Des chartes de mariages
Charte de mariage entre Claude Monin et Catherine Torrent - 9 février 1654
16fi/305

Les chartes de mariages sont un type de document particulier à Lyon en liaison avec le rite liturgique propre à cette ville, ou "rite lyonnais".
D'après le plus ancien rituel imprimé de l'église de Lyon (1521), la cérémonie du mariage se déroule ainsi : à la porte de l'église, le prête, l'époux à sa gauche, l'épouse à sa droite, publie le quatrième ban, procède à l'interrogatoire de chacun des époux et bénit l'anneau et la charte. Suivent les répons et les oraisons. Le prête asperge alors d'eau bénite les mains des époux qui ont été jointes, ainsi que l'anneau et la charte de mariage qu'il remet ensuite à l'époux. Celui-ci dit avec le prêtre :
"Je espouse toi avec cestuy aneau et avec cette charte"
Le prête ajoute :
"Quod Deus conjunxit, homo non separet"
L'époux donne la charte à son épouse et lui met l'anneau au quatrième doigt de la main droite (à l'annulaire gauche après 1692). Les chartes sont souvent ornées des armoiries des mariés. La coutume s'est maintenue jusqu'au 18e siècle.
Les archives départementales et les archives hospitalières conservent, dans leurs fonds respectifs, un bel ensemble de ces documents. Mais ces collections sont sans proportion aucune avec le nombre de chartes qui ont été établies durant les trois siècles où s'est perpétué l'usage.
Affichées dans les maisons, comme l'on exposait naguère encore les couronnes des mariés, ces chartes ont massivement disparu.
Parmi l'ensemble connu, 300 sont originaires de Lyon et seulement 16 autres du reste du diocèse (l'ancien diocèse de Lyon comprenait les provinces du Lyonnais, du Forez, du Beaujolais et le pays des Dombes).
Les "chartes" comportent le nom des époux, la date du mariage et le texte de leur engagement. On en conserve de manuscrites depuis la fin 14e siècle. La première en date que l'on connaisse remonte à 1385 (actuellement dans le commerce de l'art). Les plus anciennes portent de simples croix de bénédictions. Par la suite, elles sont décorées de fleurs et de rinceaux peint à l'instar de ce qui se voit dans les marges des livres d'heures contemporains.
La plupart sont du 15e, 16e et, surtout, 17e siècle. Il est vraisemblable que les procédés de reproduction (impression bois puis cuivre) en ont multiplié l'usage en même temps qu'ils ont permis un coloriage adapté au goût des divers utilisateurs.
La collection des Archives des Hospices civils de Lyon offre l'exemple de trois épreuves d'une même composition gravée que distinguent des rehauts de couleurs généralement vives.