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André Gamet, 70 ans de photographies

Enfants dans un bac a sable à Lyon dans les années 60 -  André Gamet
Archives municipales de Lyon / Grande salle

DU 25 OCTOBRE 2005 AU 18 FEVRIER 2006


Commissariat

  • Myriam Boyer

Conception et réalisation

  • Graphisme : Phasme
  • Recherches documentaires : Tristan Vuillet
  • Équipe technique et administrative des Archives de Lyon

 

 

Né en 1919 à Oullins, formé très jeune au dessin et à la peinture sous la direction du peintre Combet-Descombes, André Gamet est devenu l’un des photographes lyonnais parmi les plus reconnus.

Lauréat du concours national du jeune photographe en 1941, journaliste au magazine Marche - interdit en août 1942 -, il continue son travail de free-lance en immortalisant les maquis, le marché noir, les bombardements de la ville et la période de la reconstruction. Au lendemain de la guerre, il intègre la célèbre agence Rapho qui représente alors les Brassaï, Doisneau et autres Savitry et participe plusieurs années de suite au Salon National de la Photographie. Il choisit pourtant de vivre et de travailler à Lyon. En 1951 et 1954, il est l'un des cinq photographes français présentés dans la sélection de l'album Photography annual (New York). Multipliant les reportages à l’étranger, il se consacre ensuite davantage à la photographie publicitaire tout en continuant à voyager : Egypte, Congo Belge, Cameroun, Italie, Brésil puis, dans les années 70 à 80, en Afrique de l’Ouest, Gabon, Japon, Lybie, Sardaigne, Tchécoslovaquie, Pologne, Arabie Saoudite… C’est l’envie qui guidera l’objectif d’André Gamet qui, bien souvent, préfèrera la chambre d'hôte, le dortoir et la case du village à l’hôtel international.

Il le dit lui-même :

je suis un photodidacte. Les circonstances ont voulu que j’apprenne seul la photographie avec, au début, un vieil appareil tombé du ciel en 1933. En 1942 j’étais professionnel. Ma première photo de guerre date du 20 juin 1940, c’est à partir de ce moment que je me suis orienté vers le reportage photo. La veille au soir, les Allemands étaient entrés dans Lyon déclarée « ville ouverte ». A sept heure trente du matin, en partant au travail, j’ai repéré la scène : une estafette motocycliste allemande demande son chemin à un agent français. Tout en marchant dans sa direction, je sors de ma poche mon 6x9 pliant, mis en batterie en l’ouvrant, fixe le temps de pause, arme l’obturateur et règle la distance choisie. A deux mètres, bref arrêt à l’endroit favorable, je vise à hauteur de l’oeil et déclenche au moment où l’estafette lève la tête. Nos regards se croisent pendant le 50ème de seconde de l’instantané : il a dû être surpris. Je me dégage du groupe d’un pas tranquille en apparence alors que l’instinct me demande plutôt le pas de course ! Rien ne se passe dans mon dos alors que je m’éloigne. Je suis soulagé. La veille, une compagnie de tirailleurs sénégalais qui défendaient une entrée de la ville a été massacrée après sa reddition…
 

Initié à la photographie grâce à des appareils de location, André Gamet immortalise son entourage, les quartiers de Lyon, la campagne. Il rencontre beaucoup les ruraux et s’immerge entre 1930 et 1960 dans leur société, assez fermée pour un photographe. Sportif, il pratique le ski de randonnée, la spéléologie et illustre le dossier de la candidature de Lyon pour les Jeux Olympiques de 1964. Parallèlement, il participe à la création de nombreux albums, plaquettes et expositions, comme lors de la commémoration en 1994 à Paris du 50e anniversaire de la Libération ou, en 1997, l’exposition Lyon d'ombre et de lumière au Centre d’histoire de la résistance et de la déportation (C.H.R.D.) accompagné d’un catalogue publié aux éditions La Martinière ou encore, en 2000, la publication de Douces Frances (coédition Actes Sud / Francesi et Motta).

Avec son accord, les Archives municipales de Lyon fournissaient régulièrement aux médias des documents photographiques d’André Gamet conservés dans ses fonds, la plupart relatifs à la période de l’Occupation ou à des vues et équipements de la ville et ce dans le but d’illustrer des articles historiques ou des documentaires télévisés. Le choix des Archives municipales a donc été de consacrer l’exposition à l’ensemble de sa carrière sous différents angles, sans la limiter aux seules photographies de Lyon comme on aurait pu l’attendre d’une institution patrimoniale dont les missions s’exercent sur le territoire de la cité.

Parmi quelque 200 tirages, le noir et blanc a servi de fil d’Ariane pour permettre au visiteur d’entrer dans la guerre et ses restrictions, de faire irruption dans le quotidien des maquis de la Drôme, de s’associer à la liesse de la libération mais aussi de s’immiscer dans les paysages urbains ou dans l’âpreté de la ruralité et du monde ouvrier. Des images fortes et sensibles fixées auprès des métallurgistes du Nord, chez les paysans du Dauphiné, chez les chiffonniers parisiens ou les pêcheurs brésiliens côtoient celles de la quiétude d’un marché provençal, d’un jour de fête à Saint-Galmier ou d’une partie de canoë en Ardèche. De la simplicité des scènes d’élevage dans le Beaufortin, de la corvée de pluche en refuge d’altitude, du partage de la soupe à la lueur d’une lampe-tempête, de l’application du ferronnier d’art ou de la ferveur d’un pèlerinage gitan aux Saintes-Maries-de-la-mer, ce sont de magistraux coups de zoom portés sur un monde pas si lointain mais ô combien différent. De la traite manuelle des vaches à la présentation de la révolutionnaire 2 CV au Salon de l’Auto 1948, de l’ouvrier « canut » penché sur son étoffe de soie ou de l’environnement mécanique des employées de filatures, les images d’André Gamet révèlent aussi l’inexorable et rapide évolution des activités humaines, notamment durant les « Trente Glorieuses »…

Quel que soit le sujet, ce sont autant de témoignages émouvants et authentiques en deux dimensions qui, aux côtés de matériels photographiques des temps héroïques ou plus récents, laissent transparaître dans cette exposition la personnalité de leur auteur : un homme de son temps portant un regard lucide mais toujours spontané sur ce qui l’entoure.