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Archives et archivistes en guerre

Dessin de guignol en poilu

 

Les archives à la veille de la Première Guerre mondiale

Les Archives municipales de Lyon sont sous l’autorité de Paul Rochex, chef du 8e bureau depuis 1900. Ce dernier, docteur en droit, a obtenu par arrêté du maire du 11 novembre 1910 le titre d’Archiviste de la ville.

A la veille de la Grande Guerre, il a sous ses ordres trois employés et un ouvrier relieur. Les Archives accomplissent leurs missions traditionnelles : collecte, classement, conservation et communication. En 1913, l’équipe réalise l’inventaire des archives modernes dans l'ordre des séries. En 1914, il est fait mention de l’achat d’un fonds privé, le fonds Gasparin (4II). Cette même année, les Archives participent à l'exposition internationale de Lyon en prêtant des documents.

Il est difficile de connaître exactement la situation matérielle des Archives à la veille de la guerre. Cependant, le rapport d’inspection réalisé en 1905 par monsieur Bloch, alors Inspecteur général pour le ministère de l’Instruction publique, mentionne la défectuosité des locaux qui sont affectés aux archives. 

 

Les archives pendant la guerre

A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles ? Les Archives ont-elles mis en place une organisation spéciale au moment de la déclaration de guerre ? Elles l’avaient fait lors de la guerre de 1870, mais on ignore ce qu’il en est pour la Première Guerre mondiale.

Il semble cependant que les archives prennent une importance particulière pour les élus et surtout pour le maire de Lyon : Edouard Herriot.

Début avril 1915, ce dernier invite un nombre choisi de ses concitoyens à participer à la Commission instituée par la municipalité lyonnaise, pour la création et l’organisation d’un fonds d’imprimés relatif à la guerre. Il demande alors au bibliothécaire en chef de la Ville de Lyon, Richard Cantinelli, de constituer un fonds pour documenter le conflit en cours depuis août 1914, à l’intention des générations futures. Ce sera le « fonds de la guerre 1914-1918 » qui réunira quelque 17 000 documents. Il est actuellement conservé à la Bibliothèque municipale de Lyon.

Il semble que le même souci de garder la trace des événements ait existé chez Edouard Herriot en ce qui concerne les archives de la Ville. En effet, le 10 mai 1916, soit une année après la décision de créer le fonds de la Guerre, une note de service est adressée : elle concerne la conservation des archives de la guerre et la création d’un fonds de guerre de la Ville de Lyon. Cette note a sans doute été adressée, comme le suggèrent les notes manuscrites, à tous les chefs de bureau de la mairie centrale, au bureau d’hygiène, aux directeurs du service de la voirie, de l’inspection des viandes, des subsistances, des eaux, à l’architecte en chef de la ville, au commandant des sapeurs-pompiers, au président de la caisse des écoles, aux directeurs des œuvres de guerre de la mairie centrale. Il est suggéré également de la transmettre à tous les directeurs des œuvres de guerre : réfugiés, ouvroirs, dispensaires …

 

Mairie de Lyon, note de service relative à la conservation des archives de la guerre, 10 mai 1916 - 1229wp/03
Mairie de Lyon, note de service relative à la conservation des archives de la guerre, 10 mai 1916 - 1229wp/03

 

Dans cette note, les chefs de bureau sont priés de bien vouloir recueillir et réunir dans des dossiers spéciaux tous les documents d’ordre administratif se rapportant à la guerre. Certains services le mettent en oeuvre puisque le 6e bureau (voirie urbaine, voirie vicinale, architecture) précise qu’il classe, dans des chemises de couleur spéciale (rouge), tous les dossiers relatifs à la guerre.

Parallèlement, la réflexion est menée du côté des archivistes, puisqu’il est précisé que « ce fonds spécifique serait placé dans une travée spéciale aux Archives municipales et classé suivant l’ordre de classement des archives. Il en serait fait un inventaire spécial pour toutes les séries ».

Une nouvelle note est pourtant adressée aux services le 14 septembre 1917. Est-ce que cela signifie que la première note n’a pas été appliquée par l’ensemble des services ? C’est probable car finalement ce fonds n’a jamais vu le jour.

