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L'affiche rouge

Affiche dénonçant les résistants du groupe Manouchian, dite l'Affiche rouge  - 1944

2FI/2396

Affiche dénonçant les résistants du groupe Manouchian, dite l'Affiche rouge  - 1944  2FI/2396
Affiche dénonçant les résistants du groupe Manouchian, dite l'Affiche rouge  - 1944 2FI/2396

Le groupe Manouchian est un groupe de résistants, vingt-deux hommes et une femme, rassemblés autour du poète arménien Missak Manouchian. On compte parmi eux, cinq Italiens, un Espagnol, deux Arméniens, les autres étaient originaires de l’Europe de l’Est. Onze d’entre eux étaient de religion israélite.

Né à Adryaman (Turquie), en 1906, Manouchian est arrivé en France à l’âge de neuf ans. Ouvrier, il entre dans la Résistance en 1942. Il avait d’abord fait partie de la branche étrangère, MOI (Main d’Œuvre Immigrée), de la Résistance communiste, F.T.P. (Francs Tireurs Partisans), avant de fonder le groupe qui porte son nom, et qui multiplia les attentats contre l’occupant nazi.

Arrêtés en novembre 1943, à la suite d’une dénonciation, les membres du groupe Manouchian furent condamnés, après un procès de trois jours, le 21 février 1944. Les hommes furent exécutés, le jour même, au Mont Valérien. La femme fut décapitée à Stuttgart ultérieurement. Les Allemands avaient voulu faire du procès des « Vingt-trois » une entreprise de propagande. 

Les circonstances dans lesquelles eut lieu l’arrestation du groupe Manouchian demeurent obscures. Ces dernières années, la question a fait l’objet d’une polémique. Il semblerait que le groupe ait utilisés dans des actions trop périlleuses pour ses moyens et qu’il n’ait pas été suffisamment prévenu par la direction de la Resistance communiste des risques qu’il courait.

L’Affiche rouge a été placardée, le 1er mars 1944, par les services de propagande allemand et vichyssois dans toutes les villes et villages de France. On en estime le tirage à plus de quinze mille. L’exemplaire des Archives Municipales a été arraché d’un mur et en porte les traces. L’affiche veut faire ressortir le poids des attentats. A cet effet, elle ordonne les portraits en une flèche dont la pointe est celui de Manouchian. Les photos de cinq attentats, dont trois attentas ferroviaire, formant la cible. La légende (« Des libérateurs ? La libération par l’armée du crime ! ») fait écho au message de libération nationale que cherche à faire passer la Résistance.

En dénonçant nommément certains membres du groupe Manouchian, la propagande de la Collaboration vise à discréditer, de façon insidieuse, le combat de la Résistance, lequel serait le fait d’étrangers et de juifs.

L’ "Affiche rouge", c’est aussi, par Aragon, l’un des grands poèmes que la résistance a inspiré : 

Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
L’affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu’à prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur chez les passants.

Nul ne semblait vous voir Français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
Mais à l’heure du couvre-feu des doigts errants 
Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA France
Et les mornes matins en étaient différents.