et le Rhône, à la hauteur des fossés de la Lanterne. Ménestrier avait revendiqué la paternité de cette conjecture, à laquelle les historiens et les archéologues ont depuis fait justice, dans les Divers caractères des ouvrages historiques avec le plan d'une nouvelle histoire de Lyon (10). L'historien affirme, à ce propos, avoir fait des recherches dans les archives des communautés religieuses lyonnaises pour y retrouver des cartes anciennes qui viendraient appuyer son hypothèse. Des inscriptions supplémentaires viennent suppléer les "lacunes" de la nomenclature. Les ruines du théâtre romain de Fourvière sont identifiées comme Amphitheatre.

Autre façon de "mettre le document à la torture", Ménestrier prélève le détail des voûtes de soutènement au-dessus du quartier de Saint-Georges pour illustrer sa dissertation au sujet Des grands chemins & des Aqueducs (catal. n *6, fig. 17 ; et sa reproduction par Colonia : catal. n 7) (11). Chez ce contemporain de Spon - véritable archéologue de terrain, celui-là -, il y a, certes, une intuition archéologique, mais elle demeure timide, empêtrée dans le fatras des références livresques. Au fond de son cabinet de travail parisien, Ménestrier se plaît à déchiffrer le paysage archéologique de Lyon à travers la grille d'une carte. Véritable théâtre de mémoire, le plan aide l'historien à faire l'inventaire des "lieux" du discours historique.

Dans la préface des Divers caractères des ouvrages historiques avec le plan d'une nouvelle histoire de Lyon, Ménestrier écrit : "C'est aussi pour demander du secours, que je publie ce Projet, parce que comme exprime la Devise que j'ay mise à la première feuille de Livre, on a besoin d'aide pour de si grandes entreprises" (12). Cet appel, en direction des possesseurs d'archives, expliquerait que l'Histoire consulaire donnée, ici même, comme étant sous presse, ait demandé deux années supplémentaires pour paraître. Cela nous amène à poser la question de la provenance du plan reproduit par Tardieu, provenance sur laquelle Ménestrier reste muet. Celui-ci nous apprend, toutefois, qu'il a puisé dans les Archives de la Ville "la suite de nos Magistrats, les Reglemens [sic] de Police, les reparations [sic] des Ouvrages publics, la forme du Gouvernement, les Usages, les Cérémonies." (13). C'est là, peut-être, qu'il a copié les sceaux de la ville, aujourd'hui perdus, mais qui s'y trouvaient au XVIIe siècle si l'on en juge par une ancienne mention d'inventaire (14). A supposer, pourtant, que l'exemplaire qui a servi de modèle à la gravure de Tardieu fût effectivement celui que conservent aujourd'hui les Archives municipales, il resterait encore à démontrer que l'original y figurait dès cette époque. La première mention qui en est faite dans les inventaires, ne remonte, en effet, pas au-delà du second tiers du XVIIIe siècle.

Figure 17

Anonyme, détail du plan de Lyon au XVIe siècle, 1696, archives municipales de Lyon (catal. n6).

S'agissant d'une ville, tout ouvrage historique est un peu un itinéraire et un guide. L'Histoire civile ou consulaire, complétée du plan de Lyon, est à cet égard tout-à-fait accomplie. Il est possible, du reste, que le Plan de Lion, Ancienne colonie des Romains par Delamonce, daté de 1701, et plusieurs fois reproduit (15), ait été destiné à la seconde partie inédite de l'Histoire civile ou consulaire (16). En tout cas, le procédé du pendant moderne sera repris par la plupart des auteurs qui illustreront leur nouvelle histoire de Lyon par une réduction, plus ou moins bonne, du plan de Tardieu (catal. n 10 à 12). Signalons une utilisation secondaire du plan de Tardieu dans l'établissement, au milieu du XVIIIe siècle, des plans terristes (17).

La réduction de Moithey, vers 1780.

On ignore tout des circonstances à la faveur desquelles l'ingénieur-géographe parisien Moithey (18) qui a donné l'un des bons plans géométraux (orienté au nord) de Lyon, au XVIIIe siècle (19), en est venu à graver une réduction d'un "pourtrait" de la ville, vieux de plus de deux siècles (catal n8, fig. 18). Il n'est peut-être pas indifférent de noter, pour l'historique de la conservation du plan de Lyon au XVIe siècle, que Moithey avait dédié, en 1773, son plan de Lyon moderne à Henri Léonard Bertin (1720-1792), ancien intendant de Lyon (1754), secrétaire dÉtat depuis 1763. On sait que celui-ci avait les archives royales dans les attributions de son ministère et que, de ce fait, il est à l'origine de la création du Cabinet des Chartes pour l'enrichissement duquel il avait organisé un réseau d'informateurs. Comme l'aurait fait un des correspondants de Bertin pour une charte enfouie dans des archives privées, Moithey a copié presque fidèlement le plan y compris les ornements. Toutefois, le dessin du cartographe est moins précis, disons plus schématique, que celui de Tardieu.

Les progrès enregistrés, aux XVIIe et XVIIIe siècles, non seulement dans la technique de lever les plans, mais encore dans la manière de figurer les données topographiques, conféraient aux plans scénographiques de la période antérieure un caractère archaïque où un esprit un peu sensible pouvait découvrir un certain pittoresque. Avec cette réduction du plan de Lyon au XVIe siècle, peut-être Moithey avait-il voulu donner un pendant à son État présent de la Ville de Lyon et de ses quartiers, assujettie à ses nouveaux Accroisements (intitulé Plan historique de la Ville de Lyon à partir de 1785) qui figurait la ville moderne avec les "embellissements" projetés de Perrache et de Morand. L'ingénieur-géographe ne pouvait ignorer l'existence de la suite des plans historiques de Paris gravée par L.C.D.L.M. (?), en 1705. Une entreprise similaire fut inspirée, sous le Second Empire, au service municipal de la voirie de Lyon. A l'époque où la Ville connaissait, sous l'administration du préfet Vaïsse, les profondes transformations d'une politique urbaine de type haussmannien, Le directeur du Service municipal de la Voirie, Joseph Gustave Bonnet (1810-1875), ordonna la confection d'une suite de réductions gravées des principaux plans de Lyon. Pour illustrer la topographie lyonnaise au XVIe siècle, il a été demandé au graveur parisien, Lemaitre, une réduction du plan de Tardieu (catal. n 14). Le choix de Tardieu, de préférence à Moithey, marque-t-il une réelle préférence ou bien ignorait-on l'existence du second ?

Le plan de Moithey ne paraît pas, en effet, avoir connu une grande diffusion ; du moins, n'a-t-il jamais été copié par les historiens en quête d'une réduction du plan de Lyon au XVIe siècle. En revanche, les éditeurs du fac-similé de 1872-1876 l'utiliseront pour restituer les lacunes de l'original. Ils lui emprunteront également le terme technique de "plan scénographique" qui est devenu, grâce au fac-similé, le nom sous lequel le plan est désormais connu.

Figure 18

Plan deMoithey, vers 1870, archives municipales de Lyon (catal. n8).

 

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