 

Jean Vermorel (1875–1942) : un archiviste et la guerre

 

Jean Vermorel, cliché Blanc-Demilly - 1PH/2614/1
Jean Vermorel, cliché Blanc-Demilly - 1PH/2614/1

 

En poste depuis 1912, Jean Vermorel n’a pas de formation spécifique en archives, mais c’est un homme de lettres. Bibliothécaire avant d’être archiviste, il est d’abord attaché à la bibliothèque du Palais des Arts en 1909, avant d’intégrer le service des Archives (8e bureau). Il a alors 34 ans.

Qu’a-t’il fait auparavant ? Il est mentionné comme employé de soierie en 1895 au moment de son service militaire et, juste avant son recrutement à la Ville, il est publiciste. Critique littéraire, auteur de contes, romans et nouvelles, c’est aussi un journaliste et un passionné de l’histoire lyonnaise. 

Membre de la Société historique, archéologique et littéraire de Lyon, de l'Académie des Pierres Plantées sous le pseudonyme de Joannès Papelard, de la commission du Vieux-Lyon, membre fondateur de la Société des Amis de Guignol, il donne de nombreuses conférences sur des sujets relatifs à l'histoire lyonnaise. Parallèlement, il mène une activité sociale importante dans l'instruction populaire : il crée l'Assistance fraternelle de l'Enfance et de la Jeunesse et l'Art pour tous.

Au moment de la déclaration de guerre, Jean Vermorel n’est pas appelé. Il a déjà 39 ans mais surtout, depuis ses classes en 1895, il est affecté au service auxiliaire. Cela signifie une affectation dans des bureaux à des tâches administratives en raison de problèmes de santé. Effectivement sa fiche matricule mentionne une destruction totale de la membrane du tympan gauche.

Il est donc à Lyon et travaille pour la Ville. Il semble que rapidement, la mobilisation de très nombreux hommes installe la confusion dans l’organisation municipale. Aussi, dès 1914, il est demandé que Jean Vermorel soit transféré dans un autre service pour remplacer une personne mobilisée.


 

Note de service pour le 8e bureau demandant le transfert de Jean Vermorel - 524W/942
Note de service pour le 8e bureau demandant le transfert de Jean Vermorel - 524W/942

 

Quelques mois après, en février 1915, Jean Vermorel est finalement rappelé par les autorités militaires et envoyé au front. Mobilisé au 54e régiment d’artillerie du 20 février 1915 au 6 juillet 1915, il est finalement réformé pour tachycardie et insuffisance mitrale. Il rentre donc à Lyon et reprend son poste. 

 

Listes des employés mobilisés de 1914 à 1919 - recensement par service - 517WP/11
Listes des employés mobilisés de 1914 à 1919 - recensement par service - 517WP/11

 

1918

La Grande Guerre a des répercussions dans plusieurs services d’archives. Cela entraîne une véritable prise de conscience de l’importance des archives, mais aussi de la fragilité de ce patrimoine irremplaçable et ce, avant même la fin du conflit.

Le 21 aout 1918, le directeur des Archives départementales du Rhône fait part de ses remarques : 

« * Considérant que l’envahissement par l’ennemi d’un certain nombre de communes françaises a entraîné la disparition de leurs archives historiques et celle, plus grave encore, de multiples pièces d’état civil ; considérant que cette disparition aggravera encore les difficultés et les soucis de ceux de nos compatriotes qui auront souffert de l’occupation ennemie.
* Considérant que, si problématique que puisse être dans l’avenir le retour de pareils événements, il est prudent de prendre contre eux les précautions révélées par l’expérience, émet les vœux suivants :
- que les archives historiques, ou au moins duplicata ou photographies de ces archives soient centralisées au chef-lieu de chaque département ;
- que duplicata des pièces d’état civil, déjà centralisées au greffe du Tribunal Civil, le soient aussi en un point du territoire qui risque le moins d’être soumis à l’invasion. »

 

Extrait du procès-verbal de la séance du 21 août 1918, Conseil Général du Rhône (Archives départementales du Rhône - 1W/73
Extrait du procès-verbal de la séance du 21 août 1918, Conseil Général du Rhône (Archives départementales du Rhône - 1W/73

 

Cependant du côté des Archives municipales de Lyon, la situation matérielle n’évolue pas : en 1932, lors d’une nouvelle inspection, il est signalé que les archives modernes conservées au dernier étage de l’Hôtel de Ville sont exposées au danger d’incendie par suite de la présence de poêles. 

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